Passer au contenu principal

Mise à jour des perspectives 2020 pour le secteur des céréales, oléagineux et légumineuses : amélioration des prix attendue au cours des six prochains mois

  • 03 nov. 2020
  • 5,5 min de lecture

Au cours du mois d’octobre, l’équipe de l’Économie agricole de Financement agricole Canada (FAC) mettra à jour ses prévisions de rentabilité pour trois secteurs agricoles canadiens : viande rouge, produits laitiers et groupe des céréales, oléagineux et légumineuses. Nous décrirons ce qui s’est passé en 2020 jusqu’à présent et ce qu’il faudra surveiller au cours des six prochains mois.

Dans notre rapport de janvier 2020 Perspectives pour 2020 : Secteur canadien des céréales, oléagineux et légumineuses, nous avons relevé trois facteurs susceptibles d’avoir un effet sur la rentabilité :

  1. L’influence des tensions commerciales sur les marchés agroalimentaires
  2. Les perturbations des marchés du bétail et de la viande causées par la peste porcine africaine
  3. L’accroissement des stocks mondiaux malgré des conditions difficiles de production des cultures

Récapitulatif des neuf premiers mois

Les neuf premiers mois de 2020 ont été difficiles pour les producteurs de céréales, d’oléagineux et de légumineuses. L’année a commencé avec d’importantes inquiétudes en raison des difficultés rencontrées pendant les récoltes en 2019 et des nombreux problèmes commerciaux, notamment en ce qui concerne le canola, le blé dur, les pois et les lentilles.

Ensuite, la COVID-19 a entraîné la fermeture d’installations de traitement et de ports dans le monde entier, ce qui, combiné aux restrictions commerciales, a soulevé des questions au sujet des flux commerciaux. Certaines inquiétudes se sont rapidement dissipées, puisque la réduction de la demande en transport ferroviaire a entraîné une hausse de la capacité de production des céréales, des oléagineux et des légumineuses. La baisse des droits de douane imposés par l’Inde sur les importations de lentilles canadiennes a permis d’assurer le maintien des prix, tandis que les exportations de canola traditionnellement destiné à la Chine ont trouvé des débouchés en Europe.

Dans l’Ouest canadien, des conditions météorologiques favorables ont permis aux récoltes de 2020 de se terminer plus tôt qu’à l’habitude, avec des rendements variant de moyens à supérieurs à la moyenne. Dans l’Est du pays, les pluies opportunes ont favorisé les cultures de maïs et de soya. Cependant, la production n’a pas été bonne en ce qui concerne les petites céréales.

Les achats intensifs de la Chine et les stocks plus faibles que prévu aux États-Unis assurent le maintien des prix à la production, surtout celui des oléagineux. Au cours des neuf premiers mois de 2020, les livraisons des producteurs ont augmenté de 13,6 % par rapport à la même période en 2019, tandis que les exportations ont connu une hausse de 2,3 %, selon la Commission canadienne des grains.

Tableau 1 : Les prix des céréales et des oléagineux sont plus élevés que la moyenne sur cinq ans, tandis que les prix des légumineuses demeurent plus faibles

Graphique montrant que les prix des céréales et des oléagineux sont plus élevés que la moyenne sur cinq ans, tandis que les prix des légumineuses demeurent plus faibles. Sources : Statistique Canada, AAC, CME, MGEX, ICE Futures Contracts, et calculs effectués par FAC.

Nos prévisions de prix révisées (tableau 1) indiquent une hausse des prix des oléagineux, tandis que les prix des légumineuses et des céréales seront mitigés. Les prix du canola et du soya devraient rester supérieurs à ceux des neuf premiers mois de 2020 et à leur moyenne sur cinq ans. La décision de l’Inde de réduire le tarif d’importation sur les lentilles canadiennes continuera de favoriser les prix de cette culture, tandis que les prix des pois auront du mal à se maintenir si le tarif d’importation imposé par l’Inde est maintenu. Les prix du maïs et du blé de printemps devraient être supérieurs à la moyenne sur cinq ans, tandis que les prix de l’orge resteront similaires ou légèrement plus élevés. Dans l’ensemble, les perspectives se sont améliorées par rapport à notre Mise à jour de juillet 2020.

