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Leçons à tirer de la résilience financière des États-Unis durant le ralentissement économique

  • 03 avr. 2018

Le fléchissement des prix des produits de base depuis 2013 a frappé durement le secteur agricole américain. Il n’est donc pas étonnant que le revenu monétaire net des producteurs ait chuté de 30 % entre 2014 et 2017. Ils ont réussi à se maintenir à flot grâce, en grande partie, à leur capacité de réduire leurs coûts de production. 

Un effort similaire aidera les producteurs canadiens à composer avec toute perturbation du marché que 2018 et 2019 pourraient amener. Il est prévu que les marges se resserreront au Canada en 2018. Et, comme les producteurs canadiens ne peuvent influencer les prix, la gestion des coûts et l’amélioration de l’efficience de chaque acre seront essentielles.  

Les coûts de production : un facteur important en 2018

Les prix du soya et du maïs ont été, depuis plusieurs années, inférieurs en moyenne aux coûts de production aux États-Unis. Les producteurs se sont adaptés à ces faibles prix en réduisant leurs coûts :  les coûts totaux à l’acre ont atteint un sommet en 2014.

La valeur des terres agricoles et les taux de location en sont des exemples. Ils se sont ajustés à la baisse récemment en réaction au ralentissement économique aux États-Unis, tout en respectant leur période d’ajustement habituelle reconnue pour être lente. Alors que les recettes des cultures en Iowa et Illinois ont atteint un sommet en 2012, les taux de location des terres agricoles dans ces deux États n’ont cessé de grimper jusqu’en 2014, pour culminer à 260 $ US et 234 $ US l’acre, respectivement. C’est aussi à ce moment que la valeur des terres a atteint son sommet dans ces États (soit 8 750 $ US et 7 700 $ US l’acre, respectivement).

Les prix du carburant agricole et des engrais en sont un autre exemple. Étant donné l’importance du marché américain, les producteurs de ce pays alimentent la demande globale d’engrais et, par le fait même, les prix. En 2017, les prix sur 12 mois des engrais aux États-Unis ont chuté de 3 % en moyenne et de 30 % durant le ralentissement dans le secteur agricole américain. 

La rentabilité et le levier financier des États-Unis en 2018 indiquent un affaiblissement de position

Bien que les coûts semblent continuer de chuter, les marges demeureront serrées – jusqu’à ce que le maïs dépasse 4 $ US le boisseau et que le soya dépasse 10 $ US le boisseau. Les loyers moyens ont aussi chuté, mais ils devront baisser encore pour que les producteurs américains de maïs et de soya soient rentables. Les marges serrées aux États-Unis exercent davantage de pression financière sur la liquidité (la capacité de payer la dette à court terme impayée) de certaines exploitations que leur rentabilité (la capacité de payer la totalité de la dette, notamment la dette à court et à long terme). Les exploitations qui ont eu des problèmes de fonds de roulement au cours des dernières années ont pu prolonger l’amortissement de leurs prêts, tout en négociant des taux d’intérêt plus favorables sur la dette à long terme. 

Le fait que la Réserve fédérale américaine prévoit augmenter les taux d’intérêt à trois reprises en 2018 pourrait susciter des préoccupations. En effet, cette mesure fera grimper la valeur du dollar américain. Toutefois, le revenu monétaire net estimatif de l’an dernier des États-Unis devrait se chiffrer à 96,9 milliards de dollars américains et l’USDA estime que le revenu monétaire net de 2018 des États-Unis sera de 91,9 milliards de dollars américains, ce qui représenterait, si cette estimation se réalise, une diminution de 6,7 %.

Le taux de change : un avantage pour le Canada

Les producteurs américains étant possiblement arrivés à un tournant, les perspectives pour l’agriculture canadienne sont plus optimistes. Alors que le revenu chutait aux États-Unis, l’économie agricole canadienne est demeurée robuste, le revenu monétaire net étant un indicateur de l’évolution de la santé du secteur entre 2013 et 2017. En fait, le Canada a établi un record sur le plan du revenu monétaire net en 2016, après une décennie de croissance importante alimentée par une forte demande mondiale de produits de base agricoles. Selon les estimations, le revenu monétaire net canadien atteindra en 2017 16,3 milliards de dollars, un autre record.

Et, bien que la Banque du Canada devrait suivre l’exemple de la Réserve fédérale américaine avec au moins une hausse du taux d’intérêt en 2018, le rythme de croissance des taux au Canada devrait être plus lent qu’aux États-Unis.

Les perspectives demeurent également positives grâce à des marges légèrement meilleures découlant d’un huard avantageux. Les prix des engrais aux États-Unis ont chuté de 3 % en 2017, alors que les prix au Canada ont diminué encore plus, soit de 5 %, sous l’influence d’une appréciation de 2 % du huard en 2017. Nous prévoyons que les prix des intrants en 2018 demeureront stables.

Accorder une attention particulière aux coûts et à l’efficience fait partie d’une saine gestion financière, même dans les périodes de forte croissance. Il est raisonnable d’affirmer que le revenu monétaire net diminuera au Canada en 2018 et que, bien que les marges pourraient ne pas se resserrer autant qu’aux États-Unis, les producteurs doivent toujours avoir une bonne idée de la structure des coûts de leur exploitation. 

En fait, on peut tirer de l’expérience américaine une importante leçon au sujet de la résilience financière. La situation des exploitations américaines sur le plan du fonds de roulement était bonne avant le ralentissement et c’est ce qui a permis aux producteurs d’affronter la tempête. 

Quelle est la résilience financière de votre ferme face à un affaiblissement potentiel de l’économie? Ne perdez jamais de vue vos coûts.

Leigh Anderson
Économiste agricole supérieur

Leigh Anderson a commencé à travailler à FAC en 2015 en tant qu’économiste agricole principal. Sa spécialité est le suivi et l’analyse du portefeuille de FAC et de la santé de l’agroindustrie ainsi que l’évaluation des risques inhérents à ces activités. Avant d’entrer au service de FAC, il a travaillé à la direction des politiques du ministère de l’Agriculture de la Saskatchewan.
M. Anderson est titulaire d’une maîtrise en économie agricole de l’Université de la Saskatchewan.

@AndersonLeigh3


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