Drainage souterrain : le meilleur investissement pour gérer le risque

Drainage souterrain

Aperçu

  • Bien que le drainage souterrain soit coûteux, il constitue un moyen éprouvé d'accroître la production et le potentiel de rentabilité de votre terre
  • En plus de l'augmentation des rendements, le drainage souterrain permet également de réduire les pertes de sol
  • Si votre région ne présente pas d'importants changements de niveau, vous devriez peut-être considérer un nouveau concept appellé le drainage souterrain contrôlé

Si vous appreniez qu’il existe un produit éprouvé qui entraîne invariablement des hausses de rendement de culture de 29 à 36 %, vous seriez sans doute intéressé. On estime que le drainage souterrain systématique procure des gains de cet ordre en Ontario.

Selon Sid Vander Veen, coordonnateur du drainage au ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Affaires rurales de l’Ontario, l’industrie du drainage souterrain en Ontario est en plein essor. « Nous menons un sondage annuel sur les ventes de canalisations de drainage agricole dans la province depuis 1976, et ces dernières années, les ventes atteignent des sommets presque inégalés. Il s’est vendu plus de 180 millions de pieds de canalisations en 2014 », affirme M. Vander Veen. Cette tendance s’explique principalement par les prix élevés des cultures et la valeur élevée des terres.

« Les endroits comme le Manitoba où il n’existe aucun système de drainage souterrain sont d’excellents bancs d’essai du drainage contrôlé parce qu’on n’a pas à composer avec des canalisations déjà en place. »

Ces systèmes coûtent cher. Le prix peut atteindre 1 000 $ ou plus à l’acre selon le terrain, mais lorsque la valeur des terres grimpe en flèche, le drainage souterrain est un moyen sûr d’accroître la production et le potentiel de rentabilité de votre terre. « Le prix est peut-être élevé, mais si nous comparons le coût de l’installation d’un système de drainage souterrain avec celui de l’achat d’une nouvelle terre, la première option n’a jamais été aussi bon marché », fait valoir M. Vander Veen.

Harold Rudy, directeur général de la recherche et du développement des affaires de l’Association pour l’amélioration des sols et des récoltes de l’Ontario, résume bien la question :

« Lorsqu’on produit des cultures de grande valeur et qu’on possède une terre productive, le drainage souterrain devrait être considéré comme une dépense en capital essentielle pour réduire le risque. »

Plus qu’une question de rendements

Les avantages ne se limitent pas aux rendements. « Les pertes de sol peuvent être réduites par un facteur de 10 grâce à la diminution de l’écoulement de surface, explique M. Rudy. Nous savons que les canalisations souterraines évacuent l’eau plus lentement sur une période prolongée. »

Le drainage souterrain présente aussi des avantages du point de vue de la gestion fiscale. En effet, les coûts d’installation de canalisations souterraines sont entièrement déductibles pendant l’année d’imposition en cours; vous pouvez aussi reporter une partie ou la totalité de cette dépense sur un maximum de cinq ans pour optimiser votre économie d’impôt au cours d’une année où vous enregistrez un revenu élevé.

John Vangorp a fondé l’entreprise Vangorp Drainage près d’Aylmer, en Ontario, en 1968. Au fil des ans, il a vu évoluer les pratiques de production, qui font que le drainage souterrain est encore plus avantageux pour les producteurs de l’Ontario. Le travail réduit du sol, la quantité accrue de résidus de cultures laissée à la surface du sol et le désir de semer plus tôt sont des facteurs qui font qu’il est très avantageux d’avoir des champs qui sèchent rapidement et uniformément.

« Dans le Sud de l’Ontario, certains producteurs possèdent des systèmes de drainage souterrain qui ont été installés il y a 20 ou 30 ans, où les canalisations sont espacées de 30 à 35 pieds, et ils corrigent aujourd’hui le tir en installant des canalisations environ tous les 15 pieds, indique M. Vangorp. Ils constatent les zones problématiques qui sont hors de la portée des canalisations existantes. »

Nous nous rendons compte de l’importance que peut avoir le drainage souterrain pour la gestion du compactage, ajoute M. Rudy.

« Un espacement plus restreint entre les canalisations aide à réduire le compactage en augmentant l’uniformité à l’échelle du champ. Il n’y aura pas de zones plus humides qui peuvent être sujettes au compactage au printemps et à l’automne entre les sillons. »

Installez vous-même votre système de drainage

Les principes de base du drainage souterrain n’ont pas changé : l’eau s’écoule toujours d’un point haut vers un point bas. Toutefois, M. Vander Veen souligne que la technologie GPS et les logiciels qui tiennent compte de l’élévation aident à établir la façon d’orienter efficacement les canalisations pour en tirer le maximum de profit. Les mêmes outils sont aussi à la disposition des personnes qui veulent se procurer une charrue de drainage tractée et s’occuper elles-mêmes de l’installation.

Jordan Wallace de la société GPS Ontario vend des charrues de drainage Liebrecht que les producteurs peuvent traîner avec leur propre tracteur. La puissance requise dépend du type de sol et de la profondeur à laquelle les canalisations doivent être enfouies.

Un minimum de 200 chevaux-puissance est requis, mais le poids du tracteur est tout aussi important. « Les charrues fonctionnent particulièrement bien avec des tracteurs qui pèsent entre 28 000 et 38 000 livres, indique M. Wallace. Les producteurs qui exploitent de grandes surfaces possèdent généralement un tracteur articulé qui peut tirer efficacement une charrue. De nombreux entrepreneurs en drainage sont si occupés qu’il peut être difficile d’obtenir leurs services au moment voulu.

