Un contexte très dynamique pour le soya canadien

Au cours des dernières années, le Canada a exporté annuellement de 3,5 à 4,5 millions de tonnes de fèves de soya. De ce volume, la Chine en importe en moyenne autour du tiers chaque année; la part du lion de ces importations chinoises de soya canadien étant réalisée de la récolte en début d’hiver (octobre à février/mars). Sauf en de rares occasions, la Chine ne réalise par la suite que quelques achats ponctuels qui ne dépassent que rarement 60 000 à 80 000 tonnes.

Évidemment, cette année en est une très particulière. On sait que la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine amorcée au printemps dernier aura invité la Chine à imposer une taxe de 25 % sur les importations de soya américain.

Importations chinoises de soya

Rappelons qu’annuellement, la Chine représente de 60 à 65 % du total des importations mondiales de soya, ce qui en fait le 1er pays importateur de fèves, et de loin. Or, le Brésil et les États-Unis étant de leur côté responsables aujourd’hui de plus de 80 % des exportations mondiales de soya, nul besoin de dire qu’en l’absence des États-Unis pour approvisionner les Chinois, le Brésil aura eu tôt fait de se retrouver à sec.

Résultat, les importateurs chinois auront dû se rabattre sur tout le soya disponible « hors États‑Unis » pour assurer leur approvisionnement. Et, quelles sont les autres options?

Selon les données disponibles, après les États-Unis et le Brésil, les cinq plus importants exportateurs mondiaux de soya sont (% des exportations mondiales 2018) : Argentine (5,1 %), Paraguay (3,8 %), Canada (3,2 %), Ukraine (1,9 %) et Uruguay (1,5 %).

Exportations canadiennes de soya

Ainsi, sans surprise, sachant que le Canada figure dans la liste des « bons » exportateurs mondiaux de soya, les répercussions de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine n’a pas apporté que du mauvais. Les dernières données sur les exportations de soya canadien de Statistique Canada ne mentent pas. Contrairement aux dernières années, on observe de forts volumes de soya canadien exportés en juin et en juillet dernier, spécialement à destination de la Chine.

En chiffres, les mois de juin et juillet combinés, on parle de près de 300 000 tonnes de soya exportées cette année, versus seulement 20 000 tonnes l’an dernier. Et, bien entendu, les chiffres d’août et de septembre prochains risquent fort d’être dans cette même veine.

À partir d’ici, comment tout ceci se transpose-t-il au quotidien pour les producteurs canadiens?

Bien entendu, une plus forte demande à l’exportation doit concorder avec un prix plus élevé du soya à la ferme. Ici, certains seraient alors tentés de dire que ce n’est pas vraiment le cas. En effet, il faut reconnaître qu’avec un prix du soya qui, dans les dernières semaines a joué du yoyo autour de 400 à 430 $ la tonne selon les régions, est difficile à prévoir. Par comparaison, plus tôt cette année, le prix du soya s’est transigé à plus de 460 à 480 $ la tonne.

Par contre, afin de remettre les choses en perspectives, rappelons que :

  1. Depuis la fin mai dernier, à Chicago, le prix du soya a perdu 17 % de sa valeur, environ 1,80 $ US/boisseau ou encore 66 $ US/tonne.
  2. L’an dernier, au cours des semaines précédant la récolte, le prix du soya avoisinait 410 à 440 $ la tonne au Québec. On parle donc ici d’un recul annuel de l’ordre de seulement 2 à 3 %.
  3. Par comparaison de nos prix, ceux de nos voisins du sud en dollar canadien (Source : Banque du Canada et Soybean Index – MGEX) ont avoisiné dans les dernières semaines 350 à 375 $ la tonne versus 400 à 420 $ la tonne au cours de la même période l’an dernier. Il s’agit donc ici d’un recul annuel de 10 à 12 %.

Ce que ceci nous dit est qu’en réalité, malgré l’incroyable débâcle du marché à Chicago avec la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, les producteurs canadiens ont été en quelque sorte partiellement épargnés. Ceci n’est certainement pas étranger aux achats plus agressifs des importateurs chinois au Canada depuis juin dernier.

La guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine a fait très mal au marché du soya dans les derniers mois. Par contre, si elle persiste, cette guerre pourrait très bien tourner à l’avantage des producteurs canadiens.

En conclusion

Vrai, on ne peut dire que les prix actuels du soya soient intéressants au Canada présentement. Par contre, si le conflit commercial sino-américain persiste, même avec une récolte canadienne record cet automne, il y a fort à parier que la fermeté de la demande pour le soya canadien risque de créer un contexte très dynamique pour ce produit de base dans les prochains mois.


Jean-Philippe Boucher agr., MBA, est consultant en mise en marché des grains, fondateur du site Grainwiz, de l’hebdomadaire des marchés agricoles (LFMA) et cofondateur de la Tournée des Grandes Cultures du Québec. Il est également chroniqueur et blogueur pour le Bulletin des agriculteurs, formateur et conférencier. Pour le joindre : jpboucher@grainwiz.com.