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L’incidence des biocarburants sur la demande de céréales et d’oléagineux

  • 25 juin 2019

Vous ne réalisez peut-être pas que votre voiture roule au biocarburant. La plupart des pays développés, y compris le Canada, imposent des teneurs minimales en biocarburants dans les combustibles fossiles. Comme le blé et le maïs sont les principales matières premières entrant dans la production d’éthanol, les exigences relatives à la teneur en éthanol dans le carburant stimulent la demande de ces céréales.

Au Canada, le biodiesel est principalement produit à partir de graisses animales et d’huile à friture usée, mais aussi de canola et de soya. Face à des marchés de céréales et d’oléagineux incertains, la politique canadienne sur les biocarburants crée une demande prévisible qui, jusqu’à maintenant, soutient les prix. 

Ce qui pousse la plupart des pays développés, y compris le Canada, à imposer des teneurs minimales en biocarburants dans les combustibles fossiles. Partagez sur Twitter

Aperçu des biocarburants au Canada

Les politiques sur les biocarburants contribuent à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. L’éthanol étant un remonteur d’octane à faible coût (en anglais seulement), il fait également baisser le prix de l’essence à la pompe. Toutefois, ces politiques ne font pas l’unanimité. Elles poussent les prix des cultures à la hausse (en anglais seulement), ce qui plaît aux producteurs de céréales, mais non pas aux éleveurs pour qui les céréales sont un intrant.

Depuis décembre 2010, la réglementation fédérale exige que l’essence ait, en moyenne, un contenu renouvelable d’au moins 5 %. Le diesel doit avoir, en moyenne, un contenu renouvelable d’au moins 2 %. Certaines provinces ont imposé des normes encore plus élevées pour l’éthanol et le diesel.

De 2013 à 2017, la consommation canadienne de carburant a fait croître la consommation de biocarburants mélangés (Tableau 1). La teneur d’éthanol dans l’essence dépasse maintenant la norme minimale de 5 % imposée par la réglementation fédérale. Quant à la teneur de carburant diesel dérivé de la biomasse, elle a parfois été sous la norme de 2 % étant donné que certains carburants diesel sont exemptés du règlement fédéral.

Tableau 1 : Consommation canadienne de carburant en milliards de litres par année

    2013 2014 2015 2016 2017
Essence   40,8 41,3 41,4 43,1 43,0
Éthanol   2,8 3,0 3,0 3,1 3,0
  Taux de mélange 6,96 % 7,18 % 7,34 % 7,13 % 7,09 %
Diesel   27,8 28,8 27,8 28,1 28,8
Diesel dérivé de la biomasse   0,6 0,6 0,5 0,6 0,7
  Taux de mélange 2,10 % 2,11 % 1,90 % 1,99 % 2,44 %

Remarques : Le diesel dérivé de la biomasse comprend le biodiesel et le diesel renouvelable produit par hydrogénation. Les données de consommation estimée proviennent de Navius Research (en anglais seulement).

L’augmentation de la consommation pourrait porter à croire que la production a également crû. Le Canada a importé environ 1 200 millions de litres (Ml) de plus (en anglais seulement) qu’il en a exporté en 2017. La consommation d’environ 3 000 Ml veut donc dire que le Canada a produit environ 1 800 Ml d’éthanol en 2017, soit une légère augmentation par rapport à 2013. Les importations nettes de diesel dérivé de la biomasse étaient d’environ 125 Ml en 2017, ce qui implique que le Canada a produit environ 575 millions de litres de diesel dérivé de la biomasse en 2017. Cette augmentation importante par rapport à 2013 est attribuable à la production accrue de diesel renouvelable (en anglais). 

Comment évolueront les politiques américaines sur les biocarburants?

Comme le marché canadien est étroitement lié au marché américain, les développements au sud de la frontière ont une incidence considérable sur ce qui se passe ici. Les politiques sur les biocarburants au Canada et aux États-Unis soutiennent les prix des cultures nord-américaines depuis plus d’une décennie. Toutefois, les politiques américaines sur les biocarburants ont fait l’objet d’importantes modifications, lesquelles ont un impact sur les incitatifs de production de biocarburants et sur la demande de céréales.

Aux États-Unis, la responsabilité de satisfaire aux normes de contenu renouvelable revient aux raffineries de combustibles fossiles. Toutefois, les règles ont récemment été assouplies et plusieurs raffineries se sont vu accorder une exemption. Cela fait baisser la demande de biocarburants, en particulier le diesel dérivé de la biomasse, lequel est principalement produit à partir de soya américain.

En revanche, l’éthanol semble avoir reçu un coup de pouce grâce à l’autorisation récente (en anglais seulement) de commercialiser de l’essence contenant jusqu’à 15 % d’éthanol. L’impact de cette autorisation devrait être limité, en particulier à court terme, parce que les voitures ne sont pas conçues pour fonctionner avec de l’essence contenant plus de 10 % d’éthanol et que l’éthanol n’est généralement pas bien accepté des consommateurs.

Ces politiques ne devraient provoquer que peu ou pas de changement à la demande de maïs destiné à la production d’éthanol aux États-Unis. Elles contribueront également à affaiblir la demande de soya destiné à la production de biodiesel. Le secteur des biocarburants ne devrait pas faire augmenter la demande de céréales et d’oléagineux en 2019. 


Sébastien Pouliot
Économiste agricole principal

Sébastien Pouliot est économiste agricole principal à Financement agricole Canada. Avant de se joindre à FAC en 2019, M. Pouliot était professeur agrégé d’économie à la Iowa State University. Il est aussi intervenu à titre d’expert dans le cadre de différends commerciaux à l’Organisation mondiale du commerce; il a notamment appuyé le Canada et le Mexique lorsque ces deux pays se sont opposés à la politique américaine d’étiquetage du pays d’origine (ÉPO) sur les produits de bœuf et de porc. M. Pouliot détient un doctorat en économie agricole et des ressources de la University of California, à Davis, et il a été rédacteur en chef de la Revue canadienne d’agroéconomie de 2016 à 2019.