Tensions avec la Chine: Trudeau pourrait rencontrer le président Xi au G20

  • 06 juin 2019

OTTAWA - Le premier ministre Justin Trudeau est prêt à rencontrer le président chinois, Xi Jinping, au sommet du G20 à Osaka, au Japon, pour discuter des «défis» entre le Canada et la Chine.

Lors d'une conférence de presse en Normandie où il participe aux cérémonies du 75e anniversaire du débarquement, le premier ministre a déclaré jeudi qu'il verrait, fin juin à ce sommet, s'il serait «approprié ou désirable» d'avoir une conversation «directement avec le président chinois».

C'est la première fois que M. Trudeau évoque cette possibilité.

«Évidemment notre première préoccupation, c'est le sort des Canadiens qui sont détenus de façon arbitraire par les Chinois pour des raisons politiques. Nous sommes aussi préoccupés par leurs actions sur le canola et le potentiel d'autres actions sur d'autres produits», a déclaré le premier ministre.

Il faisait référence à Michael Spavor et Michael Kovrig, les deux Canadiens détenus en Chine pour des raisons qu'Ottawa qualifie d'arbitraires.

Les relations entre le Canada et la Chine se sont détériorées dès l'arrestation de la directrice financière de Huawei, Meng Wanzhou, en décembre 2018 à Vancouver. Cette arrestation a été effectuée à la demande des États-Unis qui réclament une extradition.

La Chine a bloqué ses importations de canola en provenance du Canada et a commencé à scruter les importations de porc canadien, officiellement en raison de préoccupations concernant la contrebande et la peste porcine africaine.

Témoignant jeudi devant un comité parlementaire à Ottawa, la ministre de l'Agriculture, Marie-Claude Bibeau, a dit que dans ces dossiers, des discussions techniques avec les autorités chinoises, qui ont eu lieu mercredi soir, lui ont donné «espoir».

«L'Agence canadienne d'inspection des aliments a eu une nouvelle conversation plus technique et on sentait qu'il y aurait une suite à cette conversation, hier», a rapporté la ministre au comité.

«Ça progresse», a assuré la ministre quelques minutes plus tard en mêlée de presse.

Pour ce qui est d'autres produits canadiens qui seraient ciblés par la Chine, Mme Bibeau a révélé que l'industrie du soya a exprimé des inquiétudes, mais «aucun avertissement officiel à propos d'autres produits» canadiens n'est venu des Chinois.

Une conversation Trudeau-Xi, trop peu trop tard?

Le député conservateur Luc Berthold, membre du comité parlementaire qui interrogeait la ministre jeudi avant-midi, a supposé que c'est l'approche des élections fédérales qui a inspiré M. Trudeau à évoquer un tête-à-tête avec Xi Jinping au sommet du G20, les 28 et 29 juin prochain.

«Ça a été trop long. Ç'aurait dû être fait depuis très longtemps», a commenté le député.

Les reproches et accusations de M. Berthold ont été repris en chambre par son collègue Erin O'Toole.

«Une moitié d'année en crise, M. le président, et c'est seulement aujourd'hui que le premier ministre songe à s'impliquer directement avec le leadership chinois, songe à s'impliquer après six mois!», a tonné le député O'Toole.

«Plutôt que d'envoyer des tweets pour annoncer que le Canada est de retour, pourquoi pas plutôt ramener nos Canadiens?», a-t-il lancé aux banquettes d'en face.

«Les cas de Michael Spavor et Michael Kovrig sont une priorité pour ce gouvernement», a répondu Robert Oliphant, secrétaire parlementaire de la ministre des Affaires étrangères.

Puis, il a mis en garde son adversaire conservateur contre «les déclarations grandioses».

«Il s'agit d'assurer la sécurité de Canadiens», a rappelé M. Oliphant.