L'intérêt des mégadonnées en production bovine

Using big data in beef production

Aperçu

  • La société GrowSafe Systems a été l'une des premières en Amérique du Nord à utiliser les étiquettes d'IRF pour le bétail
  • Les systèmes permettent aussi de surveiller en permanence le poids des animaux dans l'enclos pour mieux analyser les tendances de croissance et déterminer la période de commercialisation idéale
  • En connectant des objets de tous les jours à Internet, nous transformerons de nombreux aspects de l'agriculture

Les étiquettes d’identification par radiofréquence (IRF) sont obligatoires dans le secteur canadien de l’élevage bovin depuis 2006, mais les  avantages de ces étiquettes d’oreilles ne se  limitent pas à la traçabilité.

Les plateformes d’acquisition de données qui combinent les lecteurs d’IRF et d’autres capteurs permettent d’enregistrer en permanence le poids, la température corporelle et le comportement de chaque animal. L’observation de ces indicateurs peut être utile pour la sélection génétique visant  à améliorer l’efficience alimentaire des animaux, la détection et le traitement précoces des maladies, ainsi que la commercialisation des bovins gras au moment optimal.

Les données doivent être intégrées et pertinentes aux fins d’obtention d’information sur l’exploitation globale, sinon elles n’ont pas grande valeur.

Mesurez l’efficience alimentaire

La société GrowSafe Systems Ltd. située à Airdrie, en Alberta, a été l’une des premières en Amérique du Nord à utiliser les étiquettes d’IRF pour le bétail. En collaboration avec des chercheurs de l’Alberta, cette société a mis au point une technologie  permettant  de  mesurer  discrètement la prise alimentaire de chaque animal dans des environnements normaux pour les bovins. Les premiers de ces systèmes ont été mis en place dans les installations de recherche d’Agriculture Canada à Lacombe et à Lethbridge en 1999.

 La mangeoire spécialisée conçue par GrowSafe pèse automatiquement les aliments chaque seconde et capte la durée d’utilisation de l’auge par chaque animal. Ces données sont transmises sans fil au logiciel GrowSafe, qui détermine ensuite la prise alimentaire de chaque animal et analyse les données pour dégager des tendances.

Cette information est utilisée notamment dans le calcul de la prise alimentaire résiduelle (RFI), qui désigne la différence entre la prise alimentaire réelle d’un animal et la quantité d’aliments qu’il est censé ingérer pour subsister et croître.

Les animaux qui ont une bonne efficience alimentaire mangent moins que ce qui est prévu et obtiennent un RFI négatif. Les animaux qui ont une mauvaise efficience alimentaire mangent plus que ce qui est prévu et obtiennent un RFI positif. Les aliments peuvent représenter plus des deux tiers des coûts de production totaux dans le secteur de l’élevage, de sorte qu’une meilleure efficience alimentaire se traduit par des économies considérables pour les éleveurs-naisseurs et les engraisseurs.

Axez la sélection sur l’efficience alimentaire

Les associations canadiennes de races de bovins de boucherie, avec l’aide de GrowSafe, sont en train de déterminer les écarts prévus dans la descendance (EPD) relatifs au RFI afin de faciliter la sélection génétique en fonction de ce caractère. « Le RFI est un caractère moyennement transmissible », indique M. John Basarab, chercheur scientifi    e principal du ministère de l’Agriculture de l’Alberta au Centre de recherche et de développement de Lacombe.

M. Basarab et ses collègues ont démontré que les bovins à faible RFI ont besoin de 10 à 20 % moins d’aliments pour atteindre les mêmes niveaux de croissance et de production que les bovins à fort RFI. La sélection visant à obtenir un faible RFI peut aussi être avantageuse pour l’environnement parce qu’elle permet de réduire les émissions de méthane de 25 à 30 % et d’abaisser de jusqu’à 17 % les concentrations d’azote, de phosphore et de potassium dans le fumier.

« Il faut de 15 à 20 ans de sélection génétique rigoureuse pour améliorer les émissions de méthane, et les éleveurs doivent tenir compte de facteurs autres que le RFI, concède M. Basarab, mais ce changement est cumulatif et permanent. » La sélection visant à obtenir un faible RFI à l’intérieur d’une seule génération peut améliorer l’efficience alimentaire de 1 % chez les bovins d’engraissement et les génisses de remplacement, ce qui réduit les coûts d’alimentation tout en permettant d’obtenir de précieux crédits de carbone.

Surveillez le rendement des animaux

GrowSafe possède également une technologie de mesures qui permet de surveiller l’activité de chaque animal aux abreuvoirs, une donnée utile dans la mesure où la quantité d’eau consommée par un animal et ses habitudes d’abreuvement peuvent être des indices précoces de maladies respiratoires.

