Assurer une relève grâce à la diversification

Marketing changes for Prairie wheat and barley

Aperçu

  • Les fermes établies empruntent parfois des chemins différents lorsque la prochaine génération entre en jeu
  • La ferme des Ludwig était au départ une exploitation laitière puis a subi de nombreuses transformations avec l'arrivée de la relève
  • Les efforts de diversification de la famille ont permis à tous de réaliser leurs rêves

Les fermes établies empruntent parfois des chemins différents lorsque la prochaine génération entre en jeu. C’est ce qui s’est produit à la ferme de la famille Ludwig située sur l’île de Vancouver.

En 2004, Terry et Bonnie Ludwig ont téléphoné à Abel O’Brennan afin qu’il les aide à bâtir deux étables à génisses pour leur grande ferme laitière située près de Black Creek. Abel et la fille des Ludwig, Amanda, étaient amoureux depuis l’école secondaire.

Le couple se fréquentait depuis un bon moment, Abel connaissait donc bien la famille. Il avait travaillé dans le domaine de la construction après ses études, puis il s’était rendu sur les gisements de pétrole du Nord de l’Alberta pendant qu’Amanda étudiait à l’Université Trinity Western à Langley, en Colombie-Britannique. Mais c’est l’expérience en construction d’Abel qui avait éveillé l’intérêt des Ludwig.

La vinerie est mon bébé. J’ai toujours aimé le vin et j’ai pensé que ce serait un bon moyen d’ajouter de la valeur à notre production fruitière.

Peu après le retour d’Abel à Black Creek, Amanda et lui se sont mariés. Il a commencé à travailler à la ferme, mais a découvert qu’il était allergique aux vaches.

Les deux frères cadets d’Amanda, Phillip et Daniel, ne partageaient pas non plus la passion de leurs parents pour la production laitière. Les trois enfants voulaient toutefois demeurer à la ferme qui, au milieu des années 2000, possédait environ 1 000 acres et 260 vaches, dont la traite était effectuée trois fois par jour.

Explorer les options

« Nous avons eu des réunions de famille en 2007-2008 afin de déterminer nos champs d’intérêt et nos options », explique Abel. Phillip voulait travailler le bois et Daniel s’intéressait à l’apiculture. Abel était d’avis que la production fruitière pourrait offrir des débouchés si la famille devait abandonner l’élevage.

Après avoir rencontré un multiplicateur et conditionneur de baies de l’État de Washington qui était à la recherche d’un autre produit, la famille a décidé d’aménager une parcelle expérimentale de mûres, même si elle n’avait aucune expérience en la matière.

« Le choix du fruit a été une idée collective. Nous pensions que les mûres constituaient un créneau que nous pourrions exploiter, explique Abel. Si nous avions su alors ce que nous savons aujourd’hui, nous aurions probablement agi différemment. »

Ils ont rapidement intégré les framboises et les bleuets à leur production et ils ont poursuivi leur diversification avec l’ajout d’une scierie mobile et de matériel d’apiculture et d’extraction du miel.

Les nouveaux projets ne se sont pas déroulés sans accrocs initiaux. Une grande partie de la ferme étant établie sur une terre de faible élévation, certains champs de baies ont été inondés ou la nappe phréatique était trop peu profonde, causant d’importants problèmes de pourriture racinaire des framboises et des mûres.

Toutes les framboises ont donc été retirées et la ferme cultive maintenant 65 acres de mûres et 37 acres de bleuets. Ce ratio changera à mesure que la famille augmentera la superficie consacrée aux bleuets, qui sont moins sujets à la pourriture racinaire et dont le marché est plus stable.

Comme la culture des baies ne suffit pas à assurer la viabilité de la ferme, les garçons ont ajouté à leur production le maïs, les citrouilles et les courges. « En 2015, nous avons expédié quinze semi-remorques de fruits et de légumes frais », explique Abel.

La passion du vin

En 2010, l’entreprise Coastal Black Fruit Winery s’est ajoutée à l’ensemble.

