Les consommateurs à l'échelle mondiale sont friands de boeuf et de porc canadiens

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Aperçu

  • L'ALENA a suscité des investissements dans les parcs d'engraissement de bovins en Alberta, ce qui a contribué à l'évolution des exportations canadiennes
  • Les États-Unis constituent le principal client du Canada pour le boeuf et le porc, mais d'autres marchés internationaux gagnent en importance
  • Le boeuf canadien qui est issu de bovins nourris aux grains génère des prix plus élevés

Entre 60 et 70 % du porc canadien et environ 40 % du bœuf canadien sont vendus à l’étranger. Des millions de porcs vivants et des centaines de milliers de bovins vivants, destinés à l’abattage ou à l’engraissement, sont expédiés chaque année aux États-Unis seulement, rendant les éleveurs canadiens de porcs et de bovins de boucherie encore plus tributaires des marchés d’exportation.

La ratification de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), en 1994, a été une étape charnière de l’évolution des exportations canadiennes de viande rouge.

« Avant 1989, le secteur de l’élevage bovin de l’Ouest canadien était constitué essentiellement de petits parcs d’engraissement. L’Accord de libre-échange entre le Canada et les États-Unis, soit le prédécesseur de l’ALENA, a suscité des investissements, dont la construction, en 1991, de l’usine de transformation du bœuf de Cargill à High River, en Alberta », rappelle Brenna Grant, gestionnaire de Canfax Research Services.

Le fait d’exporter vers des marchés qui ont des cultures culinaires différentes ainsi que des préférences pour d’autres coupes de viande accroît aussi la valeur des carcasses.

Peu après la signature de l’ALENA, l’usine de transformation du bœuf de Lakeside à Brooks, en Alberta, a été agrandie. Les taux de change favorables ont entraîné un accroissement du troupeau de vaches de boucherie, et l’abolition du tarif du Nid-de-Corbeau pour le transport du grain par rail, en 1996, s’est traduite par des prix plus abordables pour les céréales fourragères dans les Prairies.

Ces facteurs, conjugués aux mesures d’incitation du gouvernement provincial, ont suscité une expansion et une consolidation du secteur de l’engraissement à la fin des années 1990. En 2001, l’Alberta comptait 210 parcs d’engraissement qui nourrissaient 2,39 millions de têtes, soit plus que le double de la capacité du secteur de l’engraissement des bovins de cette province une décennie plus tôt.

Selon Statistique Canada, l’ALENA a eu un effet similaire sur l’industrie canadienne du porc, entraînant une période de prospérité et de croissance, entrecoupée de quelques soubresauts, de 1996 à 2006. Le troupeau canadien de porcs a atteint un sommet d’un peu plus de 15 millions de têtes au milieu des années 2000.

Depuis le début des années 2000, les marchés canadiens des bovins et du porc ont été secoués par des problèmes de santé animale comme l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) et le virus de la diarrhée épidémique porcine (DEP), les prix record des céréales fourragères sur la scène mondiale, l’instabilité du dollar canadien et des politiques commerciales étrangères comme l’étiquetage du pays d’origine (ÉPO) imposé par les États-Unis. Malgré ces difficultés, le Canada demeure un exportateur net de bœuf et de porc.

Marchés internationaux

Les États-Unis, principal client du Canada, absorbent 72 % de nos exportations de bœuf  et 32 % de nos exportations de porc. Toutefois, d’autres marchés internationaux gagnent en importance. En 2015, les autres grands marchés d’exportation du Canada étaient la Chine et Hong Kong, le Mexique et le Japon. De même, le Japon, la Chine, l’Europe, le Mexique et la Russie ont été les principaux acheteurs de porc canadien en 2015, après les États-Unis.

« Les tendances des marchés internationaux sont d’une importance capitale pour les producteurs canadiens de bœuf et de porc; ces marchés offrent les débouchés les plus intéressants, affirme Mme Grant. Le fait d’exporter vers des marchés qui ont des cultures culinaires différentes ainsi que des préférences pour d’autres coupes de viande accroît aussi la valeur des carcasses. »

Selon les statistiques, le troupeau canadien de bétail ne s’accroît peut-être pas à l’heure actuelle, mais ailleurs dans le monde, la production de bœuf, de porc et de volaille est à la hausse.

Selon Brett Stuart, président de la société Global AgriTrends (en anglais seulement) de Denver, la production de bœuf  et la production de porc sont en croissance aux États-Unis; le nombre de vaches augmente et de nouvelles porcheries et usines de transformation du porc sont en construction.

La Chine, pays qui consomme le plus de porc au monde, est un moteur essentiel des marchés internationaux du porc ainsi qu’une économie importante à surveiller.

