Des prix volatils peuvent avoir un effet positif sur les exportations d’oléagineux

  • 06 nov. 2018

Nous continuons à examiner les tendances dans les échanges commerciaux de produits agricoles et agroalimentaires en puisant dans les renseignements tirés de notre récent rapport, Une année marquée par les perturbations commerciales et la volatilité. Le billet de la semaine dernière portait sur la performance générale et la diversité des exportations canadiennes. Celui d’aujourd’hui met l’accent sur le lien entre la volatilité des prix et le résultat des exportations.

En 2018, les interruptions des échanges commerciaux entre la Chine et les États-Unis ont perturbé les flux des échanges mondiaux de soya, de porc et d’autres produits, ce qui a aussi eu une incidence sur le prix de ces produits, et ce pour tous les pays commerçants. Comme les prix des exportations canadiennes ont fluctué (à la hausse et à la baisse), les exportateurs canadiens et leurs acheteurs ont changé leurs habitudes de vente et d’achat de produits. Cela est important pour les exportateurs canadiens. Nous avons constaté que la volatilité du prix à l’exportation du soya et du canola peut freiner les exportations, alors que dans d’autres cas elle fait progresser les ventes sur l’ensemble des marchés.

Prudence en période de volatilité

Les entreprises craignent généralement la volatilité. Les acheteurs hésitent quand ils sont incertains de l’évolution des prix à venir; ils remettent à plus tard leurs achats dans l’espoir d’une baisse des prix (parce qu’en période de grande volatilité, les prix augmentent et diminuent rapidement), ou bien ils sont tentés d’acheter davantage quand les prix commencent à grimper pour se protéger contre de futures hausses de prix, qu’ils considèrent comme un risque probable.

Parallèlement, les exportateurs peuvent profiter de prix qui seront rarement plus élevés à court terme, auquel cas ils vendent plus qu’ils ne le feraient en temps normal sur certains marchés. Ou encore, comme les acheteurs, ils peuvent reporter leurs échanges en attendant un mois où les prix s’amélioreront ou, à tout le moins, se stabiliseront.

Les exportations sont sensibles à la volatilité des prix du soya et du canola

Les exportations canadiennes totales de canola diminuent au cours des mois où la volatilité du prix du canola augmente. Pour comprendre de quelle manière, supposons que la volatilité du prix du canola à l’exportation double en un an. Une variation de cette ampleur se produit rarement, mais elle est utile pour comprendre comment fonctionne la volatilité. Dans ce scénario, les exportations canadiennes de canola auraient un impact uniforme sur les principaux marchés, et les pertes varieraient de l’ordre de 7,9 % (Mexique) à 11,8 % (États‑Unis).

Figure 1 : Les pertes à l’exportation de canola sont restreintes à une fourchette étroite

Source : CICM, calculs de FAC

Les exportations canadiennes de soya évoluent différemment face à une forte volatilité des prix. Les exportations à destination du Japon et des États-Unis diminueraient probablement d’environ 6,5 % tandis que les exportations vers la Chine augmenteraient de 3,7 %. L’Espagne, quant à elle, augmenterait ses achats de soya canadien de 18,3 % dans les mêmes conditions. Étant donné que l’Espagne et la Chine ont représenté à elles deux 46 % de l’ensemble des exportations canadiennes de soya en 2017, l’accroissement combiné de leurs importations au cours des mois où les prix sont plus volatils est suffisant pour empêcher la diminution du volume global des exportations canadiennes de soya. Dans ce cas, la volatilité redistribue les ventes sur nos différents marchés d’exportation.

Figure 2 : La Chine et l’Espagne importent plus de soya lorsque les prix fluctuent

Source : CICM, calculs de FAC

Des facteurs mondiaux influent sur le résultat des exportations

Étant donné que le prix de référence des produits agricoles de base fluctue en réaction à des perturbations majeures de l’offre et de la demande, comme l’imposition de tarifs douaniers en 2018, les prix au Canada fluctuent. Lorsque le prix d’un produit bondit, les acheteurs modifient leur comportement et, habituellement, ils achètent moins des exportateurs canadiens. Mais le contraire est aussi vrai. Ce qu’il faut retenir, c’est que la volatilité influe sur le résultat des exportations canadiennes – pour le meilleur et pour le pire.


Jean-Philippe Gervais
Vice-président et économiste agricole en chef

Jean‑Philippe Gervais est vice-président et économiste agricole en chef à Financement agricole Canada. Avant de se joindre à FAC en 2010, M. Gervais était professeur d’économie agricole à la North Carolina State University et à l’Université Laval. Il était aussi titulaire de la Chaire de recherche du Canada en agroindustrie et commerce international à l’Université Laval. M. Gervais est l’ancien président de la Société canadienne d’agroéconomie. Il a obtenu son doctorat en économie de l’Université d’Iowa State en 1999.

@jpgervais