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L’analyse de mi-année de la valeur des terres agricoles montre la résilience du marché des terres en 2020

  • 16 sept. 2020
  • 5,5 min de lecture

La pandémie a perturbé de plusieurs façons les chaînes d’approvisionnement en viande rouge, produits laitiers et céréales et oléagineux. Malgré les nombreuses difficultés, le marché des terres agricoles est demeuré solide, la hausse des recettes de cultures et la faiblesse record des taux d’intérêt ayant soutenu la forte demande de terres agricoles.

Tendances provinciales dans la valeur des terres agricoles pour les six premiers mois de 2020

Dans l’ensemble du pays, la valeur des terres agricoles a progressé en moyenne de 3,7 % dans la première moitié de 2020 (tableau 1). Cette augmentation est similaire aux hausses des cinq dernières années, et devrait se traduire par des augmentations de moins de 10 % pour l’ensemble de l’année. Pendant la première moitié de 2020, les hausses les plus importantes ont été observées au Nouveau-Brunswick (6,5 %), en Alberta (4,9 %) et en Saskatchewan (4,2 %). Les autres provinces ont enregistré des hausses inférieures à la moyenne nationale (3,7 %).

Tableau 1. Hausses moyennes de la valeur des terres agricoles dans les six premiers mois de 2020

Provinces Variation (%)
Janvier 2020 à juin 2020
(six mois)
C.-B. 2,9 %
Alb. 4,9 %
Sask. 4,2 %
Man. 2,3 %
Ont. 0,4 %
Qc 2,6 %
N.-B. 6,5 %
N.-É. 0,0 %
Î.-P.-É. 0,4 %
T.-N.-L. S.O.
Canada 3,7 %

Source : Calculs de FAC.

Trois observations ressortent de cette analyse :

  1. Même si les résultats moyens indiquent une hausse, on constate aussi qu’il y a des régions dans la plupart des provinces dans lesquelles la valeur des terres n’a pas augmenté ou a même diminué légèrement.
  2. Le nombre de transactions enregistrées dans les six premiers mois de 2020 est semblable à celui observé dans les dernières années.
  3. Un grand nombre de transactions effectuées ce printemps avaient été négociées avant que la COVID-19 n’ébranle l’économie en mars 2020.

La valeur des terres agricoles continue de progresser mais à un rythme plus lent

Entre juillet 2019 et juin 2020, on a enregistré une augmentation moyenne sur douze mois de 7,1 % pour l’ensemble du Canada (tableau 2). Cette hausse est légèrement supérieure à celle enregistrée pendant la période de douze mois précédente (de janvier 2019 à décembre 2019). Or, la moyenne nationale est fortement influencée par les résultats obtenus en Alberta (8,5 %) et en Saskatchewan (7,9 %). Ensemble, ces deux provinces comptent pour 72 % des terres agricoles. Dans la plupart des provinces, la valeur des terres agricoles a progressé à un rythme moins soutenu au cours des douze derniers mois que celui enregistré pendant la plus récente période comparable.

Tableau 2. La valeur moyenne des terres agricoles continue de progresser mais à un rythme plus lent dans la plupart des provinces

Provinces Variation (%)
Juillet 2019 à juin 2020
(12 mois)
Variation (%)
Janvier 2019 à décembre 2019
(12 mois)
C.-B. 3,2 % 5,4 %
Alb. 8,5 % 3,3 %
Sask. 7,9 % 6,2 %
Man. 3,6 % 4,0 %
Ont. 3,7 % 6,7 %
Qc 6,3 % 6,4 %
N.-B. 8,3 % 17,2 %
N.-É. 0,3 % 1,2 %
Î.-P.-É. 22,1 % 22,6 %
T.-N.-L. S.O. S.O.
Canada 7,1 % 5,2 %

Source : Calculs de FAC. 

