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Dans les moments d’incertitude, les entreprises agricoles s’adaptent et se montrent à la hauteur

  • 6,5 min de lecture

Pandémie ou non, le printemps arrive et l’activité s’intensifie dans le secteur agricole canadien. La communauté agricole et agroalimentaire du pays adapte ses activités afin d’optimiser la santé et la sécurité sans compromettre l’approvisionnement en cette période d’incertitude.

« Les producteurs canadiens viennent de connaître une année difficile, mais ils sont résilients et le secteur prend des initiatives ingénieuses pour les aider à semer leurs cultures, déclare Murray Gurski, directeur supérieur, Alliances à FAC. Nous n’avons jamais traversé de crise comme celle de la COVID‑19 et de nombreuses questions planent, mais nous trouvons des moyens d’aller de l’avant avec les semis. »

Qu’il s’agisse des détaillants, des fabricants d’engrais, des transformateurs de grains, des éleveurs de bétail ou des concessionnaires d’équipements, tous ajoutent une touche de créativité et d’esprit pratique à la vente et aux services pendant la pandémie.

Vente de semences et livraison de grains

L’Association canadienne du commerce des semences (en anglais seulement) affirme que ses membres prennent des mesures afin de s’assurer que les semences sont vendues et livrées aux clients de façon sécuritaire. Notamment en prévoyant les livraisons et les cueillettes de semences, en limitant les contacts en personne pendant la vente et en offrant des formations polyvalentes au personnel lui permettant d’exercer des fonctions essentielles, de sorte que les milieux de travail puissent fonctionner même en l’absence d’employés clés.

Kamila Konieczny, directrice des communications et des relations publiques de Richardson International Ltd, soutient que l’entreprise prend encore plus de mesures proactives, y compris la désinfection de tous les locaux, des protocoles de gestion et de contrôle des visiteurs, le réaménagement des modalités et des horaires de travail, des restrictions touchant les voyages d’affaires, l’éloignement social et le lavage fréquent des mains.

Précautions pendant le transport

Ces mesures correspondent à celles que prennent les sociétés ferroviaires CN et CP. Elles ont toutes deux mis en place des mécanismes supplémentaires pour restreindre les déplacements des employés, accroître l’éloignement social, encourager le travail à domicile, multiplier les capacités informatiques pour les employés en télétravail et augmenter le nettoyage dans les trains, les gares, les centres d’hébergement et les bureaux.

Le CN a également séparé ses fonctions de contrôle de la circulation ferroviaire et réparti ses employés essentiels dans ce qu’il décrit comme « cinq emplacements hautement sécurisés où ils sont mieux protégés de la contamination ».

C’est le moment de commander des intrants

Fertilisants Canada représente des fabricants, des grossistes et des détaillants d’engrais à base d’azote, de phosphate, de potasse et de souffre. Selon l’association industrielle, ses membres ont mis en place des plans d’urgence relatifs à la COVID‑19 dans les usines de fabrication, les entrepôts et les points de vente au détail à l’échelle du pays afin de protéger leurs employés et le public et de s’assurer que les agriculteurs reçoivent leur engrais à temps pour les semis.

Ils ont, pour la plupart, un approvisionnement régulier en engrais partout au Canada pour les semis de la fin d’avril et du début de mai et ils sont persuadés que l’approvisionnement sera suffisant pendant toute la saison de la plantation.

Sur le terrain, des plans d’urgence à jour ont été mis en œuvre partout.

Jim Campbell, directeur général d’AGRIS Co-operative Ltd., demande aux clients de téléphoner avant de se déplacer et d’effectuer leurs transactions par téléphone, par courriel et par message texte au cours des prochaines semaines. Il suggère aux producteurs de se faire livrer autant d’intrants que possible sans tarder. « Il est préférable que les semences et les produits de protection des cultures soient entre vos mains plutôt qu’entre les nôtres à l’heure actuelle », fait valoir M. Campbell.

Plans pour le secteur bovin

Selon Richard Horne, directeur général de Beef Farmers of Ontario, son organisation, ainsi que d’autres organisations provinciales œuvrant dans le secteur bovin suivent les recommandations émises par le Conseil canadien pour les ressources humaines en agriculture et la Canadian Cattlemen’s Association.

