Stratégies d'embauche novatrices pour contrer la pénurie de travailleurs

La pénurie de travailleurs en agriculture – qu’ils soient temporaires ou permanents – n’est   un secret pour personne. Malgré la croissance vigoureuse qu’elle affiche ces dernières années, l’agriculture canadienne peine souvent à pourvoir ses postes à combler.

À quel point la pénurie de travailleurs est-elle grave? Le Conseil canadien pour les ressources humaines en agriculture (CCRHA), avec l’appui du Conference Board du Canada, a mis au point récemment un modèle de prévision de l’offre et de la demande de main-d’œuvre dans le secteur agricole. Dans son rapport, le CCRHA indique qu’en 2014, 26 400 emplois n’ont pas été pourvus dans le secteur agricole canadien, ce qui a coûté au secteur 1,5 milliard de dollars en perte de revenus, soit 2,7 % des ventes. La pénurie de main-d’œuvre agricole, peut-on lire, ira en s’aggravant et atteindra 113 800 travailleurs d’ici 2025.

Pourquoi est-il si difficile d’embaucher de bons candidats? Tout d’abord, il est vrai que les besoins de main-d’œuvre peuvent être très saisonniers dans l’industrie agricole. De plus, la plupart des emplois agricoles se trouvent en milieu rural, alors que la majorité des Canadiens et Canadiennes vivent dans les centres urbains. Le déclin des populations rurales observé ces dernières décennies  a aussi contribué à vider un bassin de main-d’œuvre autrefois accessible aux employeurs agricoles.

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Changer la façon dont nous recherchons les travailleurs agricoles

De nos jours, le recrutement dans le secteur agricole exige une nouvelle façon de penser. Certains producteurs canadiens devront commencer à cibler des travailleurs qui sont prêts à travailler seulement une partie de l’année ou à établir des partenariats avec des employeurs qui ont des besoins saisonniers complémentaires aux leurs. De façon générale, il faut faire connaître les possibilités et les salaires intéressants qu’offre le secteur agricole.

Kasko Cattle Co. Ltd.(en anglais seulement), une entreprise de Coaldale, en Alberta, prend ce genre de stratégie à cœur. Selon Nicole Stratychuk, directrice des ressources humaines de Kasko, les employeurs doivent trouver le juste équilibre entre l’embauche d’employés chevronnés et l’embauche de novices qui sont désireux d’apprendre. Certains des postes dans cette entreprise, comme ceux de cavaliers d’enclos, doivent être confiés à des candidats expérimentés, mais pas les postes au parc d’engraissement ou dans les aires de transformation, par exemple. Une personne travaillante et pleine de volonté serait la bienvenue et recevrait de la formation.

« Il arrive parfois que des candidats avouent ne pas posséder les compétences nécessaires, mais ce qui nous intéresse, c’est une bonne éthique du travail, dit Mme Stratychuk. Nous pouvons enseigner certaines des compétences que nous recherchons chez les employés du parc d’engraissement et des aires de transformation. »

Mme Stratychuk explique que le plus gros obstacle de Kasko est peut-être le manque de sensibilisation de la population à l’agriculture comme choix de carrière, ou le fait que certains s’interdisent d’y tenter leur chance faute d’expérience pratique. C’est pourquoi Kasko déploie des efforts importants pour sensibiliser la population aux possibilités de carrière en agriculture et pour présenter l’agriculture comme un domaine qui offre des emplois à temps plein et bien rémunérés, ainsi que la chance d’acquérir de nouvelles compétences.

Mme Stratychuk mentionne que Kasko garde contact avec la collectivité locale en participant aux salons de l’emploi de la région, en se présentant dans des écoles environnantes ou en accueillant des élèves dans ses installations. Elle constate que la sensibilisation et l’éducation au sujet de l’agriculture ouvrent des portes.

Même si l’expérience en agriculture est un atout pour n’importe quel emploi dans une ferme, et qu’elle est essentielle pour certains postes, Mme Stratychuk croit qu’il est judicieux pour l’entreprise d’élargir son champ de recherche.

