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Les perturbations liées à la COVID-19 créent des débouchés et des défis pour la chaîne d’approvisionnement alimentaire

  • 16 juin 2020
  • 4 min de lecture

L’économie canadienne est mise à rude épreuve. Au premier trimestre, le produit intérieur brut a reculé de 8,2 % sur douze mois, et le taux de chômage a atteint 13 % en avril. Il faut aussi s’attendre à d’autres données économiques négatives pour le deuxième trimestre, et le revenu des ménages sera sous pression.

Malgré tout, en avril, les prix de détail des aliments ont bondi de 3,4 % (par rapport à l’exercice précédent); dans le cas de la viande rouge, la hausse des prix a été supérieure à 8 %. Les prix de nombreux produits agricoles affichaient toutefois une baisse sur douze mois en raison de la fermeture du secteur de la restauration et des perturbations de la production attribuables à la COVID‑19.

La pandémie de COVID‑19 perturbe la chaîne d’approvisionnement alimentaire, de la ferme à l’assiette, et ces perturbations risquent d’avoir des effets durables.

Pensons à l’échelle mondiale

Les échanges commerciaux contribuent de façon importante à l’expansion soutenue des secteurs agricole et agroalimentaire canadiens. Nos exportations agricoles et agroalimentaires se sont chiffrées à 68,5 milliards de dollars en 2019; au cours des dix dernières années, nos exportations vers les États-Unis et dans le reste du monde ont augmenté de 88 % et de 71 % respectivement. Nos partenaires commerciaux traditionnels comme les États-Unis, l’Europe et le Japon demeureront des marchés clés, mais l’essor de la classe moyenne à l’échelle mondiale crée de nouveaux débouchés. La Chine est un vecteur évident d’échanges commerciaux. Toutefois, nos exportations agricoles et agroalimentaires vers d’autres économies d’Asie comme le Vietnam et l’Indonésie ont crû respectivement de 548 % et de 253 % au cours de la dernière décennie.

Des données du Fonds monétaire international sur les échanges commerciaux en temps réel (en anglais seulement) montrent que les échanges internationaux de produits « en vrac solide » ont chuté de presque 9 % durant la pandémie et que les échanges d’autres types de produits ont chuté de façon encore plus marquée.

On peut s’attendre à une réaction négative des pays qui associent autosuffisance et sécurité alimentaire à l’égard des échanges commerciaux. Toutefois, il y a lieu d’être optimiste, car des membres de l’Organisation mondiale du commerce ont fait état de plusieurs nouvelles normes et nouveaux règlements en matière d’échanges commerciaux. Néanmoins, la moitié de ces mesures visent à faciliter les échanges, en particulier les échanges de produits alimentaires. Par ailleurs, les données préliminaires sur les exportations effectuées depuis le début de l’année indiquent que les perturbations des exportations sont minimes dans l’industrie agroalimentaire.

Agissons à l’échelle locale

La conscientisation des consommateurs quant à la provenance de leurs aliments était grandissante avant la pandémie. Bon nombre de Canadiens, qui redécouvrent le plaisir de cuisiner, recherchent maintenant des ingrédients et des produits alimentaires locaux, et cette tendance devrait demeurer vigoureuse. Un sondage récent mené par Angus Reid le confirme : 63 % des gens voudraient acheter plus d’aliments locaux à l’avenir. Cet engouement pour les produits locaux s’étend au secteur de la restauration, comme en témoignent les récentes campagnes sur les médias sociaux qui encouragent les Canadiens à soutenir leurs restaurants locaux.

D’après un rapport préparé par l’Université Dalhousie (en anglais seulement), environ 9 % des Canadiennes et des Canadiens envisagent maintenant d’acheter des aliments en ligne, contre moins de 2 % avant la COVID‑19. Comme on peut s’y attendre lors de tout changement marqué et soudain, certains consommateurs renoueront probablement avec leurs anciennes habitudes d’achat une fois la crise passée. Les détaillants vont sans doute augmenter leurs investissements dans les canaux en ligne et numériques pour maintenir ce niveau de demande de consommation. Il en résultera un accroissement des possibilités de livraison directe aux consommateurs (en anglais seulement) pour les transformateurs et les producteurs d’aliments canadiens.

La hausse des coûts est susceptible d’influer sur la rentabilité tout au long de la chaîne d’approvisionnement

Le ratio de l’indice des prix des produits industriels par rapport aux prix des produits agricoles donne une estimation de la marge de profit brute dans certains secteurs de la transformation. Dans le secteur de la viande rouge, la combinaison de la hausse des prix de la viande rouge et de la baisse des prix des bovins et des porcs a fait augmenter le ratio de 20 % en avril dernier par rapport à avril 2019.

Toutefois, la rentabilité ne dépend pas que du coût des matières premières. Les transformateurs d’aliments ont investi des sommes importantes pour préserver la fiabilité de la chaîne d’approvisionnement alimentaire, notamment dans de l’équipement de protection individuelle supplémentaire pour les employés, des hausses de salaire et des protocoles de nettoyage et de sécurité renforcés. La situation économique actuelle fait qu’il est difficile de transférer les hausses de coûts aux consommateurs. Les coûts accrus, conjugués à la réduction de la production dans certains secteurs, ont affaibli les perspectives de rentabilité pour les producteurs agricoles et les transformateurs.

La crise de la COVID‑19 créera différents débouchés et défis pour l’industrie agricole et agroalimentaire canadienne. Il est important de prévoir maintenant différents scénarios qui tiennent compte de la façon dont les nouvelles relations dans les chaînes d’approvisionnement nationales et internationales influeront sur la demande alimentaire, les prix et la rentabilité futurs.


Adam Smith
Analyste, processus

Adam est analyste, processus à la division de la Stratégie d’entreprise de FAC. Avant de se joindre à FAC en 2018, il a travaillé pour le ministère de l’Agriculture de la Saskatchewan et pour Agriculture et Agroalimentaire Canada. Au cours de sa carrière, il a occupé divers postes, notamment en marketing, en commerce international, en politique commerciale, en développement de marché et pour des programmes gouvernementaux. Il est titulaire d’un baccalauréat en administration des affaires avec une majeure en marketing de l’Université de Regina et œuvre dans l’industrie agricole depuis plus de 14 ans.