Il se brasse des affaires grâce à la popularité des bières artisanales

Thirst for craft beer brews opportunities

Aperçu

  • Un des plus importants brasseurs artisanaux en C.-B. et la seule brasserie au Canada qui possède sa propre malterie
  • La disponibilité de l'équipement, la valeur élevée des terres, et la petite taille des champs représentent des obstacles pour les producteurs de l'île
  • Les bières artisanales représentent maintenant 12 % du marché aux États-Unis et 20 % en Colombie-Britannique
  • L'essor du brassage artisanal a fait grimper la demande et les prix du houblon

Trois drapeaux flottent fièrement à la ferme Saanichton : un drapeau du Canada, un drapeau arborant un tracteur et un drapeau à l’effigie de la bière. Pour Bryce Rashleigh, ces symboles rappellent les moteurs de croissance de la ferme et ses raisons d’être.

« L’intérêt pour les aliments locaux est d’une ampleur extraordinaire sur l’île de Vancouver, dit-il. Les gens soutiennent encore plus mon exploitation lorsqu’ils voient comment elle contribue à remplir leurs assiettes et leurs verres. »

M. Rashleigh est l’un des quatre producteurs de l’île de Vancouver qui produit de l’orge à forfait pour la société Phillips Brewing & Malting. Chef de file de l’industrie du brassage artisanal en Colombie-Britannique, cette société a construit une malterie en 2015 et travaille de concert avec des producteurs locaux pour accroître la superficie consacrée à l’orge sur l’île.

Les consommateurs sont prêts à payer plus cher pour des bières conçues à partir d’ingrédients locaux.

« C’est un élément de plus en plus important de nos activités », indique M. Rashleigh, qui a plus que doublé sa superficie cultivée en orge depuis la construction de la malterie. « Il est passionnant de participer au lancement d’une nouvelle activité sur l’île de Vancouver. Matt Phillips a investi un million de dollars dans la construction de cette malterie, et il appartient aux agriculteurs de soutenir cette entreprise. »

Une brasserie avec sa propre malterie

M. Phillips fait figure de légende dans le milieu du brassage artisanal, et il ne craint pas de prendre des risques. En 2001, ce jeune brasseur a financé son entreprise naissante par carte de crédit et a commencé à brasser de la bière dans un appartement sans fenêtres de Victoria. Quinze ans plus tard, Phillips Brewing & Malting est l’un des plus importants brasseurs artisanaux en Colombie-Britannique, et la seule brasserie au Canada qui possède sa propre malterie.

« Lorsqu’on brasse de la bière, on attache une grande importance aux ingrédients bruts que l’on utilise, fait valoir M. Phillips. J’aime l’idée d’employer de l’orge produite localement dans notre système de production. C’est un bon élément distinctif pour notre bière et cela nous permet de mieux contrôler cet aspect de la chaîne d’approvisionnement. »

À l’heure actuelle, les cultivateurs de l’île de Vancouver produisent 40 % des 1 200 tonnes d’orge que la brasserie utilise chaque année; le reste provient de la région de la rivière de la Paix, en Colombie-Britannique. L’entreprise cherche activement de nouveaux producteurs sur l’île et encourage l’utilisation de l’orge comme culture d’assolement pour faire croître la superficie de production.

« Nous sommes loin de manquer d’orge brassicole au Canada, mais nous manquons d’orge produite sur l’île de Vancouver, déplore M. Rashleigh. Compte tenu du marché local actuel, les producteurs de l’île n’ont aucune difficulté à vendre toute leur production. Cette culture n’est pas beaucoup plus lucrative qu’une autre, mais il est valorisant de faire partie de l’industrie des aliments et des boissons. »

Un des obstacles auxquels ils se heurtent est la disponibilité de l’équipement. La valeur élevée des terres et la petite taille des champs font que les producteurs de l’île doivent faire preuve d’ingéniosité pour que le jeu en vaille la chandelle.

« Heureusement, j’y suis arrivé avec l’aide de certains propriétaires fonciers appuyant mes efforts et grâce à l’importation de bons équipements d’occasion des Prairies », explique M. Rashleigh.

Le développement simultané de l’infrastructure pour les brasseurs et les producteurs d’orge crée un débouché et un marché uniques dans la région.

Le secteur des bières artisanales nécessite plus d’orge

« La demande d’orge continuera d’augmenter parce que les brasseurs artisanaux utilisent beaucoup plus d’orge que les grandes brasseries industrielles, indique M. Phillips. Nous aimerions utiliser exclusivement de l’orge produite sur l’île. Espérons que ce ne soit qu’une question de temps. »

L’industrie canadienne du brassage se procure chaque année 300 000 tonnes d’orge brassicole auprès des producteurs de l’Ouest canadien. Les brasseurs artisanaux utilisent jusqu’à 25 % d’orge brassicole canadienne, et ce, même s’ils ne produisent que 6 % du volume total de bière.