« Les importations chinoises de porc ont explosé en 2016, mais les éleveurs chinois de porcs ont enregistré des profits record et commencent à prendre de l’expansion, fait valoir M. Stuart. Cela finira par faire diminuer la demande d’importation de porc de la Chine et aura une incidence marquée sur tous les marchés internationaux des protéines. Où ira le million de tonnes de porc canadien et européen qui était jusque-là destiné à la Chine? »

Avantage du bœuf nourri aux grains

Tandis que les producteurs canadiens de porc ont ciblé le marché très haut de gamme du Japon, il n’y a guère plus de distinction entre le porc canadien et celui des autres pays. Mais il en va autrement pour le bœuf, affirme M. Stuart.

« En général, le bœuf nord-américain est un produit de haute qualité qui est issu de bovins nourris aux grains et qui génère des prix plus élevés. Au cours des sept dernières années, comme la production mondiale de bœuf a été stagnante, les stocks restreints de bœuf ont suscité des prix plus élevés pour le bœuf nourri aux grains. »

Depuis peu, l’Inde est un important exportateur de bœuf sur la scène mondiale. Elle fournit de gros volumes de viande de buffle d’Inde de faible qualité à des marchés émergents comme les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord. Le Brésil exporte aussi un volume considérable de bœuf, mais il s’agit essentiellement de bœuf provenant d’animaux nourris à l’herbe.

« Chaque pays compte des hôtels prestigieux, et la norme d’excellence dans les restaurants  de ces établissements est le bœuf nourri aux grains. À mesure que les économies mondiales croîtront, la demande de bœuf nourri aux grains augmentera », expose M. Stuart, citant une étude récente selon laquelle la classe moyenne mondiale devrait augmenter de trois milliards de personnes d’ici 2030.

Marchés cycliques

Malgré les changements profonds survenus dans le secteur de la viande rouge, les cycles traditionnels des marchés des bovins et du porc demeurent des indicateurs pertinents de l’avenir.

« Précédemment, les cycles ont été déterminés par le décalage biologique entre le moment où le signal de prix indique aux éleveurs qu’il est temps d’accroître ou de réduire leurs troupeaux et celui où ce changement se concrétise. Les cycles du secteur porcin durent habituellement quatre ans, et ceux du secteur bovin durent de dix à douze ans », explique Mme Grant.

« L’information commerciale est plus facilement accessible qu’avant, de sorte que  les producteurs prennent leurs décisions en matière de production plus rapidement, mais l’humeur des marchés oscillera toujours entre optimisme et pessimisme. »

Grâce aux gains de productivité et à la taille accrue des carcasses, il faut moins de vaches et de truies qu’avant pour produire la même quantité de viande rouge à l’échelle nationale, si bien que le nombre de têtes dans les troupeaux canadiens de vaches et de truies est un moins bon indicateur du stade actuel du cycle du marché.

« Le nombre de têtes dans les troupeaux reproducteurs demeure un indicateur de l’optimisme de l’industrie, ajoute Mme Grant, mais le poids des carcasses est un facteur de plus en plus important. Le poids accru des carcasses, résultant du fait que les animaux sont engraissés plus longtemps, peut avoir une incidence considérable sur la production. »

L’importance de se préparer pour l’avenir

M. Stuart est conscient que les États-Unis sont peut-être avantagés par de plus gros volumes de production de porc et de bœuf et des coûts de transformation moins élevés, mais il croit que l’industrie canadienne a des points forts sur lesquels elle peut miser.

« Comme le Canada est un plus petit producteur, il peut s’adapter plus facilement aux exigences des consommateurs. Par exemple, le système canadien de traçabilité du bœuf constitue un élément de différenciation, et les éleveurs canadiens de porcs ont accepté de renoncer à un agent stimulateur de croissance appelé ractopamine, en raison de leur forte dépendance à l’égard des exportations. Les petites entreprises de conditionnement canadiennes sont aussi plus disposées à satisfaire à la demande de coupes de viande particulières de la clientèle à l’étranger. »

Mme Grant encourage les producteurs canadiens de bœuf et de porc à continuer de s’adapter aux signaux du marché. « Les consommateurs ne forment plus un groupe homogène, explique-t-elle. Beaucoup fondent leurs décisions d’achat uniquement sur le prix, mais d’autres recherchent des qualités ou des caractéristiques particulières. »

« Par exemple, au cours des cinq dernières années, la production de bœuf haut de gamme (AAA et première qualité) s’est intensifiée en réaction aux signaux de prix du marché. Un nombre croissant de producteurs primaires adoptent des caractéristiques comme l’élevage “sans ajout d’hormones” ou “conforme aux principes de durabilité”. Ces caractéristiques ne rapportent pas encore un prix nettement plus élevé, mais cela pourrait être le cas un jour », dit Mme Grant.

D'après un article de l'AgriSuccès (numéro spécial de 2017) de Trish Henderson