Version amendée du PTP: le Canada s'est montré trop généreux, croit Saputo

  • 01 févr. 2018

MONTRÉAL - Le gouvernement Trudeau s'est montré trop généreux dans le cadre des négociations ayant mené à une version amendée du Partenariat transpacifique (PTP), estime le président et chef de la direction de Saputo, Lino Saputo fils.

Celui-ci s'étonne qu'Ottawa ait consenti un accès de 3,25 pour cent de son secteur laitier aux 10 autres pays impliqués alors que les États-Unis ne font pas partie de ce traité de libre-échange qui doit être paraphé en mars.

«Mon opinion, c'est que le Canada a trop donné, a-t-il dit, jeudi, au cours d'une conférence téléphonique visant à discuter des résultats du troisième trimestre. Je ne suis pas à la table des négociations, alors je n'ai rien influencé.»

Dans le cadre du Partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP), le Canada offrira également un accès de 2,3 pour cent de son marché des oeufs et de 2,1 pour cent de celui du poulet — comme prévu dans le PTP.

À l'instar de l'industrie agricole, M. Saputo estime que cet accès viendra accroître la pression sur les prix des produits laitiers, ce qui aura une incidence négative sur les producteurs et transformateurs.

Il espère qu'Ottawa ne répétera pas l'erreur commise avec l'Accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne (AECG) lorsque les licences d'importations ont été octroyées à parts égales entre les fabricants et les détaillants.

«Selon moi, si l'on donne un accès aux 10 autres pays membres, les joueurs de l'industrie au Canada devraient avoir leur mot à dire en obtenant les licences pour contrôler les produits (importés)», a-t-il expliqué.

En ce qui a trait à la renégociation de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA) entre Ottawa, Washington et Mexico, il est difficile de prévoir s'il y aura des changements, a estimé M. Saputo.

Dans leurs demandes, les États-Unis ont réclamé la fin définitive du système canadien régissant les production de lait, d'oeufs et de volaille d’ici les dix prochaines années, ce qui a été refusé par Ottawa.

«Peu importe ce qu'il adviendra, je suis confiant que nous serons en mesure de s'adapter à n'importe quel cadre réglementaire en Amérique du Nord», a expliqué le grand patron du transformateur laitier.

Grosse économie

Quant à sa performance trimestrielle, Saputo a vu ses profits bondir en comptabilisant une économie d'impôt d'environ 179 millions $ découlant de la réforme fiscale aux États-Unis.

Pour la période de trois mois terminée le 31 décembre, l'entreprise a engrangé un bénéfice net de 337 millions $, ou 86 cents par action, en hausse de 70,7 pour cent par rapport au troisième trimestre de l'exercice 2016.

En vertu des changements entérinés par l'administration Trump juste avant le congé de la période des Fêtes, le taux d'imposition fédéral des entreprises a reculé à 21 pour cent, comparativement à 35 pour cent précédemment.

De leur côté, les revenus ont totalisé 3 milliards $, en hausse de 1,9 pour cent comparativement à il y a un an. Abstraction faite des éléments non récurrents, Saputo a toutefois vu son bénéfice ajusté fléchir de 7,1 pour cent, à 183,2 millions $, ou 47 cents par action.

Cette performance trimestrielle a en partie répondu aux attentes des analystes sondés par Thomson Reuters, qui anticipaient des revenus de 2,9 milliards $ et un profit ajusté par action de 50 cents.

M. Saputo n'a pas caché que les conditions de marché étaient plus difficiles aux États-Unis, où le bénéfice d'exploitation ajusté de la société a plongé de 23 pour cent, à environ 154 millions $.

«Il y aura encore des défis à surmonter sur le marché américain car il y a plus de lait par rapport à ce qui peut être consommé», a-t-il fait remarquer aux analystes financiers.

Irene Nattel, de RBC Marchés des capitaux, a tempéré la performance de Saputo au sud de la frontière, expliquant, dans un rapport, que la direction de l'entreprise avait déjà démontré qu'elle pouvait s'adapter à des conditions de marché plus difficiles pour continuer à livrer la marchandise.

À la Bourse de Toronto, l'action de Saputo a terminé à 41,25 $, en recul de 1,08 $, ou 2,55 pour cent.

Entreprise dans cette dépêche (TSX:SAP)