Comment vous rémunérer sans nuire à l’exploitation

Il n’est pas toujours facile de se verser un salaire à partir des recettes de la ferme, surtout si elle est constituée en société. Si vous retirez trop d’argent, vous risquez d’affaiblir l’entreprise. Si vous en retirez trop peu, vous pénalisez votre famille et compromettez votre sécurité. En combinant salaire, dividendes et autres outils, vous pouvez recevoir une rémunération équitable tout en protégeant les finances de la ferme.
Salaire ou dividendes
Selon vos objectifs financiers, vous pouvez vous verser un salaire (qui vous procure des droits de cotisation à un REER, mais suppose des retenues à la source) ou des dividendes (bénéfices versés aux actionnaires, souvent imposés à un taux inférieur, mais qui ne procurent aucun droit de cotisation à un REER), ou un mélange des deux.
« Un salaire vient avec des retenues à la source, notamment les cotisations au Régime de pensions du Canada, ou RPC », souligne Mike Bossy, comptable professionnel agréé du cabinet Bossy Nagy Group, à Tillsonburg, en Ontario.
« À l’inverse, les dividendes ne donnent pas lieu à des retenues comme les cotisations au RPC; il faut donc penser à mettre de l’argent de côté. Je suggère alors le recours à un compte d’épargne libre d’impôt, ou CELI. Vos investissements fructifient à l’abri de l’impôt, et vous pouvez cotiser jusqu’à 7 000 $ par année, avec un plafond cumulatif de 109 000 $. »
Si vous investissez 5 000 $ par année dans un CELI pendant 20 ans avec un rendement modeste de 5 %, vous accumulerez environ 165 000 $ entièrement à l’abri de l’impôt.
Utiliser les fonds judicieusement
Utilisés à bon escient, les bénéfices non répartis et les prêts aux actionnaires offrent une certaine souplesse. « Les bénéfices non répartis sont les profits accumulés par l’entreprise depuis sa création, explique M. Bossy. Si je vous verse un dividende de 50 000 $, mais que vous n’avez besoin que de 25 000 $, l’entreprise vous doit le reste. Au bout de dix ans, vous aurez accumulé 250 000 $ dans votre compte d’actionnaire. »
Le gel successoral peut aussi favoriser la succession et la retraite. « Vous évaluez l’entreprise et convertissez les actions de croissance en actions de gel. Si vous rachetez pour 50 000 $ de ces actions, vous réalisez un gain qui sera imposé selon le taux de dividendes. »
Planifier avec intention
Une bonne planification de la rémunération permet d’atteindre des objectifs personnels et soutient l’avenir de votre exploitation. « La trésorerie est primordiale. Or, en vous versant une rémunération, vous retirez des liquidités de l’entreprise, alors faites-le avec prudence », dit M. Bossy.
Conciliez vos frais de subsistance et la somme nécessaire pour rembourser les dettes de la ferme, payer les baux et réinvestir.
« L’argent est utilisé à quatre fins : le remboursement des prêts, les baux et les intérêts, les dépenses personnelles et la croissance. Les deux premiers éléments sont fixes. Si vos dépenses personnelles deviennent fixes, quel élément en souffrira? La croissance. Vous devez décider de ce qu’il faut sacrifier. »
La difficulté ne réside pas uniquement dans le choix entre salaire et dividendes. Votre revenu ne doit pas peser sur les finances de l’exploitation. Vous devez concilier vos frais de subsistance et la somme nécessaire pour rembourser les dettes de la ferme, payer les baux et réinvestir. Votre rémunération est cruciale, mais en retirant trop d’argent trop vite, vous risquez d’entraver la croissance de l’entreprise, voire de mettre en péril le respect de ses obligations.
Une bonne stratégie permet à la fois de vous assurer un revenu régulier et de garantir des flux de trésorerie suffisants pour votre exploitation.
D’après un article de l’AgriSuccès par Emily Leeson