Tendances à surveiller dans les six prochains mois

1. Ratios stocks-utilisation aux États-Unis et demande mondiale

Selon le dernier rapport WASDE de la USDA, les ratios stocks-utilisation aux États-Unis ont diminué en ce qui concerne le blé, le maïs et le soya, laissant ainsi présager une augmentation des prix (tableau 2). La sécheresse ayant sévi dans plusieurs états américains a fait revoir à la baisse les prévisions à l’égard de la production de maïs. Les possibilités d’exportation devraient s’améliorer à mesure que les économies mondiales reprendront et que la Chine reconstituera son cheptel porcin. Le resserrement de l’offre de maïs et la demande d’exportation accrue favorisent les prix nord‑américains, surtout en ce qui concerne les oléagineux.

Tableau 2 : Comparaison des estimations pour juillet et octobre présentées dans le rapport WASDE de la USDA

Graphique montrant une comparaison des estimations pour juillet et octobre presentées dans le rapport WASDE de la USDA. Source : USDA.

2. Production canadienne par rapport à la vigueur de la demande d’exportation

La production canadienne de maïs, de soya, de légumineuses et de blé devrait être supérieure à celle de l’an dernier selon les estimations établies par Statistique Canada. À l’inverse, la production de canola et d’orge pourrait légèrement diminuer. Une tendance d’une importance fondamentale à surveiller sera l’évolution de la production préliminaire à mesure que les données de production finales seront mises à jour. À l’heure actuelle, les données de Statistique Canada divergent des estimations provinciales relatives à la production dans l’Ouest canadien. L’Alberta et la Saskatchewan font état de rendements accrus en 2020, mais leurs résultats sont en deçà des estimations de Statistique Canada. Si les prévisions provinciales sont exactes, les données de production pourraient être revues à la baisse.

Les prévisions concernant la demande seront également cruciales. Une timidité accrue de la demande à l’exportation en 2020-2021 pour les céréales, les oléagineux et les légumineuses pourrait entraîner une hausse des stocks en fin d’exercice (tableau 3). Les projections de prix plus positives du tableau 1 pourraient ainsi changer.

Tableau 3 : Hausse possible des ratios stocks-utilisation au Canada en raison de l’offre importante en 2020 et de la faible demande à l’exportation

Graphique montrant le hausse possible des ratios stocks-utilisation au Canada en raison de l’offre importante en 2020 et de la faible demande à l'exportation. Sources : Statistique Canada, AAC.

3. Ralentissement de la reprise économique

Une deuxième vague de COVID-19 sévit à l’échelle de la planète. Elle pourrait ralentir la reprise économique en limitant la demande de services alimentaires et de carburant. Cela pourrait avoir des retombées négatives sur la demande d’huile à friture et d’éthanol.

Les Perspectives de l’économie mondiale du Fonds monétaire international publiées en octobre laissent entendre que la remontée vers des niveaux d’activités économiques comparables à ceux d’avant la pandémie sera longue. Une reprise économique plus lente au Canada au cours de la deuxième moitié de 2020 signifie que les taux d’intérêt demeureront près des creux historiques pendant un certain temps. Le produit intérieur brut (PIB) mondial devrait diminuer de 4,4 % en 2020 et rebondir de 5,2 % en 2021. La Chine est une exception digne de mention, puisqu’elle devrait encore connaître une croissance (croissance de 1,9 % en 2020 par rapport à la croissance annuelle de 6,5 % observée au cours des dernières années). Son PIB devrait rebondir de 8,2 % en 2021. La capacité économique de la Chine à respecter l’accord commercial de la phase 1, qu’elle a conclu avec les États-Unis, pourrait entraîner une hausse des prix mondiaux des céréales et des oléagineux.


Craig Klemmer
Économiste agricole principal

Craig Klemmer a commencé sa carrière à FAC en 2009 en tant qu’économiste agricole. Il se spécialise dans la surveillance et l’analyse de l’environnement macroéconomique, la modélisation de l’état de santé de l’industrie et la prestation d’analyses des risques liés à l’industrie. Avant son arrivée à FAC, il a travaillé à la Direction de l’élevage du ministère de l’Agriculture de la Saskatchewan. M. Klemmer est titulaire d’une maîtrise en agroéconomie de l’Université de la Saskatchewan.

@CraigKlemmer