La sécurité, un risque d'entreprise à ne pas négliger

Un risque d'entreprise que vous négligez, mais ne devriez sans doute pas

Aperçu

  • Dean Shaver ne mâche pas ses mots lorsqu'il parle d'accidents en milieu de travail.
  • Il a fondé CSI Canada Safety à la suite d'une terrible chute d'une plate‑forme de forage.
  • Les agriculteurs doivent assumer le rôle de spécialiste en sécurité sur leur ferme.
  • Pour faire de la sécurité une priorité, il faut en parler tous les jours.

C'est le plus grand danger auquel vous faites face à la ferme — et celui que vous êtes le plus susceptible d'ignorer.

Mais quiconque ne prend pas au sérieux la sécurité en milieu de travail devrait avoir une conversation avec Dean Shaver. 

Ce ne sera pas une conversation plaisante. Le PDG de CSI Canada Safety est une source inépuisable d'histoires d'accidents terribles qui se sont produits dans un champ de pétrole, à la ferme et ailleurs. Et il ne mâche pas ses mots.

« Si vous n'aimez pas les gens qui vous entourent, allez‑y blessez‑vous ou faites‑vous tuer, dit l'Albertain de 62 ans. Mais si vous aimez votre famille, vous devriez commencer à réfléchir ».

« Que vous soyez propriétaire d'une ferme ou travailleur agricole, vaut‑il la peine de mourir pour son travail? » – Dean Shaver

« Lorsqu'on parle de personnes blessées, il ne s'agit pas d'une fracture à un doigt ou à un poignet. Puisqu'on travaille avec de gros équipements, on parle plutôt de mort ou d'infirmité. »

Dean Shaver a grandi à la ferme, a exploité une porcherie plus jeune et a passé des années à travailler sur des plates‑formes pétrolières avant d'être victime d'un sérieux accident de travail en 1997. On lui avait dit qu'il serait en fauteuil roulant à 50 ans, mais il est rapidement retourné au travail et a fondé, en 2006, la compagnie CSI Canada Safety.

Histoires tragiques

Dans le domaine de la sécurité, la première question est toujours : Comment amener les gens à écouter? La réponse de M. Shaver est de raconter l'histoire de « gars qui n'ont pas vraiment réfléchi ». Il donne des noms, des dates et d'horribles détails.

Bon nombre d'entre eux travaillaient dans des champs de pétrole, mais il a aussi beaucoup d'histoires agricoles. L'enfant qui a glissé en bas de l'aile et sous la roue du tracteur conduit par son père. Le père qui avait succombé à des émanations de sulfure d'hydrogène alors qu'il nettoyait le réservoir à purin et le fils qui est allé voir et qui est mort, lui aussi.

Ce sont les détails qui restent en mémoire. Voici comment M. Shaver décrit sa chute de 18 pieds d'une tour de forage.

« Pendant ma chute, je vois que je me dirige directement vers une barre de métal plantée dans le sol. Une chute n'aurait pas été si pire, mais comme je me démenais comme un bon pour éviter d'être empalé, j'ai atterri de travers, les pieds par en arrière. »

L'os d’un talon fracturé en treize morceaux et de l'autre en onze. « C'est comme si on avait laissé tomber une assiette à dîner d'une hauteur de huit pieds sur un sol de béton », raconte M. Shaver, dont la description de ses traitements médicaux et des années passées à se remettre est tout aussi saisissante.

Une approche réaliste

Bien sûr, tous les agriculteurs ont entendu les détails sinistres d'accidents agricoles qui ont frappé des gens qu'ils connaissent… ou qu'ils connaissaient. Mais la sécurité d'abord et avant tout est une attitude qui demeure rare dans des métiers comme l'agriculture, où on n'a pas beaucoup de temps et où la liste de travaux à faire est longue.

M. Shaver comprend leur situation. Il n'a jamais beaucoup apprécié les personnes responsables de la sécurité. « Mon attitude était : je n'ai vraiment pas de temps pour ça. »

Ce n'est pas parce qu'il ne prenait pas la sécurité au sérieux, c'est qu'il ne respectait pas les gens qui livraient le message. La plupart, dit‑il, n'ont jamais travaillé sur une tour de forage et leurs protocoles de sécurité bien intentionnés ne tenaient pas compte des conditions de travail réelles. 

Ainsi, tous les experts en sécurité qu'il embauche ont beaucoup d'expérience sur des plates‑formes de forage, des oléoducs ou dans d'autres emplois du domaine de l'exploitation pétrolière. 

« C'est une question d'approche, dit‑il. Si vous n'avez jamais fait le travail, qui vous écoutera? »

Cette approche est à l'origine du succès de sa compagnie – plus de 50 millions de dollars de revenus depuis 2009.

Planifiez votre sécurité

Comme, de toute évidence, les fermes n’ont pas d'employés spécialisés en sécurité, M. Shaver croit que le propriétaire doit jouer ce rôle. Cela signifie débuter chaque matin par une discussion du plan de travail de la journée et des risques d'accident liés à ce travail.

« Combien d'agriculteurs le font? », demande‑t‑il. « Ils sont tellement habitués de travailler avec leurs fils ou leur femme ou quelques employés, qu'ils pensent qu'ils n'ont pas besoin de planifier. Mais ils doivent le faire et ce n'est pas si compliqué. »

Une simple série de questions suffira, dit‑il. Quel équipement utiliserez‑vous? Est‑il en bon état et bien installé? Quels « raccourcis » tentants devez‑vous éviter?

« C'est ce qu'on appelle prendre ses responsabilités et c'est à l'agriculteur de le faire. S'il n'en fait pas une priorité, qui le fera? »

Et il faut aussi dépenser de l'argent pour rendre le milieu de travail plus sécuritaire — des choses comme des tarières de 80 pieds de long et des fils suspendus dans la cour ne sont pas une bonne combinaison — mais c'est surtout une question d'attitude, dit M.  Shaver.

« C'est un mythe que les gens ont des accidents parce qu'ils veulent gagner du temps. C'est plutôt parce qu'ils ne croient pas que ça leur arrivera à eux. »

Mais ça arrivera à certaines familles agricoles et la meilleure façon de l'éviter c'est que le propriétaire de la ferme prenne quelques minutes chaque jour pour penser à la sécurité et en parler, insiste M. Shaver.

« Que vous soyez propriétaire d'une ferme ou travailleur agricole, vaut‑il la peine de mourir pour son travail? », dit‑il. « Prenez votre temps, réfléchissez et parlez de ce qui pourrait mal tourner avant que cela n'arrive. »

Glenn Cheater est un journaliste agricole d'expérience spécialisé dans la gestion des affaires, l'entrepreneuriat et l'innovation. Il travaille à partir d'Edmonton.