Selon Bière Canada, l’association commerciale nationale des brasseurs de bière, on compte plus de 500 installations de brassage à l’échelle du pays, soit deux fois plus qu’il y a dix ans.

« L’essor du secteur des bières artisanales a été phénoménal depuis que j’ai fondé Phillips Brewing, tout particulièrement depuis les cinq dernières années, explique M. Phillips. Les bières artisanales représentent maintenant 12 % du marché aux États-Unis. La proportion est la même au Canada, et elle est supérieure à 20 % en Colombie-Britannique. »

Il faut aussi du houblon

L’essor du brassage artisanal alimente non seulement la demande d’orge brassicole, mais aussi celle de houblon. À l’origine, le houblon était ajouté à la bière comme agent stabilisant. L’ajout d’unités internationales d’amertume, une mesure des acides iso-alpha, prolonge la durée de conservation de la bière.

Au cours des 20 dernières années, le rôle du houblon dans la préparation de la bière a évolué. En effet, en plus de l’utiliser pour ses propriétés de stabilisation, les brasseurs artisanaux se servent du houblon pour apporter amertume, corps et arôme à la bière, ce qui a entraîné une explosion des variétés de houblon, dont le nombre est passé de moins de 50 à plus de 200 en seulement deux décennies. Bon nombre de ces variétés sont exclusives et sont cultivées sous licence.

Joey Bedard est un associé fondateur de l’entreprise Hops Canada de Kamloops, en Colombie-Britannique. Cette société a commencé à importer et à vendre du houblon en 2014 et a pris de l’expansion en établissant un partenariat avec la bande indienne de Kamloops, devenant la plus grande ferme de culture du houblon au Canada.

« La bande indienne de Kamloops a apporté la plus grande partie du capital et des terres, et nous avons mis sur pied l’entreprise, les contrats et le réseau de distribution, indique M. Bedard. Notre partenariat a maintenant un an, et nous avons 240 acres de houblon dans le sol. »

Avec des coûts de mise en route s’élevant à 15 000 $ l’acre, le démarrage d’une ferme de culture du houblon de cette taille est une entreprise audacieuse, en particulier si l’on tient compte du fait que les plants prennent jusqu’à quatre ans pour atteindre la pleine production et que les tendances en matière de houblon sont incertaines.

« Les tendances en matière de houblon changent constamment à mesure que les variétés offertes s’améliorent. Nous devons prévoir aujourd’hui quelles caractéristiques les gens rechercheront dans quatre ans, mentionne M. Bedard. La vente de notre houblon se fait dans le cadre de contrats de cinq ans et nous semons uniquement ce que nous avons déjà vendu. »

Une fois que les plants atteindront la pleine production, Hops Canada s’attend à produire de 350 000 à 400 000 livres de houblon par année. L’entreprise vend actuellement du houblon à  170 brasseries au Canada et aux États-Unis, ainsi qu’en Inde, en Afrique du Sud, au Chili, en Colombie, en Espagne, en Pologne et en Europe.

« Nous ne vendons pas de houblon aux cinq plus grands brasseurs à l’heure actuelle; 90 % de nos clients sont de petites brasseries qui produisent moins de 150 000 litres par année. C’est notre créneau de prédilection », affirme M. Bedard, qui ajoute que la clientèle de Hops Canada s’étend des fabricants de bière amateurs aux grands grossistes.

Même si l’essor du brassage artisanal a fait grimper la demande et les prix du houblon, M. Bedard demeure prudent par rapport à la croissance rapide de la production de houblon.

« Il y a apparence de pénurie de houblon à l’heure actuelle, poursuit-il. Toutefois, au Canada, entre six et dix nouvelles brasseries ouvrent leurs portes chaque mois. Il faut deux mois pour ouvrir une brasserie, mais il faut quatre ans pour cultiver du houblon. Une fois que l’industrie de la bière se sera stabilisée, le secteur du houblon se mettra au diapason et se resserrera rapidement. »

Hops Canada mise sur les débouchés offerts sur le marché international pour sa prochaine phase d’expansion. L’entreprise a signé une entente avec l’Université Thompson Rivers pour la gestion des analyses de qualité en vue des exportations vers l’Union européenne, où la demande est en croissance pour le type de houblon provenant de l’Amérique du Nord.

« J’ai l’impression que cette industrie pourrait s’étendre bien au-delà du secteur des bières artisanales, confie M. Bedard. Nous espérons conclure des contrats d’une valeur de 5 millions de dollars supplémentaires, après quoi nous accroîtrons la superficie de production. » 

D'après un article de l'AgriSuccès (septembre/octobre 2016) de Tamara Leigh (@Shiny_Bird).