Les recettes des cultures et les taux d’intérêt soutiennent la demande de terres agricoles

La pandémie a eu une incidence majeure sur l’économie. Les taux d’intérêt ont commencé à chuter et la Banque du Canada a injecté des liquidités dans l’économie. Par conséquent, les coûts moyens d’emprunt ont suivi une tendance à la baisse amorcée en avril et ils ont récemment atteint un creux inégalé.

Il ne fait aucun doute que les prix des produits agricoles ont été affectés par la pandémie et les perturbations de la chaîne d’approvisionnement. Or, dans les six premiers mois de 2020, les recettes de cultures (à l’exclusion du cannabis) ont grimpé de 1,6 % par rapport à la même période en 2019.

L’offre limitée de terres agricoles sur le marché et le degré de confiance des producteurs à l’égard des perspectives à long terme du secteur sont aussi des facteurs déterminants pour le prix des terres.

Les tendances régionales reflètent les facteurs locaux liés à l’offre et à la demande

En Colombie-Britannique, la valeur des terres a augmenté en moyenne de 2,9 % pendant les six premiers mois de 2020 (soit une hausse de 3,2 % au cours des douze derniers mois). La valeur des terres agricoles est demeurée stable dans la plupart des régions, à l’exception des terres destinées aux vergers et aux vignobles dans la région de l’Okanagan et de quelques secteurs du Nord. En Alberta, la valeur des terres agricoles a grimpé dans la plupart des régions et l’augmentation la plus faible a été enregistrée dans la région du Nord.

En Saskatchewan, la hausse la plus importante a été observée dans l’est de la province. L’augmentation enregistrée pendant la période de juillet 2019 à juin 2020 est plus importante (7,9 %) dans l’ensemble. Au Manitoba, la valeur des terres agricoles a grimpé de 2,3 % pendant la première moitié de 2020 comparativement à 3,6 % pendant la plus récente période de douze mois. Les hausses moyennes de la valeur des terres étaient similaires dans la plupart des régions; les prix des terres semblent toutefois plus variables que par le passé.

En Ontario, on constate que la valeur des terres agricoles se stabilise dans la plupart des régions avec une hausse d’à peine 0,4 % dans les six premiers mois de 2020. Les régions du Centre-Sud et du Nord-Ouest font figure d’exception notable avec des hausses plus importantes.

Au Québec, les valeurs se stabilisent aussi mais avec quelques exceptions (par exemple en Estrie), où la demande est forte et l’offre de terres est limitée. De janvier 2020 à juin 2020, le Québec a enregistré une hausse moyenne de 2,6 %, comparativement à une hausse de 6,3 % entre juillet 2019 et juillet 2020.

Dans les provinces de l’Atlantique, nous avons enregistré un nombre limité de ventes de terres agricoles. Le Nouveau-Brunswick a enregistré la plus forte hausse au pays avec 6,5 % pour la première moitié de 2020, principalement dans la région du Sud où la valeur moyenne des terres est également la plus basse. On signale une légère hausse de la valeur des terres agricoles à l’Île-du-Prince-Édouard et aucune augmentation en Nouvelle-Écosse. L’Île-du-Prince-Édouard et le Nouveau-Brunswick ont connu des hausses considérables de la valeur de leurs terres en 2019, ce qui démontre que les prix semblent se stabiliser.

En conclusion

On ignore encore l’ampleur de l’influence de la COVID-19 sur la valeur des terres agricoles. Il pourrait s’écouler un an ou plus avant que nous puissions évaluer son influence sur les variables économiques qui orientent le marché des terres agricoles. La taille de la récolte de 2020, la demande étrangère de produits agricoles canadiens, les taux d’intérêt et la valeur du dollar canadien sont les variables économiques à surveiller. L’incertitude économique actuelle exige un examen minutieux des plans d’investissement afin de cerner les risques et les possibilités que présente le marché des terres agricoles.

Olivier Biron, É.A. agr., directeur, Évaluation

Lyne Michaud, É.A., analyste principale, Évaluation