Pékin croit que Trudeau est naïf de croire que Trump lui a rendu service

  • 03 juil. 2019

OTTAWA - Le gouvernement chinois estime que Justin Trudeau fait preuve de naïveté s'il croit que Donald Trump lui a donné un coup de pouce en évoquant avec le président Xi Jinping le cas des deux Canadiens emprisonnés en Chine.

Geng Shuang, un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, réagissait mercredi aux commentaires de M. Trudeau, la veille à Toronto. Le premier ministre se disait alors «très confiant» du fait que le président américain avait abordé le cas des deux Canadiens détenus en Chine avec son homologue Xi au sommet du G20, au Japon, le week-end dernier. Mais M. Trudeau n'a jamais pu l'affirmer catégoriquement.

Le Canada a arrêté le 1er décembre, à l'aéroport de Vancouver, une haute dirigeante de Huawei, Meng Wanzhou, à la demande du gouvernement américain, qui souhaite son extradition pour l'inculper de fraude. Michael Kovrig et Michael Spavor ont été arrêtés 10 jours plus tard, pour violation de la sécurité nationale en Chine — une mesure qualifiée par plusieurs de représailles.

Lors d'une rencontre au bureau ovale avec le premier ministre le mois dernier, M. Trump avait indiqué qu'il soulèverait la question des deux Canadiens lors de son tête-à-tête avec le président chinois à Osaka. Or, avant de quitter le sommet du G20, M. Trump a déclaré qu'il n'avait pas discuté de l'affaire Meng avec le président Xi, et certains se demandent s'il a tenu son engagement envers M. Trudeau.

«Je voudrais mettre en garde la partie canadienne contre toute naïveté», a déclaré M. Geng à la presse lors d'une réunion d'information à Pékin, mercredi. «Premièrement, (le Canada) ne devrait pas être assez naïf pour croire que demander à son soi-disant allié de faire pression sur la Chine donnera un quelconque résultat: la Chine respecte l'État de droit et les autorités judiciaires traitent les affaires de manière indépendante. La souveraineté judiciaire de la Chine ne tolère aucune ingérence.

«Deuxièmement, il ne devrait pas être assez naïf au point de croire que son soi-disant allié poursuivra sérieusement un ordre du jour canadien: au mieux, (cet allié) ne fera qu'évoquer la chose du bout des lèvres. Après tout, ce problème ne concerne que la Chine et le Canada.»

M. Geng a rappelé que le Canada est l'unique responsable de la dégradation des relations entre les deux pays — Pékin a demandé à plusieurs reprises au Canada de libérer Mme Meng.

Interrogée sur le sujet mercredi lors d'un événement à Montréal, la ministre fédérale de l'Agriculture, Marie-Claude Bibeau, a assuré que le Canada n'avait pas été naïf dans ce dossier. «Au contraire, ce n'est pas du tout d'être naïf. C'est une force canadienne de pouvoir s'allier plusieurs partenaires qui vont porter notre voix aussi», a-t-elle soutenu.

Depuis l'arrestation de Mme Meng, les relations sino-canadiennes ont plongé dans un nouveau creux. La Chine a pratiquement cessé d'importer plusieurs produits canadiens, dont le canola et le porc. Juste avant le sommet du G20, Pékin a annoncé la suspension de toutes les importations de produits de viande canadiens, en raison de préoccupations alléguées concernant des rapports d'inspection frauduleux.