Un exemple de gestion des bases et des prix

Bien que les analystes ne s’entendent toujours pas sur les pertes de rendement éventuelles en Amérique du Sud, les spéculateurs préfèrent finalement fermer des positions vendeurs et achètent, le marché pressant le pas des prix vers une hausse printanière.

Avec la nouvelle année et la mauvaise météo en Amérique du Sud, les prix des grains ont recommencé à donner signe de vie à la Bourse de Chicago. Les perspectives d’excellentes récoltes au Brésil et en Argentine diminuent au fil des jours et la baisse du dollar américain donne des ailes aux denrées agricoles. Bien que les analystes ne s’entendent toujours pas sur les pertes de rendement éventuelles en Amérique du Sud, les spéculateurs préfèrent finalement fermer des positions vendeurs et achètent, le marché pressant le pas des prix vers une hausse printanière. 

 

Données de marché

Dans ce contexte, il est peut‑être temps de réviser certaines données de marché que l’on appelle les bases. Tous les gens comme moi vous ont parlé des bases ces dernières années en vous disant que cette partie du prix de vos grains était tout aussi importante que le prix de la Bourse lui‑même.

Si on regarde les données des bases de maïs livré au Québec au cours des dernières années, on peut très clairement voir une tendance intéressante. Ceci permet encore une fois de bien définir une stratégie de vente de grain en deux temps, c’est‑à‑dire; 1) vendre des bases aux acheteurs ou vendre « sur base » et attendre patiemment que le contrat à terme à la Bourse remonte. Prenons un exemple. Lorsque l’on regarde les données historiques sur les bases en $ US, on note que les bases disponibles sur le marché des acheteurs se situaient à +0,35 $ US/boisseau en décembre 2017. Est‑ce une bonne base? Pour le savoir, il faut bien sûr comparer les bases des dernières années (les mois de décembre). La moyenne des bases US pour un mois de décembre se situe à +0,12 $ US/boisseau. Ainsi pour un producteur, il est intéressant de fermer cette base. De plus, cette donnée se classe au deuxième rang des meilleures données des sept dernières années. Pourtant, quand on regarde en valeur absolue (prix comptant), les données de ce mois de décembre 2017 figurent au troisième rang des pires données des sept dernières années. On peut aussi noter que les bases pour livraison future sont tout aussi intéressantes avec des valeurs nettement supérieures aux moyennes. 

Comparer rapidement

Pour fin d’exercice, on peut prendre des valeurs boursières et comparer rapidement une mise en marché. En décembre, le prix de la Bourse se situait sous les valeurs de 3,50 $ US/boisseau. Si on y ajoute une base de +0,35 $ US/boisseau. Le prix se situe donc autour de 190 $ CA/TM (si on tient compte d’un dollar canadien se situant à 0,80 $ US). Par contre, si on ferme la base à +0,35 $ US/boisseau et si on attend que le contrat à terme remonte à 3,80 $ US, on obtient ainsi une valeur s’approchant de 204 $ CA/TM (avec les mêmes hypothèses précédentes). De plus, si la valeur du contrat à terme grimpe, il est naturel pour la base de perdre de la valeur. Avec des contrats à terme à leur creux des dernières années à 3,45 $ US/boisseau, il était difficile d’obtenir de meilleures conditions de ventes « sur base ».

Un producteur peut ainsi tirer avantage des conditions du marché à la Bourse pour peaufiner sa stratégie de mise en marché. Cela demande des analyses des cycles de mise en marché, du marché de la Bourse, des conditions locales et des conditions à venir au niveau du bilan mondial des grains. Il est possible de réaliser une plus‑value sur vos connaissances et ainsi augmenter un peu la profitabilité de vos entreprises.

En conclusion

Il est peut‑être temps de réviser les bases. En analysant les données des bases de maïs livré au Québec au cours des dernières années, on peut très clairement voir une tendance intéressante. Un producteur peut ainsi tirer avantage des conditions du marché à la Bourse pour peaufiner sa stratégie de mise en marché.


Frédéric Hamel est présentement directeur, Stratégie commerciale chez TRT‑ETGO, professeur en formation continue à l’Institut de technologie agroalimentaire (ITA) de Saint‑Hyacinthe et consultant en environnement et gestion des risques. Provenant du milieu rural, il a travaillé dans sa jeunesse dans plusieurs entreprises agricoles de sa région de La Vallée‑du‑Richelieu.

Détenteur d’un baccalauréat en finance et du titre de CFA (analyste financier agréé), il a travaillé à FIMAT, à la Banque Royale et à MF Global en gestion des risques financiers pour les entreprises. En tant que gestionnaire spécialisé en produits dérivés (GSPD), titre octroyé par l’Institut canadien des valeurs mobilières, il propose différentes structures de gestion de prix (contrepartie) sur les denrées et autres produits de base à des entreprises clientes et à des producteurs agricoles. De plus, il s’intéresse activement au marché émergent des crédits carbones et autres crédits environnementaux en Amérique du Nord.