Se tourner vers la communauté dans les moments difficiles

Nous remercions Jean-Claude Poissant, député pour La Prairie, au Québec, et secrétaire parlementaire du ministre de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire, d’avoir parlé de ce sujet ouvertement et avec franchise.


On se lève chaque jour avec ce stress-là. La première chose qu’on se demande est : « Est-ce que tout va bien avec les animaux? Est-ce que tout est correct? S’est-il passé quelque chose durant la nuit? ».

Comme n’importe quel producteur, on s’habitue à un certain niveau de stress, mais l’accumulation peut avoir des conséquences néfastes. C’est là qu’on décroche complètement et qu’on ne sait plus où on est rendu.

C’est ce qui m’est arrivé. En plus, à la même époque, je me séparais de mon épouse. Et puis, comme par hasard, j’ai appris l’existence de l’organisme Au cœur des familles agricoles. J’ai lu une annonce disant : « Vous vivez des moments difficiles? ». On y énumérait des facteurs de stress (finances, troupeau, mauvaise température, etc.). J’ai rencontré une représentante de l’organisme qui connaît le monde de l’agriculture, car elle vient du milieu agricole. Elle m’a dit que je devais faire confiance aux personnes dont j’allais m’entourer et qui allaient m’aider sur la ferme.

J’ai aussi rencontré mon directeur de banque. J’avais des montants importants à gérer et il m’a dit de ne pas m’inquiéter, de commencer par me soigner. Il m’a dit qu’il comprenait la situation, qu’il allait reporter les paiements s’il le fallait et que lorsque je serais remis sur pied, nous pourrions continuer.

Quand on s’entoure bien dès le départ, il est plus facile de surmonter les moments difficiles. C’est quand les gens attendent trop longtemps qu’ils risquent de franchir le point de non‑retour et de passer à l’acte. Il est important d’établir des moyens de reconnaître les signes de détresse, de dépression et autres pour être capable de s’autoévaluer. Dès qu’on a un doute, il ne faut pas hésiter; il faut rencontrer des gens qualifiés qui connaissent le milieu.

La famille est très importante dans les situations comme celle-ci. Quand je suis tombé en « burnout », mes frères sont tout de suite venus chez nous pour prendre les armes à feu. Ils savaient qu’il y avait des suicides autour et ne voulaient pas prendre de risques.

Les gens vont nous conseiller et nous soutenir. Les personnes les mieux placées sont celles qu’on voit régulièrement, par exemple le vétérinaire, le fournisseur de moulée. Ce sont des gens à qui on finit par se confier beaucoup.

L’autre point important est qu’il faut penser à la manière dont les jeunes gens sont affectés. J’ai vu mon père vivre des périodes encore plus difficiles que les miennes. Il faut que nos jeunes trouvent des moyens de gagner leur vie tout en maintenant un équilibre. Les parents ont encore leur place et un rôle à jouer.

Je suis ravi que les problèmes de santé mentale interpellent désormais un peu plus la société. Nous sommes davantage à l’écoute, et ces problèmes sont pris en charge plus rapidement, que ce soit au sein des familles et des exploitations agricoles, mais aussi au niveau des décideurs de l’administration publique. De mon bureau à Ottawa, je m’engage à faire de la santé mentale en agriculture une priorité absolue.


Adapté par Owen Roberts