Comparativement aux données historiques, les profils de consommation d’aliments et d’eau créés par les systèmes GrowSafe peuvent identifier les animaux malades 24 heures avant que leur température corporelle change, et jusqu’à quatre jours avant l’apparition de symptômes cliniques.

La détection et le traitement précoces des maladies peuvent faire diminuer les pertes attribuables aux décès et l’utilisation d’antibiotiques, et améliorer le bien-être des animaux. Les systèmes GrowSafe permettent aussi de surveiller en permanence le poids des animaux dans l’enclos, ce qui aide les engraisseurs à mieux analyser les tendances de croissance des bestiaux et à déterminer la période de commercialisation idéale. « Nous avons mesuré d’importants écarts  de rendement chez un même animal de parc d’engraissement, variant d’une perte de 300 $  à un gain de 300 $ chez les animaux en santé », indique  Alison  Sunstrum,  co-présidente- directrice générale de GrowSafe.

« La collecte permanente de données, dont les coûts des aliments, les cours du marché et les tendances de croissance des animaux, peut nous aider à déterminer à quel moment le coût du gain égale la valeur du gain, ce qui permet aux éleveurs de vendre leurs bovins au moment où la rentabilité est optimale. »

Gérez les mégadonnées

Un petit système GrowSafe à la ferme recueille plus de 70 millions de points de données par jour et les transmet à un ordinateur personnel (PC) ordinaire. Toutefois, il ne suffit pas de recueillir ces données. « À l’occasion, la collecte de données permet de comprendre immédiatement un phénomène, mais le plus souvent, elle nous amène à comprendre qu’on n’a aucune idée des connaissances qui nous font défaut.

Les données doivent être intégrées et pertinentes aux fins d’obtention d’information sur l’exploitation globale, sinon elles n’ont pas grande valeur », dit Mme  Sunstrum. La gestion et l’analyse de vastes ensembles de données nécessitent des méthodes uniques, et GrowSafe s’est attiré les louanges du monde entier pour ses méthodes de gestion des mégadonnées dans un contexte agricole.

« Chaque jour, des méthodes de contrôle statistique des processus et des algorithmes d’apprentissage prédictif explorent automatiquement les données que nous recueillons, comparant les tendances chez des animaux en particulier et dans des groupes d’animaux par rapport aux profils fondés sur les données historiques pour détecter les animaux malades et dégager les tendances en matière de prise de poids. Un ordinateur personnel branché à nos serveurs GrowSafe via Internet permet de traiter d’énormes quantités de données transmises par les détecteurs et de les convertir en données simples et faciles à utiliser », explique Mme Sunstrum.

« Nous présentons notre système comme une solution d’analyse clé en main, et ce sera sans doute la voie de l’avenir pour la majorité des technologies d’agriculture de précision. »

Un nombre croissant d’éleveurs de bovins, de moutons, de chèvres et de vaches laitières partout dans le monde investissent dans des systèmes GrowSafe. À un coût variant de 6 $ à 12 $ par tête, ce sont des outils de prise de décisions abordables pour les éleveurs de bovins reproducteurs et les engraisseurs.

L’innovation future

Mme Sunstrum croit que le rythme du progrès technologique va continuer de s’accélérer. L’Internet des objets est une expression à la mode très étrange, mais le fait est qu’en connectant des objets de tous les jours à Internet, nous transformerons de nombreux aspects de l’agriculture et de la vie quotidienne. L’Internet des objets fait diminuer le coût des capteurs, de la connectivité et de la technologie. Certaines idées d’objets connectés, comme des cafetières, ne sont peut-être pas extrêmement pratiques, mais l’Internet des objets à la ferme pourrait être de la plus grande utilité. »

À mesure que le coût de la technologie diminue, il est certain que la concurrence va s’intensifier sur le marché des dispositifs de surveillance des animaux. GrowSafe veut conserver sa longueur d’avance en améliorant ses moniteurs de consommation alimentaire au pâturage et de production fourragère, en mettant au point une méthode d’administration automatique des médicaments, et en améliorant sa capacité à recueillir et à analyser des données génomiques et des données sur la santé des animaux.

« La seule limite que nous entrevoyons est notre imagination », affirme Mme Sunstrum.

D'après un article de l'AgriSuccès (juillet/août 2016) de Trish Henderson (@TrishHenderson3).

Organiser les données pour vos cultures et vos champs est plus facile avec les bons outils. Découvrez ce que Gestionnaire de champs PRO et Gestionnaire de champs PRO 360 peuvent faire pour votre exploitation.