Lorsque la transition à la relève consolide une entreprise familiale de production de légumes

Photos gracieusement fournies par la famille Streef
À partir de la gauche : Dylan, Jaidin, Jack, Peter, John, Nathan et Chris

Tout a commencé avec cinq frères et une ferme de 100 acres dans le sud de l’Ontario.

Martin, Peter, John, Albert et Jack Streef se sont associés en juin 1977; aujourd’hui, Streef Produce Ltd. est une entreprise familiale de production et de vente en gros de légumes qui compte une ferme de 2 400 acres dans la région de Princeton, en Ontario, ainsi qu’un point de vente en gros au Ontario Food Terminal de Toronto. 

« Nos parents étaient des associés dans les débuts parce que trois d’entre nous étions encore mineurs. Mais ils se sont retirés au bout de quelques années parce que nous avions des objectifs de croissance différents de ce qu’ils avaient envisagé, alors ils nous ont laissé voler de nos propres ailes », raconte Jack.

Streef Produce compte maintenant trois associés principaux de la première génération et quatre associés juniors. Le fils de Martin, Chris, et celui de Peter, Jaidin, s’occupent des ventes, de la distribution et du contrôle de la qualité à Toronto, tandis que les deux fils de Jack, Nathan et Dylan, sont responsables de la production à la ferme et de la salubrité alimentaire. 

Dylan en compagnie de Logan, le fils de Chris

L’entreprise produit des pommes de terre, des haricots verts, des patates douces et des asperges, en rotation avec du maïs et du soja.

Les produits frais précommandés sont emballés sur place dans leurs installations. L’entreprise fournit aussi des produits du monde entier à un vaste éventail d’acheteurs à partir de son centre de distribution au Ontario Food Terminal.

Le changement s’est amorcé il y a dix ans, après le décès de Martin. Cinq ans plus tard, Albert voulait quitter l’entreprise et prendre sa retraite, et parallèlement, une nouvelle  génération était prête à prendre la relève. La transition de l’entreprise à la relève a commencé par une conversation avec le cabinet comptable de la famille, BDO.

« Nous ne savions pas comment faire pour intégrer de jeunes associés au même moment où un associé principal quittait l’entreprise, confie Jack. BDO nous a aidés à répondre aux questions difficiles et nous a ouvert les yeux et l’esprit sur ce que nous devions faire. Nous avons travaillé avec des experts en matière de transfert, mais aussi avec nos personnes habituelles, qui connaissaient notre parcours et les obstacles que notre entreprise devait surmonter. »

Leur plus grande préoccupation était de veiller à ce que le transfert s’effectue le plus harmonieusement possible et d’établir les responsabilités de chacun. Une fois ces questions réglées, l’entreprise a pu poursuivre ses activités normalement durant le processus.

La réussite grâce à la communication

La communication a grandement contribué à la réussite de la transition de l’entreprise à la relève. Chacun a exprimé ouvertement ses objectifs personnels dans le cadre du partenariat et sa vision de l’avenir de l’entreprise; la présence de médiateurs aux réunions a aidé tout le monde à rester concentré sur des objectifs clairs et réalistes.

« Cela a orienté la conversation dans une toute nouvelle voie où le compromis entrait en jeu. Les objectifs pouvaient être atteints, l’entreprise pouvait demeurer viable et tout le monde était heureux du résultat final », affirme Jack.

Ils se sont aussi assurés de tenir compte des centres d’intérêt et des compétences de tous, de sorte que les jeunes associés – qui avaient évolué dans l’entreprise en occupant divers postes, du nettoyage des planchers à la gestion – puissent obtenir un poste qui leur convenait. Les frères Streef avaient adopté cette stratégie lorsqu’ils ont fondé l’entreprise, et Jack croit que cela a contribué à leur réussite depuis quatre décennies.

