Passer au contenu principal

Comment gérer astucieusement le militantisme pour les animaux

  • 11 min de lecture

Article par : Jess Campbell

Imaginez le portrait. Vous élevez du bétail. Vous vous trouvez dans votre étable et vous êtes sur le point d’entreprendre vos tâches de l’après-midi. C’est samedi, alors non seulement vous devez effectuer vos tâches, mais vous devez aussi vous assurer que votre fille arrive à son match de hockey à l’heure, que vous allez chercher votre père à la ferme voisine en route vers ledit match, puis que vous ramenez tout le monde à la maison à temps pour repartir avec votre conjoint/e pour assister à un événement communautaire au bénéfice d’un voisin qui a perdu son hangar dans un incendie il y a deux semaines. Bref, la vie normale de producteur agricole suit son cours.

Le militantisme pour les animaux est un enjeu que nous connaissons tous, mais que nous ne savons pas trop comment gérer. Alors il est temps d’agir astucieusement.

Vous vous apprêtez à commencer vos tâches lorsque la porte s’ouvre et que plusieurs inconnus pénètrent dans l’étable. Vous lâchez votre ouvrage, souriez et saluez ces personnes, qui ne vous répondent que par un silence. Sentant la confusion et la méfiance vous gagner, vous leur demandez si vous pouvez les aider. Tandis que ses compagnons, munis d’outils de différentes tailles, passent devant vous en vous regardant à peine, un inconnu ralentit suffisamment le pas pour se tourner vers vous et vous dit : « Nous sommes ici pour libérer ces magnifiques êtres sensibles ». Incrédule, vous voyez ces inconnus commencer à ouvrir des enclos, à couper des cadenas et à soulever des portes rabattables. 

Maintenant que votre tension artérielle a grimpé considérablement en l’espace d’une minute, posez-vous la question suivante : que feriez-vous?

Bien qu’il s’agisse, dans ce cas précis, d’un scénario purement fictif, des événements semblables se sont réellement produits très récemment. Il suffit de demander à Lloyd Weber de la ferme Webstone Holsteins, située à West Montrose, en Ontario. Des militants sont entrés sans permission sur sa ferme en mars (en anglais seulement), armés de caméras, pour faire une « évaluation juste » de ce qui, à leur avis, se passe dans les fermes laitières. Après avoir visité librement l’étable, les intrus ont volé un veau mort et l’ont emmené en voiture, en disant qu’il méritait d’être « inhumé dignement ».

Le militantisme est encore plus répandu en ligne, et les extrémistes intimident les producteurs en raison du métier qu’ils ont choisi et leur lancent d’horribles insultes – par exemple, traiter les producteurs laitiers de violeurs parce qu’ils ont recours à l’insémination artificielle pour la reproduction de leurs bêtes. 

Il paraît qu’on n’a de contrôle que sur soi-même. Alors, que faire devant la menace du militantisme pour les animaux?

Il faut gérer astucieusement le militantisme pour les animaux.

La sécurité avant tout

Peu importe où a lieu le militantisme – en ligne ou hors ligne – la sécurité de toutes les parties (y compris les animaux) est primordiale. Avec son mari Johannes, Julaine Treur est propriétaire et exploitante de Creekside Dairy, en Colombie-Britannique. Mme Treur gère une page Facebook comptant plus de 7 000 abonnés et, jusqu’en mars dernier, elle y avait toujours accueilli les militants. Tout cela a changé lorsque les commentaires de certains militants ont pris une mauvaise tournure, alors que l’un d’entre eux a déclaré que les Services de protection de l’enfance devraient intervenir à la ferme parce que « nos enfants étaient exposés à de la maltraitance animale » et qu’un autre a proféré d’inquiétantes menaces de mort aux détails sordides à l’endroit de Mme Treur.

Bon nombre de ses abonnés ont immédiatement signalé les commentaires à Facebook et Mme Treur a également fait un signalement à la police locale. Mme Treur remercie ses fidèles abonnés d’avoir signalé l’incident et recommande de faire appel à de l’aide extérieure lorsqu’on ne se sent pas en sécurité. « Si la présence de militantisme dans votre région vous préoccupe réellement ou si vous craignez que des militants s’en prennent à votre ferme, je vous dirais de vous adresser à votre député provincial, territorial ou fédéral. Nous avons reçu la visite de notre député provincial à notre ferme et il a été d’un très grand soutien. Je sais qu’il travaille sur un projet avec d’autres députés. L’expérience a eu un aspect très positif : elle nous a permis d’établir ce lien avec notre député et de savoir que nous pouvons compter sur son appui. »

Si vous vous adressez à l’administration locale, assurez-vous d’expliquer clairement votre situation et vos préoccupations (par exemple, que vous avez reçu en ligne des menaces d’intrusion à votre ferme). Demandez si vous maintenez correctement les limites de votre propriété et de quelle façon les lois anti-intrusion en vigueur dans votre collectivité ou votre province régissent le militantisme pour les animaux, en ligne et hors ligne. Préparez-vous à répondre à autant de questions que vous en poserez, et précisez que le but de toute mesure qui sera prise est de faire en sorte que tout le monde se sente en sécurité et le soit.