« La vinerie est mon bébé, affirme Abel. J’ai toujours aimé le vin et j’ai pensé que ce serait un bon moyen d’ajouter de la valeur à notre production fruitière. »

Abel et Amanda ont fait le saut même s’ils n’avaient aucune expérience ni formation en viticulture. « J’ai suivi quelques cours d’œnologie, puis j’ai embauché un expert-conseil afin qu’il me guide pendant la première année. J’aime la viticulture et elle n’occupe qu’une fraction de mon temps », explique Abel.

En 2015-2016, ils ont produit 6 500 caisses de vin de fruits, mais ils disposent d’une capacité de production de 10 000 caisses par année. La majeure partie de la production est vendue directement aux consommateurs de la Colombie-Britannique, que ce soit à la ferme, en ligne (l’expédition est gratuite pour les commandes par caisses) ou dans les quelque 100 magasins d’alcools de l’île de Vancouver. Entre 35 et 40 % de la production est exportée en Chine.

Parallèlement, Abel et ses beaux-frères ont fait une incursion importante dans le secteur de l’agrotourisme.

Ils ont intégré à la vinerie un bistro équipé d’un four à bois pour la cuisson de pizzas, qui est ouvert de la fête des Mères à la fête du Travail. À l’automne, ils s’occupent d’un festival de la citrouille qui a connu un franc succès en 2015; il a attiré environ 15 000 visiteurs, et on envisage d’accroître la production de citrouilles et de donner encore plus d’ampleur au festival.

Le mois de décembre est consacré au festival de Noël, qui propose sculptures sur glace, rennes et chameaux (il s’agit en fait d’alpagas déguisés en chameaux).

Ils ont aussi accueilli des mariages, mais ils ont renoncé à cette activité, parce qu’ils n’étaient pas disposés à assumer autant de travail de gestion en fin de soirée.

Intérêts séparés et entités distinctes

La scierie, l’entreprise de miel et d’apiculture et la vinerie sont constituées en personnes morales distinctes, ce qui pose des défis pour le comptable et l’agent d’assurance de la famille, admet Abel. Mais cette façon de faire leur convient, à lui et à ses beaux-frères, car « chacun fait son affaire comme il l’entend ».

Cette approche a valu beaucoup de succès aux trois entreprises. La scierie compte cinq employés et un ouvrier travaille à l’élevage des abeilles et à la récolte du miel pendant l’été. Abel embauche quatre travailleurs à temps plein et jusqu’à 30 ouvriers saisonniers pour la vinerie, dont plus d’une douzaine de travailleurs mexicains embauchés dans le cadre du Programme des travailleurs agricoles saisonniers. « Comme ces travailleurs sont logés à la ferme, nous entendons beaucoup de chansons en espagnol pendant l’été », mentionne Abel.

Investissements et cessions

Afin d’aider la prochaine génération à réaliser ses rêves, Terry et Bonnie Ludwig ont vendu leurs vaches et leur quota et se sont ensuite départis d’une portion de leur terre, ce qui a réduit la superficie de leur ferme à 430 acres répartis sur deux propriétés.

Ils ont depuis décidé qu’ils étaient non seulement trop jeunes pour prendre leur retraite, mais aussi qu’ils avaient encore des rêves à réaliser. Il y a trois ans, ils ont donc acheté une ferme laitière en Saskatchewan, et ils consacrent maintenant la plus grande partie de leur temps à développer cette entreprise.

« Leur idée de départ était d’aménager la ferme, d’embaucher un gestionnaire et d’y passer seulement une semaine ou deux par mois, explique Abel. Or, c’est exactement le contraire qui s’est produit. Au lieu de passer des mois sur l’île et quelques semaines en Saskatchewan, ils passent des mois en Saskatchewan et seulement quelques semaines en Colombie-Britannique. Ils construisent actuellement une salle de traite et envisagent d’agrandir le troupeau (qui compte déjà plus de 150 vaches). Je doute qu’ils prennent un jour leur retraite. »

Abel, pour sa part, est tout simplement heureux de constater que les efforts de diversification de la famille ont facilité la relève et permis à tous de réaliser leurs rêves.

 

D'après un article de l'AgriSuccès (mai/juin 2016) de David Schmidt.

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