« Les jeunes qui ont grandi dans une ferme n’y reviendront pas nécessairement après que leurs études ou leurs centres d’intérêt les auront conduits ailleurs, dit-elle. Le plus important est de ne pas exclure les personnes qui sont dépourvues d’expérience en agriculture. Si nous ne recrutons que des candidats qui ont vécu dans une ferme, nous nous imposons de réelles limites. »

Retenir les travailleurs saisonniers en leur offrant du travail à l’année

Paul Doef, propriétaire de l’entreprise Doef’s Greenhouses (en anglais seulement), près de Lacombe, en Alberta, a été confronté à un défi différent lorsqu’il a dû trouver des travailleurs pour son exploitation serricole de onze acres. Le caractère très saisonnier de la serriculture commerciale le contraignait souvent à réembaucher des travailleurs ou à redonner de la formation à de nouveaux employés après une pause hivernale.

M. Doef y a vu une occasion d’accroître la production plutôt qu’un problème de main- d’œuvre. Il a modifié son infrastructure en ajoutant des lampes de haute technologie pour pouvoir exploiter ses serres toute l’année, sans interruption. Il a ainsi réglé son problème lié au travail saisonnier.

« Maintenant, nous pouvons garder la même équipe toute l’année, se réjouit-il. C’est un avantage énorme de pouvoir offrir à nos employés du travail à l’année. Nous n’avons plus à interrompre la production pour ensuite réengager nos employés ou devoir en former de nouveaux. »

M. Doef utilise d’autres stratégies d’embauche pour éviter toute perturbation pendant les vacances des employés ou les périodes de production plus occupées. Il mise notamment sur le bouche-à-oreille, demandant des recommandations à ses employés, ou publie des offres d’emploi sur les sites d’emplois locaux. Lorsqu’il a un besoin criant de travailleurs, il « emprunte » des employés à d’autres serres de la région.

« Certes, nous sommes des concurrents, dit M. Doef, mais je sais aussi ce qu’on ressent lorsqu’on constate une légère surcroissance d’une culture ou qu’on amorce une semaine de travail avec du retard. Nous nous demandons mutuellement de l’aide, et les employés sont habituellement heureux de gagner un peu plus d’argent. »

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Vanter le mode de vie, pas seulement l’emploi

Portia MacDonald-Dewhirst, directrice générale du CCRHA, explique que si  les producteurs canadiens ressentent le resserrement de la main-d’œuvre à l’heure actuelle, l’essor de l’industrie agricole crée une grande variété d’occasions pour les travailleurs.

« Les possibilités sont illimitées pour cette industrie, affirme-t-elle. Au fond, il s’agit d’avoir assez de travailleurs pour s’assurer que les entreprises sont en mesure d’atteindre leurs cibles de production ou de prendre de l’expansion pour satisfaire aux nouvelles exigences commerciales à mesure que l’industrie se développe. »

Selon Mme MacDonald-Dewhirst, l’industrie doit avant tout présenter l’industrie agricole comme un choix de carrière exceptionnel. Elle souligne les tendances qui suscitent un intérêt renouvelé pour l’agriculture, comme l’engouement pour les aliments locaux, ainsi que le développement de l’économie dite « à la demande », dans laquelle de nombreux producteurs favorisent les affectations à court terme.

Si les générations précédentes préféraient généralement les emplois permanents à temps plein et un cheminement de carrière rectiligne, beaucoup de gens aujourd’hui cherchent une vie professionnelle flexible et saisonnière qui n’exige aucun engagement à long terme.

Cette tendance vaut pour les jeunes qui intègrent le marché du travail, pour les Canadiens et Canadiennes qui y sont déjà,  et même pour les baby-boomers qui désirent vivre de nouvelles expériences à mesure qu’ils vieillissent ou approchent de leurs années de retraite.

« Les recherches montrent clairement que les gens vivent des changements plus nombreux que jamais dans leur cheminement professionnel, et qu’ils ont soif de nouveauté  et de diversité, souligne Mme MacDonald- Dewhirst. Cela peut jouer à notre avantage. Nous devons absolument faire savoir que l’industrie agricole et alimentaire est un secteur d’activité bien vivant, qui embauche et qui offre un milieu de travail des plus intéressants. » 

D'après un article de l'AgriSuccès (septembre 2017) de Kieran Brett