Gérez la désinformation

Peu importe ce que votre exploitation agricole produit, il existe probablement un millier de mythes qui pourraient facilement être dissipés si seulement quelqu’un se donnait la peine de vous poser des questions. Parce que, soyons francs, en tant que producteur agricole, c’est vous l’expert. C’est vous qui connaissez les tenants et les aboutissants de votre industrie et c’est seulement vous qui pouvez raconter votre histoire en agriculture. Les agriculteurs n’existent pas pour dicter ce que les gens devraient manger. Ils offrent non seulement un choix d’aliments, mais aussi les renseignements dont le consommateur a besoin pour prendre une décision éclairée.

Lisa Bishop-Spencer, directrice, Marque et communications de l’organisme Producteurs de poulet du Canada, soutient que les producteurs agricoles font déjà un excellent travail pour combattre la désinformation.

« Parmi les porte-paroles de l’industrie alimentaire, les agriculteurs demeurent ceux en qui les gens ont le plus confiance. Les consommateurs s’intéressent de plus en plus à la provenance de leurs aliments, dans certaines limites, et nous nous efforçons de faire en sorte qu’ils sachent que leur poulet provient de producteurs dignes de confiance. À Producteurs de poulet du Canada, nous croyons aussi au choix. Bien entendu, nous appuyons toutes les personnes qui font le choix de ne pas consommer de viande, mais seulement si ce choix est fondé sur des faits et non sur la fiction perpétuée par les militants. Vous avez le choix de ce que vous achetez et les producteurs et transformateurs de poulet du Canada travaillent d’arrache-pied pour satisfaire les préférences des consommateurs. Nous sommes toujours prêts à nous adapter aux goûts changeants des Canadiens, mais pas lorsque nous y sommes forcés par des militants qui, en définitive, ne cherchent qu’à dicter aux Canadiens quoi manger et à obliger nos producteurs à mettre la clé sous la porte. »

Défendez vos intérêts amicalement

Nous sommes nombreux à connaître la règle voulant qu’il vaille mieux se taire si on n’a rien de gentil à dire. Nous savons également que cette règle est rarement suivie, ce qui peut donner lieu à des accès de furie et à des comportements qu’on regrette ensuite.

Tim May est un producteur laitier de Rockwood, en Ontario. En ligne, il est connu sous le pseudonyme de Farmer Tim et tient une page Facebook immensément populaire du même nom. À l’heure actuelle, M. May compte plus de 50 000 abonnés sur Facebook et plus de 7 000 sur Twitter. Il a dû composer avec son lot d’actions militantes pour les animaux. Malgré tout, il continue de raconter des anecdotes sur son exploitation agricole, car il voit l’utilité et les avantages de renseigner ceux qui choisissent d’apprendre plutôt que de juger.

« Les gens aiment savoir ce qui se passe à ma ferme, mais souvent, ils s’intéressent plus aux personnes qui s’occupent de la ferme. Ils veulent savoir pourquoi j’adore être agriculteur. Ils veulent voir ma passion pour l’agriculture et ma compassion pour les animaux. Ils veulent voir comment je prends soin de la terre et de l’environnement à l’aide d’exemples réels qui concernent ma ferme. Ils veulent être aux premières loges quand je vis des réussites et des difficultés. Il faut savoir équilibrer les facteurs éducation, plaisir et émotion; certaines de mes meilleures publications combinent les trois. Il faut savoir maintenir l’intérêt des abonnés de façon créative et toujours faire preuve de respect et de gentillesse. Engagez des conversations polies, même si vous n’êtes pas d’accord avec l’opinion de quelqu’un d’autre. De nombreuses guerres ont éclaté en raison d’un mauvais choix de mots! Soyez la personne la plus mature et restez digne; vous gagnerez le respect des autres qui lisent vos commentaires et vos réponses. »

Fiez-vous à la réglementation

L’aspect frustrant du militantisme pour les animaux est la difficulté à le contrôler. Toutefois, certaines mesures sont prises – comme le projet de loi proposé en Ontario en décembre – afin de légiférer sur la protection des agriculteurs et du bétail ainsi que des travailleurs agricoles et de la chaîne d’approvisionnement alimentaire en général.

