Prix d’or pour du bœuf de première qualité

Lorsqu’ils se sont rencontrés, Scott et Amy Hay travaillaient dans l’industrie des yachts de luxe en France. Des années plus tard, ce couple a troqué les bateaux contre des bovins et la mer contre les parcours naturels de l’intérieur méridional de la Colombie‑Britannique. Ingénieurs de formation, Scott et Amy ont mis à profit leurs compétences en affaires et en planification pour bâtir un ranch spécialisé dans l’élevage de bovins Wagyu pur‑sang et croisés, qui vend sa production sans intermédiaire.

« Scott caresse ce rêve depuis toujours, confie Amy. Nous nous connaissons depuis 15 ans, et je l’ai toujours entendu parler de ce projet de devenir propriétaire d’un élevage de bovins. »

La mise sur pied du ranch Waikikahei a été un processus long et réfléchi qui a commencé par le choix d’une terre d’accueil. Originaires respectivement d’Écosse et de Nouvelle‑Zélande, Amy et Scott ont décidé de s’établir à mi‑chemin entre ces deux pays, au Canada. Scott a travaillé pour le plus grand groupe de remise à neuf et de construction de yachts de Vancouver. Amy était contractuelle pour une société coréenne de télécommunications maritimes par satellite, puis pour une entreprise de vitrage maritime.

« Nous avons commencé à travailler aux chantiers navals de Vancouver, où j’ai fini par devenir directeur général, et nous avons économisé assez d’argent pour acheter une parcelle de six acres et demi à Aldergrove, explique Scott. Nous avons acheté nos premières vaches dans des ventes aux enchères et avons commencé à implanter des embryons Wagyu. »

Du Wagyu à prix d’or

Le bœuf Wagyu est une race japonaise renommée pour sa tendreté, son persillage et sa saveur. Ce produit de première qualité se vend de 15 $ la livre pour le bœuf haché à plus de 100 $ la livre pour les coupes haut de gamme. Ces prix avantageux suscitent l’intérêt de grands éleveurs partout dans le monde.

« L’établissement d’un troupeau est un investissement à long terme, dit Scott. Le bœuf Wagyu est un bœuf à croissance lente; il lui faut entre 30 et 36 mois d’engraissement pour atteindre un poids de 1 800 à 2 000 livres. Le persillage exceptionnel résulte de cette croissance lente. »

Dans un souci de diversification, et afin d’avoir un produit à commercialiser plus rapidement, Scott et Amy effectuent des croisements entre le Wagyu et d’autres races de bovins commerciales, dont les races Angus, Galloway ceinturée, Black Baldy et Highland.

« Nous nous sommes amusés à nommer ces croisements », dit Amy, qui donne comme exemples les noms Wangus, Wagoway, Wack Waldy et Wyland.

« L’élevage de bovins de race Wagyu nous assure un marché qui ne sera jamais vraiment touché par les cycles économiques. Pour un consommateur qui a les moyens de payer 56 $ pour un bifteck de huit onces (prix direct), la conjoncture ne change pas grand chose, explique Scott. Par ailleurs, les croisements entre les races Wagyu et Galloway et d’autres races de vaches de boucherie nous permettent d’offrir un produit de haute qualité sans intermédiaire. »

Éleveurs à temps plein

Après avoir maximisé le potentiel de production de leur superficie dans la vallée du bas Fraser, les Hay ont décidé de s’établir dans une région qui offre des perspectives élargies en matière d’élevage. En avril 2018, ils ont acheté 500 acres dans la région de Boundary, en Colombie‑Britannique, et, avec leurs trois enfants, ils ont déménagé leur ranch dans la municipalité de Greenwood. En décembre 2018, Amy a quitté son poste d’ingénieure pour se consacrer à l’élevage à temps plein.

« Nous avons mis plus de quatre ans à peaufiner le modèle de gestion de notre ranch avant de nous lancer. Nous en étions à la troisième année de notre plan quinquennal lorsque nous avons fait le saut, expliquent‑ils. À nos yeux, le ranch était une entreprise, et nous avons structuré nos décisions selon une approche de gestion pour permettre à notre famille de vivre ce rêve. Ce n’est pas un hobby; il en va de la viabilité du ranch et de notre famille. »

Amy gère une bonne partie de la commercialisation et assure la présence de l’entreprise sur les médias sociaux. Le couple tisse des relations avec des restaurateurs et des détaillants locaux, mais la vente directe aux consommateurs demeure sa principale activité.

« La plus petite unité que nous vendons est une caisse pour les particuliers contenant 20 livres de différentes coupes. Nous avons un programme de recommandation par lequel les clients obtiennent un crédit lorsqu’ils nous envoient de nouveaux clients, et nous offrons la livraison gratuite. C’est mon nouveau travail : chauffeuse‑livreuse », dit‑elle.

L’entreprise vend aussi des quartiers, des demi‑bœufs et des vaches entières, et depuis peu, elle vend ses produits à des restaurateurs et à des détaillants locaux. Le ranch Waikikahei regroupe des activités d’élevage de bovins commerciaux et de bovins de race Wagyu, mais ses produits sont vendus sous des marques distinctes.

« Koru Creek Wagyu est notre marque de bœuf Wagyu pur à 100 % et nous misons sur son authenticité. Ayant travaillé dans l’industrie des yachts de luxe et fait affaire avec certains des clients les plus fortunés au monde, nous comprenons l’importance de ne jamais diluer une marque », dit Amy, qui souligne la nécessité de garder deux programmes distincts.

« Bœuf heureux »

L’importance capitale que la famille accorde au bien‑être des animaux et à la durabilité est le pilier central de la marque Waikikahei. Ancienne végétarienne, Amy comprend le désir des consommateurs de connaître la provenance de leur viande et de savoir que les animaux ont été bien traités. Elle a employé le terme « bœuf heureux » (happy beef) lorsqu’elle a expliqué la philosophie de l’entreprise à ses enfants, et cette appellation est restée.

« Nos vaches mènent une vie extraordinaire, de la naissance jusqu’au jour de l’abattage », dit Scott.

Depuis l’acquisition de leur nouvelle terre, l’engagement des Hay envers la durabilité englobe le rétablissement de la fertilité du sol et l’accumulation de matières organiques au moyen de techniques comme la gestion intensive des pâturages durant l’été et le pâturage de balles rondes en hiver.

Dans une perspective à long terme, ils ont aussi inclus leurs trois enfants, âgés de neuf, sept et quatre ans, dans l’entreprise.

« Nos enfants ont leurs propres vaches. Ils savent que les mâles sont élevés pour leur viande, et si leurs vaches donnent naissance à des génisses, ils peuvent constituer leurs propres troupeaux. À mesure qu’ils grandiront, ils se chargeront de la commercialisation, dit Scott. Nous bâtissons une entreprise qu’ils voudront reprendre. »

D’après un article de l’AgriSuccès (juin 2019) par Tamara Leigh.


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