Ottawa s'affaire à renforcer son système d'exportation de viande vers la Chine

  • 03 juil. 2019

MONTRÉAL - Pour convaincre la Chine de rouvrir ses frontières au porc et au boeuf canadiens, la ministre fédérale de l'Agriculture, Marie-Claude Bibeau, assure qu'Ottawa s'affaire à renforcer son système d'exportation de viande, car c'est là qu'il y a eu une brèche, dit-elle.

Des mesures additionnelles de sécurité seront mises en place, a ajouté la ministre mercredi, alors qu'elle se trouvait au Québec.

La Chine a récemment suspendu toute importation de viande, invoquant la découverte de porc en provenance du Canada contenant des résidus de ractopamine, un additif alimentaire interdit sur son territoire. Selon les autorités canadiennes, le certificat d'exportation de cette cargaison ne serait pas authentique et n'aurait pas été livré par l'Agence canadienne d'inspection des aliments. La GRC est en train d'enquêter.

«On ne sait pas d'où cette viande vient, ni qui est derrière cette affaire», a répété Mme Bibeau mercredi.

Selon des informations publiées sur le site de l'Ambassade de la Chine au Canada, il y aurait 188 certificats contrefaits.

La ministre Bibeau était à Montréal mercredi avec le ministre de la Diversification du commerce international, Jim Carr, afin de rencontrer des représentants des industries du boeuf et du porc pour faire le point sur l'exportation de viande en Chine.

Des discussions ont lieu tous les jours avec les autorités chinoises, soutient-elle, et on les rassure «qu'il n'y aura plus de certificats non authentiques en circulation.»

Aucun échéancier n'est toutefois encore en vue pour la réouverture des frontières de ce pays d'Asie, a indiqué Mme Bibeau en mêlée de presse après sa rencontre.

Elle souligne toutefois que la Chine est aux prises avec la peste porcine africaine, ce qui lui donne donc une motivation pour laisser entrer à nouveau le porc canadien.

Plusieurs croient que cette fermeture du marché chinois à la viande canadienne est en lien avec le différend diplomatique qui oppose Ottawa à Pékin à la suite de l’arrestation à Vancouver d’une dirigeante du géant chinois des télécommunications Huawei.

Selon la ministre Bibeau, il est encore trop tôt pour parler d'un plan de compensation pour les producteurs de porc et de boeuf touchés par la fermeture brusque de ce marché.

Elle tient aussi à rassurer la population canadienne que malgré cette position prise par la Chine, la viande d'ici est de grande qualité.

Des producteurs inquiets

Des porte-parole de l'industrie du porc et du boeuf sont ressortis satisfaits de la rencontre avec les ministres.

Ils disent voir le travail que fait Ottawa. Mais «c'est sûr que les résultats sont à venir», a déclaré Claude Viel, le président des producteurs de bovins du Québec, en sortant de la réunion.

«Est-ce que les frontières vont ouvrir aussi vite qu'on le souhaite? On a toujours des doutes».

L'inquiétude demeure, car l'impact de cette décision de la Chine se fait déjà sentir, soutient de son côté René Roy, le vice-président du Conseil canadien du porc. Il affirme que le porc du Canada a perdu 7 $ du 100 kg depuis la suspension des importations.

Les producteurs québécois pourraient être particulièrement touchés: environ 45 pour cent du porc exporté du Canada provient du Québec.

L’industrie porcine québécoise exporte d'ailleurs 25 pour cent de sa production en Chine. Elle contribue à hauteur de 1,45 milliard $ au produit intérieur brut (PIB). En 2016, 80 pays ont importé des produits québécois du porc.