Ces groupes insistent sur la nécessité de se doter de plans de gestion du risque à jour et appropriés – en partie pour gérer les ressources humaines advenant que des employés soient dans l’impossibilité de travailler.

« Nous prenons des précautions accrues à toutes les étapes de la chaîne d’approvisionnement en bœuf, affirme M. Horne. À mesure que la crise de la COVID‑19 a pris de l’ampleur, les mesures visant à prévenir la propagation de la maladie ont évolué également, étant donné que les entreprises agroalimentaires sont reconnues comme un service essentiel. »

Changements touchant les ventes de bétail

Ryder Lee, président-directeur général de la Saskatchewan Cattleman’s Association, estime également que l’élaboration de plans d’urgence a obligé bon nombre d’entreprises du secteur bovin de la province à modifier leurs façons de faire des affaires – en particulier les encans à bestiaux.

« Une bonne partie des entreprises ont adopté le commerce en ligne au fil des ans, explique M. Lee. La situation actuelle a poussé encore davantage d’entreprises à faire le saut. »

Mais quand il s’agit de taureaux, M. Lee rappelle que les acheteurs « ont encore besoin de les voir ». Voilà pourquoi les installations bovines ont modifié les heures de rendez-vous et les espaces physiques d’observation en tenant compte des préoccupations liées à la COVID‑19. 

« Les taureaux, ça paye une fois seulement au bout de plusieurs années de travail. Ne pas faire le bon choix dès le départ peut avoir d’importantes conséquences à long terme. »

Changements touchant les services d’équipements

Du côté des concessionnaires d’équipements, la Canada East Equipment Dealers Association a conseillé à ses membres de « prendre toutes les mesures raisonnables » pour protéger les travailleurs. Cela signifie, entre autres, d'encourager l’adoption de pratiques d’hygiène de base comme un lavage fréquent des mains et d'adapter la gestion des ressources humaines afin que les employés potentiellement malades soient à l’aise de rester chez eux. 

D’autres changements ont aussi été mis en œuvre au quotidien, par exemple, limiter l’achalandage, téléphoner d’avance pour que les pièces soient déposées à des endroits précis en vue de leur cueillette et instaurer des politiques de santé et de sécurité pour les appels de service chez les agriculteurs.

Autres mesures de protection

Jeff McGavin, exploitant de l’entreprise McGavin Farm Equipment, située dans le Sud-Ouest de l’Ontario, soutient que certaines entreprises, dont la sienne, ont adopté des précautions supplémentaires, comme des interactions limitées avec les camionneurs et l’interdiction pour les employés qui effectuent les appels de service de revenir à l’atelier pendant la journée. Lorsque les techniciens ont besoin d’une pièce d'équipement supplémentaire, ils vont la chercher dans un endroit spécialement désigné à cet effet.

Les Canadiens ont de la chance que notre système ait été en mesure de s’adapter rapidement à la crise.

M. McGavin ajoute que les entreprises modifient également leurs modes de paiement : l’argent comptant et les paiements en personne ne sont plus acceptés.

« Ça oblige certains d’entre nous à faire les choses différemment, mais ce n’est pas hors de question. » 

John Jamieson, président-directeur général du Centre canadien pour l’intégrité des aliments, est d’avis que chaque mesure prise dans l’industrie agricole et agroalimentaire renforce la confiance du public.

« Les Canadiens ont de la chance que notre système ait été en mesure de s’adapter rapidement à la crise, grâce à sa solidité et à son application des valeurs fondamentales en matière d’alimentation que sont l’abordabilité, la disponibilité et la qualité », déclare M. Jamieson.

En conclusion

Malgré la COVID‑19, le temps des semis approche et la demande alimentaire se maintient. La communauté agricole et agroalimentaire du Canada adapte ses modes de fonctionnement afin d’optimiser la santé et la sécurité tout en continuant d’assurer l’approvisionnement adéquat de l’industrie – des détaillants d’intrants et des élévateurs à grains aux concessionnaires d’équipements en passant par les encans à bestiaux.

Article par : Matt McIntosh et Owen Roberts