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Bilan de l’année 2019 – première partie : Un test de résilience de l’industrie

  • 10 déc. 2019

Les tensions commerciales, les mauvaises conditions météorologiques, les maladies du bétail et l’évolution des préférences alimentaires sont des facteurs économiques qui ont eu une incidence sur la rentabilité des chaînes d’approvisionnement agroalimentaires en 2019.

Voici un rapport des tendances les plus pertinentes du premier semestre de l’année 2019, accompagné d’un regard sur les enjeux émergents à surveiller en 2020.

Janvier – L’influence des consommateurs continue de croître

La révision tant attendue du Guide alimentaire canadien a été lancée en janvier. Il ne s’agit que d’un des facteurs à l’origine des habitudes alimentaires; les tendances démographiques, l’accent mis sur la commodité et la préférence pour certaines méthodes de production en particulier constituent d’autres facteurs majeurs. La demande de protéines d’origine végétale est en hausse, mais les données économiques indiquent également que les Canadiens préfèrent toujours fortement les protéines animales. L’influence des consommateurs dans la chaîne d’approvisionnement agroalimentaire explique pourquoi les options alimentaires sont de plus en plus diversifiées.

Février – Le virus de la peste porcine africaine se propage, mais a‑t‑il atteint son apogée?

En février, on a détecté un cas de peste porcine africaine (PPA) au Vietnam. Bien qu’il n’ait pas été aussi important que le premier cas officiellement recensé en Chine en 2018, il a révélé des scénarios pessimistes. L’industrie porcine chinoise a envisagé une baisse potentielle de 25 % à 35 % de l’approvisionnement de porc en 2019, tandis que le plus récent rapport de l’USDA (département de l’Agriculture des États‑Unis - en anglais seulement) a évalué une baisse de 14 %, une estimation plus prudente.

Le prix du porc aux États‑Unis a rapidement grimpé en avril en prévision d’un écart important entre la demande et l’offre disponible sur le marché mondial du porc. Toutefois, le prix est tout aussi rapidement redescendu pour plusieurs raisons :

  1. Une augmentation plus importante que prévu de l’approvisionnement de porc aux États‑Unis en 2019 (5 %).
  2. La hausse de l’inflation du prix du porc vendu au détail, qui a atteint 148 % par rapport à l’an dernier en octobre, a incité les consommateurs chinois à se tourner vers d’autres options, comme la volaille et le bœuf.

Même si les conséquences sont moins graves que prévu, l’écart entre l’offre et la demande mondiales est réel. La population chinoise de truies de reproduction a diminué de près de 40 % par rapport à l’année précédente en octobre, mais a légèrement augmenté d’un mois à l’autre. Le rythme auquel la Chine sera en mesure d’accroître la taille de son cheptel déterminera l’ampleur des possibilités qui s’offriront aux exportateurs canadiens de porc et de bœuf en 2020.

Mars – Fin des exportations de canola vers la Chine

Le gouvernement chinois a mis fin à tous les nouveaux achats de canola canadien le 21 mars. Le gel a eu un impact immédiat, puisque le prix du canola a chuté de 5 % (ou de 15 $ la tonne). Il est impératif de développer d’autres marchés d’exportation. Les exportations de canola vers l’Europe ont grimpé de 222 % au cours des neuf premiers mois de 2019 par rapport à l’an dernier, tandis que notre capacité de trituration a été pleinement exploitée. On estime toutefois que, pour l’année commerciale 2018‑2019, le Canada a exporté 1,6 million de tonnes de moins que l’année précédente.

Les recettes du canola ont diminué de 12 % par rapport à l’année précédente pour les neuf premiers mois de l’année. La reprise potentielle des recettes en 2020 dépendra de la vigueur de la demande mondiale d’oléagineux, des ajustements de prix découlant des problèmes de qualité de la récolte de 2019 et de la superficie totale des terres consacrées à la culture du canola en 2020.

Avril – La courbe de rendement devient une référence commune

Une grande partie de la discussion économique d’avril a porté sur la fiabilité de la courbe de rendement en tant qu’indicateur de récession (en anglais seulement), étant donné qu’elle s’est inversée en mars, tant au Canada qu’aux États-Unis.

La Réserve fédérale américaine a attendu jusqu’au mois de juillet pour réagir. Elle a procédé à la première baisse de son taux directeur, c’est-à-dire des baisses subséquentes de 25 points de base en septembre et en octobre. La Banque du Canada a fait preuve de plus de patience. Même si la présence des défis et de l’incertitude découlant des tensions commerciales a été reconnue, les dépenses de consommation et les investissements des entreprises se sont révélés étonnamment persistants et soutiennent la croissance économique.

La Banque du Canada ne pourra peut-être pas être aussi patiente encore longtemps si les tensions au sein de l’économie mondiale sont trop fortes. Elle abaissera son taux à un jour au moins une fois au cours des six premiers mois de l’an prochain.

Mai – La guerre tarifaire entre les États-Unis et la Chine prend de l’ampleur

Rien n’illustre mieux l’incertitude de l’économie mondiale que la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine. 

En mai, les États-Unis ont augmenté leurs tarifs douaniers sur les importations chinoises d’une valeur de 200 milliards de dollars américains. La Chine a ensuite riposté en augmentant les tarifs douaniers sur les importations en provenance des États-Unis d’une valeur de 60 milliards de dollars américains. La progressivité des tarifs a fait chuter les prix du maïs et du soja à leur plus bas niveau du 10 au 13 mai. L’administration américaine s’est autorisée à verser jusqu’à 14,5 G$ US à titre de mesures compensatoires aux agriculteurs américains touchés par le différend, après leur avoir donné 12 G$ US en 2018.

Juin – La Chine durcit sa position à l’égard des exportations canadien

La Chine a commencé par inspecter toutes les expéditions de porc et de bœuf en provenance du Canada, ce qui a entraîné une interdiction totale. Les exportations canadiennes de porc et de bœuf ont augmenté régulièrement depuis le premier cas officiel de peste porcine africaine signalé en août 2018, ayant atteint une croissance par rapport à l’année précédente de 144 %, et de 204 % en mai 2019. Les exportations canadiennes de bœuf et de porc ont repris en novembre, tandis que les importations chinoises de porc ont atteint un niveau record.

En conclusion

Les six premiers mois de l’année 2019 ont été marqués par d’importantes pressions économiques dans de nombreux secteurs agroalimentaires. La semaine prochaine, je passerai en revue la deuxième moitié de l’année, résumerai les répercussions de ces vents économiques contraires et soulignerai la résilience des producteurs, des agroentreprises et des transformateurs canadiens.


Jean-Philippe Gervais
Vice-président et économiste agricole en chef

Jean‑Philippe Gervais est vice-président et économiste agricole en chef à Financement agricole Canada. Avant de se joindre à FAC en 2010, M. Gervais était professeur d’économie agricole à la North Carolina State University et à l’Université Laval. Il était aussi titulaire de la Chaire de recherche du Canada en agroindustrie et commerce international à l’Université Laval. M. Gervais est l’ancien président de la Société canadienne d’agroéconomie. Il a obtenu son doctorat en économie de l’Université d’Iowa State en 1999.

@jpgervais