Si vous possédez votre propre charrue, vous pouvez installer vos canalisations quand bon vous semble et profiter des courtes périodes où les sols sont secs et où vous causez le minimum de dommage et de compactage. Le moment idéal est après la récolte du blé d’hiver. »

Un autre avantage de posséder votre propre charrue est la possibilité de creuser par vous-même un court sillon pour régler un problème localisé, tâche qui ne mériterait pas qu’un entrepreneur se déplace.

M. Wallace souligne qu’il y a un apprentissage à faire et que certains types de sol et de terrains se prêtent mieux que d’autres au drainage souterrain. « Vous devez aussi examiner ce que disent les normes locales concernant l’accès ou l’aménagement de bouches d’évacuation. Le gros bon sens prime, mais chaque municipalité a ses propres lignes directrices.  »

Il existe des règles et des lignes directrices de longue date qui tiennent compte des préoccupations des voisins. La page du ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Affaires rurales de l’Ontario consacrée au drainage (ontario.ca/drainage) est une excellente ressource.

M. Vander Veen mentionne que la loi en Ontario ne permet pas à un producteur d’installer un système de drainage sur mesure pour quelqu’un d’autre. Vous pouvez acheter une charrue et installer votre système sur votre propre terre, mais seuls les entrepreneurs autorisés peuvent installer un système de drainage sur la terre d’une autre personne.

« J’ai vu beaucoup de systèmes de drainage installés par des producteurs, et je les compare aux installations électriques effectuées par des non-spécialistes : soit c’est une réussite, soit c’est un désastre. Les entrepreneurs autorisés doivent se livrer à de nombreuses évaluations rigoureuses et suivre une formation pratique. Leurs charrues sont aussi inspectées. Une installation bâclée est pire que l’absence d’un système de drainage souterrain parce qu’elle entraîne la formation de zones détrempées. »

Si l’installation est de plus en plus efficace, MM. Wallace et Vangorp soulignent que la hausse du coût des tuyaux de drainage en plastique représente un problème. « Le coût des canalisations souterraines a grimpé de presque 10 cents le pied par rapport à l’année dernière et atteint environ 45 cents le pied, indique M. Vangorp. La demande élevée et le faible nombre de fournisseurs font grimper les prix, alors que les cours moins élevés du pétrole devraient se traduire par des canalisations meilleur marché. »

La situation au Manitoba et dans d’autres provinces

Compte tenu du fort potentiel de revenu observé ces dernières années dans l’Ouest canadien, un nombre croissant de producteurs au Manitoba envisagent de passer au drainage souterrain. John Vangorp possède 45 ans d’expérience comme entrepreneur en drainage souterrain en Ontario, mais il a récemment acheté une ferme dans l’Est du Manitoba et indique qu’à certains endroits dans l’Ouest canadien, le drainage souterrain est un choix judicieux, notamment dans les zones où l’on produit des cultures de grande valeur comme les pommes de terre.

D’importantes différences lui sautent aux yeux. D’abord, les producteurs peuvent difficilement avoir accès aux drains ou aux bouches d’évacuation municipaux existant pour évacuer l’eau. Il s’agit d’un obstacle de taille.

« Dans certains cas, il faudrait pomper l’eau recueillie par le système de drainage souterrain, ce qui nécessite sans doute la présence d’une source d’électricité à proximité », illustre M. Vangorp.

L’absence de pentes ou de dénivellations est un autre défi qui est peu fréquent en Ontario, mais qui peut l’être dans les Prairies, où le dénivelé, à certains endroits, est d’à peine un pied sur une distance de plus d’un kilomètre.

Le drainage souterrain contrôlé

Un terrain plat, toutefois, peut être un avantage. Un nouveau concept appelé « drainage souterrain contrôlé » est une solution plus appropriée pour les régions où il y a peu de dénivelés. La grande différence entre le drainage souterrain ordinaire et le drainage souterrain contrôlé est que le système est conçu pour permettre l’évacuation de l’eau, mais il comporte des vannes ou des structures de contrôle qui se ferment pour retenir l’eau lorsque les plants ont besoin d’humidité pour croître.

« Le drainage contrôlé présente des avantages économiques; c’est une solution sensée pour certaines cultures, certains types de sol et certains profils topographiques. Toutefois, la gestion du drainage contrôlé n’est pas simple. Les producteurs doivent ouvrir ou fermer les vannes selon la période de l’année et selon qu’ils veulent conserver l’eau ou l’évacuer.

Il n’est pas commode de devoir s’aventurer dans des champs détrempés pendant un déluge pour ouvrir une série de vannes », explique M. Rudy.

La bonne nouvelle est que grâce à des commandes de vannes automatiques à énergie solaire ou même au contrôle du système par téléphone intelligent, la gestion sera grandement facilitée. « Les endroits comme le Manitoba où il n’existe aucun système de drainage souterrain sont d’excellents bancs d’essai du drainage contrôlé parce qu’on n’a pasà composer avec des canalisations déjà en place », dit M. Rudy.

Dans de nombreuses régions du pays, même si l’excès d’eau peut être un problème, le drainage souterrain n’est pas une option en raison de facteurs économiques ou topographiques, ou à cause de la disponibilité des canalisations.
Toutefois, dans les régions où cette solution est possible, les gains en matière de productivité et de conservation sont remarquables. 

D'après un article de l'AgriSuccès (janvier/février 2016) de Peter Gredig (@Agwag).