Robots de traite : peser le pour et le contre

« Les robots s’en viennent! Les robots s’en viennent! » On dirait la bande-annonce d’un film de science-fiction des années 1950, mais il s’agit d’un thème fréquent abordé dans les médias grand public et les médias agricoles. Les vidéos en ligne montrant des robots désherbeurs et cueilleurs de pommes sont fascinantes, mais en fait, les robots sont déjà parmi nous.

Les premiers robots de traite ont fait leur apparition en Europe au début des années 1990 – il y a près de 25 ans! Si vous n’en avez jamais vu un à l’œuvre, sachez qu’ils sont aussi fascinants que certains des prototypes de robots futuristes qui sont en train d’être mis au point pour d’autres secteurs. L’expérience canadienne en matière de traite automatisée montre comment les robots agricoles pourraient influencer la productivité et la gestion dans d’autres secteurs. Étant donné que la pénurie de main-d’œuvre agricole devrait atteindre 114 000 travailleurs d’ici 2025, nous aurons sans doute besoin d’un nombre accru de robots, et le plus tôt sera le mieux.

Une progression lente, mais soutenue

Jack Rodenburg a un point de vue unique et impartial à propos des robots de traite. Il a été spécialiste de la production laitière au ministère de l’Agriculture de l’Ontario de 1974 à 2008 et était sur place lorsque le premier robot de traite en Amérique du Nord a été installé dans une ferme de la région de Woodstock, en Ontario, en 1999.

« Nous ne savions pas à quoi nous attendre de la part du robot. Jusqu’alors, l’amélioration de la technologie de traite consistait essentiellement à accroître l’efficacité de la traite manuelle afin que les éleveurs puissent traire plus de vaches à la faveur d’un effort réduit. Toutefois, le robot allait carrément remplacer l’humain. »

Les premiers robots étaient imparfaits, mais on a vite procédé aux rajustements. L’adoption de la traite automatisée au pays est lente, mais soutenue. M. Rodenburg, qui est maintenant associé d’un cabinet d’experts-conseils en production laitière appelé Dairy Logix, estime que de 10 % à 13 % des troupeaux laitiers au Canada sont traits par des robots. En Europe, cette proportion dépasse 20 % en raison des coûts plus élevés de la main-d’œuvre et du fait que les robots sont arrivés sur ce marché huit ans plus tôt qu’ici.

Aujourd’hui, 10 à 13 % des troupeaux laitiers au Canada sont traits par des robots. Partagez sur Twitter

Petites ou grandes exploitations?

À quels types d’exploitations les robots conviennent-ils le mieux? « Jusqu’à il y a deux ou trois ans environ, les petits producteurs faisaient l’acquisition de robots pour pouvoir prendre de l’expansion sans avoir à embaucher plus de main-d’œuvre. Dans une étable à stabulation libre, les robots deviennent un moyen abordable de traire les vaches, en particulier si l’exploitant ne souhaite pas embaucher d’employés en dehors du cercle familial. »

Selon M. Rodenburg, les exploitations les plus vulnérables sont celles qui comptent un employé qui n’est pas membre de la famille. « Les grandes exploitations qui comptent sept ou huit employés peuvent s’en sortir à court terme si un employé tombe malade ou quitte l’entreprise. En revanche, une ferme qui compte deux membres actifs de la famille et un autre employé est très mal prise si ce dernier part. C’est pourquoi les robots sont très utiles dans ces exploitations. »

Ces dernières années, les grands exploitants ont commencé à voir les robots d’un œil différent. À mesure que les coûts de la main-d’œuvre augmentent, les robots se révèlent de plus en plus économiques. Par ailleurs, l’idée selon laquelle les robots améliorent le confort et la santé des vaches est de plus en plus répandue. « Les vaches subissent moins de stress parce qu’elles n’ont pas à rester dans un enclos bondé avant de passer dans la salle de traite. Grâce aux robots, les vaches bénéficient de quelques heures de plus pour se reposer et se nourrir en toute tranquillité. »

Faire la part des choses

L’avantage évident des robots de traite est l’effort réduit consacré à la traite des vaches. Avec la traite robotisée, la production de lait tend à augmenter considérablement si on la compare à une traite effectuée deux fois par jour. Par contre, l’augmentation est moins importante par rapport à un système à trois traites, mais les économies de main-d’œuvre sont supérieures.

La qualité du lait peut constituer un défi. Contrairement aux humains, les robots ne peuvent effectuer la désinfection et le nettoyage approfondis d’une vache très sale et sont incapables de détecter un animal qui souffrirait de mammite.

M. Rodenburg indique que l’aménagement d’une étable munie de robots diffère de celui d’une salle de traite. Par exemple, il faut prévoir des systèmes de manipulation qui facilitent le tri des animaux et l’accès à ceux qui requièrent des traitements. Si vous construisez une nouvelle étable, M. Rodenburg vous suggère d’opter pour un aménagement adapté aux robots, que cela fasse partie de vos intentions initiales ou non.

Quels enseignements peut-on tirer des 20 dernières années d’utilisation des robots dans le secteur laitier? Selon M. Rodenburg, le plus important est d’établir clairement les avantages qu’offrent les robots. Il faut quantifier avec précision les avantages et les coûts et les comparer de façon transparente avec les processus existants. Dans le secteur laitier, les robots réduisent le besoin de main-d’œuvre, améliorent le confort des vaches et augmentent la production. Dans le secteur fruitier, les robots cueilleurs réduisent les meurtrissures, accélèrent la récolte et sélectionnent les fruits les plus mûrs, entre autres avantages.

« Avec le recul, on ne peut nier qu’il était difficile pour les premiers utilisateurs de faire cavalier seul, notamment en raison des coûts élevés des robots de traite. Si vous êtes le premier à mettre en œuvre un système robotisé, il est intéressant, à titre de “cobaye”, de recevoir une indemnisation de l’entreprise de robotique. Lorsque les premiers robots sont apparus, nous supposions que leur coût diminuerait au fil du temps, mais ce n’est pas encore le cas. Certes, les robots sont de plus en plus perfectionnés, mais en raison de la petite taille du marché, les coûts n’ont pas beaucoup diminué. »

Enfin, il faut garder à l’esprit que les robots nécessitent une gestion particulière, de sorte que la personnalité entre en ligne de compte. Si la main-d’œuvre salariée vous donne des maux de tête et que vous aimez contrôler tous les aspects de la production, vous êtes un bon candidat pour la robotique.

D’après un article de l’AgriSuccès (mars 2019) par Peter Gredig.


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