Keith Currie, agriculteur des environs de Collingwood, en Ontario, est président de la Fédération de l’agriculture de l’Ontario et premier vice-président de la Fédération canadienne de l’agriculture. Bien qu’il soit conscient de la difficulté que représente le contrôle du militantisme animal, M. Currie assure qu’il s’agit d’un enjeu prioritaire à l’échelle mondiale et que des progrès ont été réalisés en vue de la création d’une solution viable qui protégerait non seulement les agriculteurs, mais également l’ensemble de l’industrie agricole canadienne. « Nous avons été très actifs dans ce dossier, [nous avons eu] beaucoup de réunions et de conversations et c’est pareil dans les autres provinces. Selon mes collègues d’ailleurs au pays, ils travaillent aussi en étroite collaboration avec leurs gouvernements provinciaux respectifs. Il faut une solution de la ferme à la table. Nos camionneurs, en particulier ceux qui transportent du bétail, et nos usines de transformation sont également touchés de façon importante [par le militantisme pour les animaux]. C’est une approche à deux volets : convaincre les provinces de protéger les propriétaires fonciers au moyen de lois contre les intrusions et inciter le gouvernement fédéral à agir en vertu du Code criminel. Si nous devons ralentir dans nos démarches afin d’obtenir le meilleur résultat possible du premier coup, alors ça me va. S’il faut quelques mois de plus pour y arriver, prenons ces quelques mois, même si les gens paniquent. Faisons ce qu’il faut pour réussir. »

Dites votre vérité

Lorsqu’on se sent menacé, la chose la plus difficile à faire peut être de s’exprimer à voix haute. Dans le cas du militantisme pour les animaux, tous les acteurs du secteur agricole canadien doivent se mobiliser et dire leur propre vérité afin de mettre un terme à ce type d’extrémisme. Il ne s’agit pas de faire taire ceux qui ont des opinions différentes. Nous avons la chance de vivre dans un pays où tout le monde jouit de la liberté d’expression. C’est la façon d’utiliser cette liberté d’expression qui est devenue un énorme enjeu compliqué.

Le militantisme extrême pour les animaux est teinté d’agressivité. Le remède à cette agressivité est le courage. S’exprimer à voix haute quand on a peur est le signe le plus infaillible de courage. En fait, c’est ce que fera toujours un agriculteur astucieux.


L’importance d’avoir un plan

Sachez quel est votre rôle lorsque vous gérez vos plateformes de médias sociaux et si quelqu’un fait intrusion dans votre ferme. 

Dans les médias sociaux...

  • Votre page, vos règles. Mais n’oubliez pas : il est important d’écouter les gens qui ont des opinions différentes. 
  • Faites de votre liste de règles une publication épinglée afin qu’elle apparaisse tout en haut de votre page. Dans la publication épinglée, expliquez le but de votre page et indiquez que les publications ou les commentaires injurieux ou obscènes ne seront pas tolérés.
  • Signalez toute menace ou tout comportement offensant à la plateforme que vous utilisez.
  • Si quelqu’un enfreint vos règles sociales, rappelez-lui le but de votre page (c’est‑à‑dire, la promotion de l’agriculture). Expliquez qu’en cas d’infraction aux règles, des publications pourraient être masquées ou effacées et des utilisateurs bloqués.
  • Si les infractions persistent, masquez ou effacez le contenu (Remarque : Lorsque vous masquez des commentaires sur Facebook, leur auteur et ses amis peuvent toujours les voir).
  • Bloquez les utilisateurs délinquants s’ils continuent d’enfreindre vos règles.

À votre ferme et sur vos terres…

  • Familiarisez-vous avec les lois anti-intrusion en vigueur dans votre province ou votre territoire.
  • Installez des pancartes disant « Propriété privée » un peu partout sur vos terres et « Entrée interdite sans permission » aux portes des étables, des ateliers et des autres bâtiments agricoles.
  • Formulez un plan pour votre ferme concernant le militantisme pour les animaux ou les intrusions afin que tout le monde, même les employés et les enfants, sache quoi faire en cas d’incident. Informez vos visiteurs habituels, comme votre conducteur de camion de lait ou d’aliments ou votre nutritionniste, que vous avez mis un plan en place.
  • Si quelqu’un entre sans autorisation dans votre propriété et refuse de partir, appelez la police.