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Le point sur les perspectives pour 2020 du secteur de la viande rouge : les prix du bétail devraient s’améliorer

  • 06 oct. 2020
  • 4,5 min de lecture

Au cours du mois d’octobre, l’équipe de l’Économie agricole de Financement agricole Canada (FAC) mettra à jour ses prévisions de rentabilité pour trois secteurs agricoles canadiens : la viande rouge, les produits laitiers et les céréales, les oléagineux et les légumineuses. Nous décrirons ce qui s’est passé en 2020 jusqu’à présent et ce qu’il faudra surveiller au cours des six prochains mois.

Dans notre rapport de février 2020 Perspectives pour 2020 : Secteur canadien de la viande rouge, nous avons relevé cinq facteurs susceptibles d’avoir un effet sur la rentabilité :

  1. Perturbations des marchés du bétail et de la viande causée par la peste porcine africaine (PPA)
  2. Influence des tensions commerciales sur les marchés agroalimentaires
  3. Forte demande de viande rouge au Canada et ailleurs dans le monde
  4. Accroissement de la production de bœuf et de porc aux États-Unis
  5. Incidence du coronavirus sur l’économie mondiale

Récapitulatif des neuf premiers mois

Les neuf premiers mois de 2020 ont évolué en dents de scie pour les secteurs du porc et du bœuf. L’année a commencé avec un grand optimisme en raison de la réduction des volumes de viande rouge due à la PPA. La pandémie de COVID-19 a mis un terme à l’optimisme. Les éclosions dans les usines de transformation ont considérablement réduit la capacité, ce qui a entraîné une importante accumulation d’animaux, soit environ 130 000 têtes de bovins et 150 000 porcs en date de mai 2020. Cette perturbation a occasionné une baisse des prix à la production agricole au cours de la première moitié de 2020 et une hausse des prix dans les épiceries.

La réduction significative de l’arriéré d’animaux et la forte demande en protéines ont donné lieu au rebond des prix à la production. Pourtant, les prix moyens du bétail au cours des neuf premiers mois restent inférieurs à nos prévisions de janvier (tableau 1).

Tableau 1 : Amélioration des prix du bétail attendue au cours des six prochains mois

Graphique montrant les prix du bétail attendue au cours des six prochains mois. Sources : Statistique Canada, AAC, USDA, CanFax, CME Futures, et calculs effectués par FAC.

Tendances à surveiller dans les six prochains mois

Nos prévisions de prix révisées pour le quatrième trimestre de 2020 et le premier trimestre de 2021 indiquent que les prix vont s’améliorer pour la plupart des catégories de bétail. Les prix devraient se situer à 10 % près de leur prix moyen sur cinq ans, sauf pour les porcelets sevrés et les porcs d’engraissement du Manitoba. Il s’agirait d’une grande amélioration par rapport à notre mise à jour de juillet 2020. Plusieurs raisons expliquent pourquoi les prix sont susceptibles de s’améliorer au cours des six prochains mois.

1. Production américaine

La pandémie a entraîné une réduction des estimations de la production américaine globale. Les derniers chiffres de l’USDA indiquent que la production américaine de bœuf pourrait diminuer de 0,4 % en 2020, par rapport aux prévisions de croissance de 1,2 % en janvier. La production porcine américaine devrait augmenter de 2,2 % en 2020, ce qui représente une baisse par rapport à l’estimation de 4,5 % du début de l’année.

2. La PPA et l’approvisionnement mondial en viande de porc

Nos prévisions de janvier 2020 selon lesquelles la PPA serait l’histoire à suivre en 2020 sont en train de se concrétiser. Alors que la Chine a commencé à reconstituer son cheptel porcin, les rapports (en anglais seulement) portent à croire que la Chine a maintenant abattu 100 millions de porcs et a essentiellement épuisé ses stocks en entreposage de viande de porc. En outre, la forte demande d’exportation vers la Chine a également réduit les stocks de viande de porc entreposés en chambre froide aux États-Unis, ce qui soutiendra les prix du porc et du bétail en Amérique du Nord.

La présence de la PPA a également été signalée récemment en Allemagne (en anglais seulement). Plusieurs pays d’Asie, dont la Chine, la Corée du Sud et le Japon, ont interdit les importations de porc en provenance d’Allemagne. Bien que l’interdiction soit temporaire, il faut s’attendre à une augmentation des exportations de porc nord-américaines vers la Chine, car l’Allemagne est le troisième fournisseur de porc de la Chine. Les marchés à terme du porc maigre ont augmenté de 5 % à 13 % depuis la découverte du virus.

3. Réouverture des économies

Alors que nous prévoyons une amélioration des prix au cours des six prochains mois, une deuxième vague de COVID-19 est en train d’émerger. Les cas de COVID-19 peuvent ralentir la réouverture de l’économie canadienne et limiter les ventes des services alimentaires, ce qui perturbera les chaînes d’approvisionnement agroalimentaires.

Les prévisions économiques de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) de septembre indiquent une reprise rapide après le choc initial de la pandémie, qui a perdu de son élan depuis. Le PIB mondial devrait diminuer de 4,5 % en 2020 et rebondir de 5,0 % en 2021. La reprise économique pour les principales destinations de la viande rouge du Canada suit un schéma différent. Les prévisions de l’OCDE laissent penser à une reprise plus lente aux États-Unis, au Japon, au Mexique et en Corée du Sud. La Chine constitue une exception importante : la croissance devrait chuter à 1,8 % en 2020, par rapport à la croissance annuelle de 6,5 % observée ces dernières années, mais elle pourrait rebondir de 8,0 % en 2021.

L’effet global de la Chine sur les marchés agricoles mondiaux ne peut être sous-estimé – une reprise économique plus rapide devrait profiter au secteur canadien de la viande rouge.


Leigh Anderson
Économiste agricole supérieur

Leigh Anderson a commencé à travailler à FAC en 2015 en tant qu’économiste agricole principal. Sa spécialité est le suivi et l’analyse du portefeuille de FAC et de la santé de l’agroindustrie ainsi que l’évaluation des risques inhérents à ces activités. Avant d’entrer au service de FAC, il a travaillé à la direction des politiques du ministère de l’Agriculture de la Saskatchewan.
M. Anderson est titulaire d’une maîtrise en économie agricole de l’Université de la Saskatchewan.

@AndersonLeigh3