Une année 2017 pleine de surprises

La fin de l’année rime avec bilan et c’est ce que Statistique Canada a réalisé la semaine dernière en présentant la production des principales cultures au pays. Ces chiffres étaient attendus puisque la saison 2017 a offert plus d’un revirement de situation. Dans l’Ouest, c’est le temps sec qui a joué des tours alors que pour l’Est, ce sont le printemps humide et l’été froid qui ont le plus influencé le cours de la saison. Il restait aussi à savoir si les perceptions concernant le blé et le soja se vérifiaient, soit une baisse de la culture de la céréale et une hausse toujours grandissante de la popularité de la fève.

La météo et les rendements de 2017

La production totale de blé au Canada a causé toute une surprise dont les effets se sont fait ressentir jusqu’à Chicago.

Selon le rapport, il est indéniable que la température a eu une influence sur les rendements. Le blé a été affecté mais les impacts de la sécheresse ont été localisés, ce qui fait que le rendement moyen pour le pays se situe à 49,6 boisseaux l’acre, un résultat inférieur à celui de 2016, mais nettement meilleur qu’en 2015 ou 2014. La production totale a d’ailleurs causé toute une surprise dont les effets se sont fait ressentir jusqu’à Chicago. Au lieu des 27,1 millions de tonnes prévues par les observateurs, c’est plutôt 30 millions de tonnes de blé qui ont été produites cette année au Canada. Il semble donc que les impacts du temps sec sur les rendements ont été largement surestimés, à l’image de ce qui s’est passé aux États-Unis.

La météo a eu toutefois un impact plus marqué pour le soja. Le rendement moyen a chuté à 39,1 boisseaux l’acre, son niveau le plus bas depuis 2009. Au Québec, malgré une superficie record de soja de presque 1 million d’acres, la production totale a reculé par rapport à celle de l’année dernière. Cela s’explique par le rendement qui a chuté à 41,9 boisseaux l’acre alors qu’il se situait à 48 boisseaux l’acre en 2016. Il faut ajouter qu’il s’agissait d’un sommet pour le rendement l’an dernier.

Le soja de plus en plus populaire

Quant à la popularité respective de chacune des céréales, il est indéniable que le blé souffre du faible prix sur les marchés. Les producteurs l’ont moins cultivé en 2017, mais la diminution des superficies en blé n’a pas été aussi marquée qu’aux États-Unis où la culture a chuté à des niveaux historiques. En revanche, le soja ne cesse de gagner en popularité, que ce soit en Ontario, au Québec ou encore au Manitoba où il est de plus en plus cultivé. En sept ans, les superficies qui y sont consacrées ont augmenté de près de 30 % et frisent le million d’acres. La production a quant à elle dépassé le million de tonnes pour une troisième année consécutive.

Et si la tendance se maintient, il devrait se semer encore plus de soja, et ce des deux côtés de la frontière. Plusieurs analystes anticipent en effet que le soja dépasse pour la première fois le maïs en termes de superficies semées pour l’année 2018 aux États-Unis. Au Canada, la tendance devrait demeurer vers une augmentation des champs consacrés à la fève. Les prix élevés pour le soja incitent les producteurs à se tourner vers cette culture. Il semble que l’appétit de la Chine ne s’amenuise pas pour cette denrée. Semaine après semaine, les ventes vers le géant de l’Asie demeurent vigoureuses et soutiennent les prix.

Pour le blé, c’est une autre histoire. Depuis la flambée des prix cet été, ces derniers n’ont cessé de reculer. L’abondance de la production mondiale rend les marchés frileux. L’effet de La Niña pourrait jouer ponctuellement puisque les cultures de blé en Australie souffrent de sécheresse, une situation qui pourrait jouer sur les prix.

En conclusion

Il faut donc s’attendre à voir de plus en plus de champs cultivés en soja tandis que le blé devrait avoir de plus en plus de difficulté à attirer les producteurs, surtout face à des cultures plus rentables comme celle du canola.


Journaliste depuis plus d’une vingtaine d’années, Céline Normandin s’est spécialisée en finance et en économie. Elle collabore depuis plusieurs années à de nombreuses publications agricoles québécoises à titre de journaliste à la pige.