Le blé reprend du poil de la bête

Analyse du marché

Aperçu

  • Le blé a perdu en popularité auprès des producteurs en raison de faibles prix
  • Les cultures de blé ont connu des problèmes divers un peu partout sur la planète, ce qui nuira aux rendements
  • Les déconvenues du blé ont mené à une remontée du prix sur les marchés

Depuis un an, le prix du blé sur le marché a connu plus de bas que de hauts, allant même jusqu’à frôler ses niveaux les plus bas depuis 2009. Les raisons étaient nombreuses mais revenaient à un principe bien simple, soit celui de l’offre et de la demande. Des récoltes abondantes durant plusieurs années de suite par les plus grands pays producteurs de la céréale ont contribué à garnir les entrepôts dégarnis à la suite de la crise alimentaire de 2007‑2008. Résultat, le niveau record des stocks mondiaux, qui donnait l’embarras du choix aux pays acheteurs qui pouvaient « magasiner » leurs apprivoisements. C’est la raison qui explique la faible performance de la céréale et par conséquent, le désintéressement des agriculteurs. Pourquoi semer une culture avec un aussi faible rendement du capital investi?

La performance du blé depuis un an se compare avantageusement à celle du maïs et du soya qui affichent des rendements négatifs.

Superficie moindre

Après des années de déclin, les producteurs américains ont semé la plus faible superficie de blé jamais enregistrée. Au Canada également, la tendance serait semblable. Il faudra à ce chapitre surveiller les projections de Statistique Canada diffusées le 29 juin.

Le hasard a cependant voulu que de nombreux facteurs météo se conjuguent à l’échelle de la planète pour faire la vie dure à la céréale pendant la saison 2017. Depuis plusieurs semaines, la sécheresse sévit dans bon nombre d’états américains producteurs de blé de printemps, tels que le Dakota du Nord et le Dakota du Sud. La qualité des cultures se détériore de plus en plus, tant et si bien que certains agriculteurs auraient jeté l’éponge. Même le blé d’hiver souffre de la canicule, à tel point que 5 % des cultures seraient affectées aux États-Unis.

Le blé ailleurs dans le monde

Plus près de chez nous, le printemps excessivement pluvieux a retardé les semis, ainsi que la fenêtre idéale pour semer le blé. Plusieurs producteurs auraient troqué la culture pour se tourner vers le soya dont les semis sont plus tardifs. Et de l’autre côté de l’Atlantique, les conditions s’avèrent aussi difficiles. Le continent européen fait face à une canicule qui fracasse des records de chaleur. La France, qui affrontait l’an dernier des pluies torrentielles, voit maintenant son rendement affecté par la chaleur. Même l’Ukraine et la Russie ont revu à la baisse (-3,3 %) les rendements prévus pour cette année.

Dans ces conditions, il est peu surprenant de voir le regain d’intérêt face au blé. En date du 23 juin, le prix du blé a gagné plus de 7 % en un mois. Pour l’année, le gain est encore modeste avec plus de 1 % mais il se compare avantageusement au soya et au maïs qui ont perdu respectivement 18 % et 7 % en un an. Le plus important à retenir de ces chiffres, c’est qu’ils pourraient se traduire par la fin du purgatoire pour le blé. Le sentiment sur le marché à court terme est, comme on dit dans le jargon financier « bullish », soit positif.

En conclusion

Il ne faudrait cependant pas s’attendre à une remontée vertigineuse et fulgurante qui mènerait le blé à renouer avec les prix de 2011. Il faut garder en tête les stocks mondiaux toujours imposants qui mettent une pression sur les récoltes à venir. Mais qui sait ce que réserve le futur? Qui aurait pu en effet prédire une telle combinaison de facteurs pour le blé au début de 2017?

Cet article a été rédigé le 3 juillet 2017.

Journaliste depuis plus d’une vingtaine d’années, Céline Normandin s’est spécialisée en finance et en économie. Elle collabore depuis plusieurs années à de nombreuses publications agricoles québécoises à titre de journaliste à la pige.

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