« La pire chose qu’on puisse faire durant une transition d’entreprise est de confier à un jeune associé un poste qui ne l’intéresse pas. Il se sentira enchaîné et ne donnera pas le meilleur de lui-même, ajoute-t-il. Une fois que nos jeunes associés sont devenus propriétaires, toutefois, leur participation à l’entreprise est devenue beaucoup plus qu’un emploi à leurs yeux. »

Déterminer comment profiter de la valeur nette de l’entreprise sans étouffer la capacité de croître de la génération montante a constitué un défi, mais pour les associés principaux, le plus difficile a été d’apprendre à moins intervenir dans les activités quotidiennes de l’entreprise et à accepter qu’il existe plus qu’un moyen d’atteindre un objectif d’affaires.

« Les jeunes vont commettre des erreurs, mais nous en avons aussi fait il y a 20 ans, et nous en faisons encore aujourd’hui. Nous apprenons de ces incidents. L’essentiel est d’accepter le changement plutôt que de le redouter, fait valoir Jack. Au cours des cinq dernières années, nous avons constaté une véritable évolution chez nos jeunes associés. Pendant la première année, ils nous demandaient régulièrement ce que nous voulions qu’ils fassent. Aujourd’hui, ce sont eux qui, ironiquement, nous demandent ce que nous faisons. »

Amorcer le transfert le plus tôt possible

Si tout était à refaire, les Streef amorceraient le transfert encore plus tôt; en effet, une transition plus graduelle aurait donné aux membres de la nouvelle génération l’occasion de se préparer à leur rôle plus tôt et aurait permis aux associés de la première génération de se retirer l’esprit plus tranquille.

Toutefois, de façon générale, ce changement a été positif pour l’entreprise comme pour la famille. Depuis la transition de l’entreprise, Streef Produce profite de l’évolution des débouchés commerciaux et des talents de la nouvelle équipe pour prendre de l’expansion en ajoutant des asperges et des patates douces à l’éventail des cultures. De plus, une division de l’équipement maraîcher s’emploie à fournir aux producteurs des technologies de pointe qui n’avaient jamais été accessibles au Canada, notamment des repiqueuses et des désherbeuses automatisées et des calibreuses optiques pour toutes sortes de cultures légumières.

« Cette transition de l’entreprise à la relève a eu un avantage double. Elle a renforcé ma relation avec mes enfants et ma famille, et nous a appris à nous concentrer sur l’essentiel et à ne pas laisser les petits problèmes occuper toute notre attention, confie Jack. Nous avons ouvert les portes l’une après l’autre et n’avons jamais regretté d’avoir parcouru ce chemin. »

La famille d’abord, les associés ensuite

Coralee Foster
Comptable
BDO

Après 25 ans de service comme comptable de la famille Streef, Coralee Foster de BDO connaissait bien l’entreprise et la famille. Quand est venu le moment de discuter du transfert, elle a fait appel à son collègue Brent VanParys, spécialiste du transfert des entreprises, pour faciliter les discussions entre les membres de la famille et veiller à ce que tous participent à la création d’une vision de leur avenir commun.

« Dans ce genre de situation, il est utile de faire appel à quelqu’un qui peut porter un regard neuf et qui n’a pas d’idées préconçues de ce qu’il faut faire », souligne Mme Foster.

Selon M. VanParys, la participation immédiate de la nouvelle génération à la prise de décisions a été l’une des clés de la réussite du transfert des Streef. Et même en cas de désaccord, chacun était respectueux des besoins et des opinions des autres; avant d’être des partenaires d’affaires, ils étaient avant tout une famille.

« Il est impossible de transférer la propriété ou la gestion d’une entreprise familiale sans tenir compte des répercussions sur la famille. Ces trois dimensions se chevauchent, explique M. VanParys. Mais si vous entretenez de bonnes relations familiales, vous serez généralement en mesure de maintenir l’harmonie sur les deux autres plans. »

D’après un article de l’AgriSuccès (mars 2018) de Lilian Schaer.


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