La boîte à outils des agriculteurs à l’ère de l’informatique

La gamme d’outils nécessaires à la réparation du matériel agricole moderne évolue de façon spectaculaire. Le dépannage commence habituellement avec des outils de diagnostic informatique, et de nombreuses réparations ne nécessitent aucune clé à molette.

Les producteurs qui adorent remplacer des courroies et des roulements, ou même des alternateurs et des démarreurs, sont pris au dépourvu devant les logiciels intégrés aux tracteurs et aux moissonneuses-batteuses modernes. En plus du manque d’outils permettant de lire et d’analyser les codes d’erreur, le fait est que les agriculteurs ne sont pas propriétaires des logiciels.

Réparer ou remplacer?

Dans de nombreux États américains, les dispositions législatives concernant le « droit de réparer », qui sont à différents stades d’examen, déchaînent les passions. Cette question suscite aussi des discussions au Canada. Tom Schwarz, défenseur du droit à la réparation et agriculteur du Nebraska, a abordé ce sujet durant la conférence CropSphere, tenue à Saskatoon.

M. Schwarz affirme que le matériel agricole ne se compare pas aux téléphones intelligents, qui sont essentiellement constitués de logiciels. Lorsque le logiciel fait défaut, on se débarrasse habituellement du téléphone. Dans le cas du matériel agricole, c’est l’aspect mécanique de la machine qui est le plus important, et non le logiciel qui le fait fonctionner.

Équipement sous garantie

Pour leur part, les fabricants et les concessionnaires de machinerie agricole soulignent que lorsque le matériel est encore sous garantie, les producteurs devraient téléphoner au concessionnaire pour obtenir du soutien technique. En fait, dans les régions rurales desservies par un réseau Internet efficace, un technicien peut parfois résoudre le problème à distance.

L’industrie du matériel agricole met aussi en garde contre le piratage des logiciels dans le but d’accroître la puissance des moteurs ou de contourner les contrôles des émissions. De plus, le remplacement des puces informatiques ou la mise au point des composants logiciels annule la garantie du fabricant; or, une réparation importante ou le remplacement du moteur peut coûter jusqu’à 100 000 $.

Ironiquement, il se vend des trousses qui permettent de modifier ou de supprimer les systèmes de fluide d’échappement diesel (FED), même si ce genre de modification est techniquement illégal.

La plupart des agriculteurs sont conscients des dangers de modifier les codes informatiques, mais beaucoup estiment qu’une fois la garantie échue, eux-mêmes et les réparateurs indépendants devraient avoir accès aux codes. Partagez sur Twitter

Les entreprises de matériel agricole répliquent qu’elles doivent conserver leurs droits de propriété afin de protéger leurs investissements dans les innovations logicielles.

S’il s’agit d’une question complexe qui suscite des points de vue opposés, certains aspects semblent clairs.

  • Le débat entourant le droit de réparer devrait se poursuivre dans un avenir prévisible, et son issue est incertaine. Il pourrait aboutir à des règles différentes d’une province et d’un pays à l’autre.
  • De plus en plus, les acheteurs d’équipement voudront savoir si le logiciel a été modifié, et ils refuseront peut-être de faire des échanges. Même si l’appareil a subi une réparation, et non une modification, un acheteur pourrait se méfier si les travaux n’ont pas été effectués par un technicien agréé.
  • Le matériel agricole, en particulier les tracteurs, a toujours servi pendant des décennies. Nous entrons peut-être dans une ère où certains équipements agricoles atteignent la fin de leur vie utile non pas en raison de l’usure des pièces mécaniques, mais parce que les logiciels sont périmés ou irréparables.

D’après un article de l’AgriSuccès (juin 2019) par Kevin Hursh.


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