Tension politique entre la Chine et les États-Unis

Le proverbe « En avril, ne te découvre pas d’un fil » n’aura jamais été aussi vrai. Le printemps est tardif, le thermomètre est bien en dessous des moyennes saisonnières et je vois même l’icône d’un infâme flocon de neige apparaître dans les prévisions! Parlant de froid – la Chine et les États-Unis semblent entretenir une relation de moins en moins chaleureuse. On parle de guerre commerciale puisque de part et d’autre on s’impose des tarifs sur les importations. Face à ce climat de tension politique et économique, les marchés financiers s’inquiètent. 

Escalade de représailles

La pression augmente d’un cran, la tension est palpable et les marchés retiennent leur souffle en regardant la situation se détériorer chaque jour. En fait, ça ne date pas d’hier – M. Trump s’est fait élire en partie brandissant la discorde concernant le commerce avec la Chine – un peu à l’image des enfants assis en arrière dans l’auto en route pour les vacances.

Ça commence toujours par quelque chose de bénin qui prend de plus en plus d’ampleur jusqu’à ce que ça déraille. Au début, on parlait d’un milliard de dollars en tarifs, puis trois, ensuite ça a grimpé à 50 milliards, puis un autre 100 milliards. Au final, les États-Unis sont rendus à 150 milliards, soit une valeur plus élevée que tous les achats de la Chine en sol américain.

Rien de tout ça n’est positif, par contre les mesures ne sont pas encore en application. En ce moment, les deux parties exposent leurs artilleries pour montrer leur force. Personne ne sait vraiment si l’un ou l’autre des États-Unis ou de la Chine va vraiment appuyer sur la gâchette et plusieurs pensent que le gouvernement américain mise sur la grosseur de son pistolet sans avoir à l’utiliser.

Les importations chinoises

Mais en terme réel, pour que tout le monde comprenne, ça veut dire quoi? Quelles sont les implications dans le secteur agricole?

Isolons le cas des fèves de soya, mais la logique est similaire pour presque l’ensemble des marchés. Les Américains ont produit 119 millions de tonnes de soya l’an dernier et sur ce nombre, 57 prendront le chemin de l’exportation. Le plus gros acheteur : la Chine. Réaction initiale, tarif égal baisse drastique de l’export, les stocks s’empilent et les prix tombent rapidement. La réaction initiale est donc très émotive, rapide et violente.

On prévoit cette année que la Chine aura besoin d’importer près de 100 millions de tonnes de soya.

Ensuite, on doit réfléchir un peu plus. Les Chinois vont-ils se laisser mourir de faim? Intuitivement, je pense que non; la sécurité alimentaire est plus importante qu’une guerre commerciale. On prévoit cette année que la Chine aura besoin d’importer près de 100 millions de tonnes. Au Brésil, des 113 millions de tonnes produites, on prévoit que 70 sortiront du pays.

Bref, la deuxième réaction un peu plus réfléchie c’est que la Chine doit inévitablement s’approvisionner aux États-Unis. Le Brésil à lui seul ne peut fournir entièrement les besoins asiatiques. Si la Chine s’accapare et monopolise les stocks d’Amérique du Sud, l’export bifurquera vers l’origine américaine. 

En conclusion

La Chine répond là où ça fait mal; c’est-à-dire dans les états américains qui ont voté pour Trump et qui ont besoin des exportations comme les oranges de la Floride ou le soya du Midwest. On s’attend à un climat très tendu et à un marché financier très instable.

Avec du recul, si la situation perdure ou s’envenime, l’impact à long terme serait de transférer la production des États-Unis vers l’Amérique du Sud, là où la devise et les ententes commerciales sont favorables. C’est ce qu’on voit déjà. Les Brésiliens augmentent de plus en plus la production et leur part de marché et devinez quoi, le Canada aussi. 


Diplômé de l’École des Hautes Études Commerciales de Montréal, Simon Briere est spécialisé dans la gestion de risque et des produits dérivés sur les matières premières agricoles ainsi que les taux de change. Depuis 2008, il a su développer des compétences précises dans le secteur agroalimentaire allant du producteur à l’utilisateur final. Amené à interagir avec différentes organisations, Simon contribue continuellement au développement et au rayonnement de l’industrie en tant que conférencier. Maintenant chez R.J. O’Brien & Associés Canada, il offre un service de gestion de risque intégré, cohérent et discipliné au profit de ses partenaires. Dans ses temps libres, Simon est un redoutable joueur de hockey en hiver et de baseball en été.

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R.J. O’Brien & Associés Canada Inc. est membre de l’Organisme canadien de réglementation du commerce des valeurs mobilières (OCRCVM) et du Fonds canadien de protection des épargnants (FCPE).