Fermeture du marché chinois au porc québécois: Legault n'exclut rien

  • 26 juin 2019

QUÉBEC - Irrité par la fermeture du marché chinois au porc québécois, François Legault n'écarte pas des représailles commerciales, mais son ministre Pierre Fitzgibbon a été plus prudent.

Le premier ministre réagissait à la décision de la Chine de suspendre toute importation de viande canadienne, nouvel épisode du différend diplomatique avec Ottawa à la suite de l'arrestation d'une dirigeante de Huawei à Vancouver.

«Nous voulons nous assurer que (la décision de la Chine) n'a pas de liens avec Huawei», a déclaré M. Legault en mêlée de presse mercredi matin, avant de se rendre à la séance du conseil des ministres.

Il a rappelé que le Québec importe pour 12 milliards $ de produits chinois par année. La Chine s'expose donc aussi à des conséquences, selon lui.

«Il faut que ça soit juste, les échanges commerciaux, il faut que ça soit possible dans les deux sens, à ce moment-ci, il ne faut rien exclure.»

La Chine a importé pour 283 millions $ de porc québécois en 2017 et la demande est actuellement à la hausse, a indiqué le ministre de l'Agriculture, André Lamontagne, en point de presse.

M. Legault a dit qu'il était «aussi en colère» que les producteurs de porcs du Québec, parce que ce geste «si draconien» a des «impacts très majeurs sur eux».

M. Legault a parlé avec le ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, afin de l'inciter à mettre sur pied un programme pour aider les producteurs de porcs québécois.

De son côté, le ministre québécois de l'Économie, Pierre Fitzgibbon, a expliqué qu'il tente de diminuer le déficit de 9 milliards $ de la balance commerciale du Québec avec la Chine, par exemple en produisant ici des biens qui sont importés d'Asie, comme des textiles.

«Je prendrais juste l'approche positive: ce qu'on importe de la Chine, eh bien, on va le faire ici au Québec» en investissant dans la compétitivité des entreprises, a-t-il affirmé, plutôt que de faire planer des menaces de représailles.

Son collègue, André Lamontagne, a laissé entendre que l'attribution d'une aide financière du gouvernement Legault aux producteurs est actuellement prématurée.

«Ça commence aujourd'hui, alors avant qu'on voit les répercussions, ça va prendre quelques jours» pour pouvoir évaluer les pertes, a-t-il argué.

La Chine invoque la découverte de près de 200 faux certificats sanitaires de vétérinaires pour motiver sa décision, a rappelé le ministre, en ajoutant que la conformité des produits est du ressort fédéral, donc c'est d'abord à Ottawa d'aider les producteurs.

M. Lamontagne n'a pas osé se prononcer sur la véracité des prétentions de la Chine.

L'opposition officielle a pour sa part exigé que M. Lamontagne fasse pression sur son homologue fédéral pour que le secteur porcin québécois ne soit pas pénalisé.

«On a un gouvernement qui se dit nationaliste, mais qui se réfugie derrière le fédéral pour masquer sa propre inaction», a déclaré la porte-parole libérale en matière d'agriculture, Marie Montpetit, dans un communiqué de presse.

Plus de 45 pour cent du porc exporté du Canada provient du Québec. L'industrie porcine québécoise emploie 26 500 personnes. Elle contribue à hauteur de 1,45 milliard $ au produit intérieur brut (PIB). En 2016, 80 pays ont importé des produits québécois du porc.