L’évolution réussie de deux Jeunes agriculteurs d’élite

Comme le bonheur, la réussite est peut-être un cheminement et non une desitination. Ou alors, il s’agit peut-être d’un état passager, et si l’on cesse de progresser, la réussite s’évapore.

Chose certaine, nombre d’exploitations agricoles généralement considérées comme prospères ne cessent d’aller de l’avant en se lançant dans de nouveaux projets stimulants. Il en va de même pour ces deux anciens lauréats du concours des Jeunes agriculteurs d’élite du Canada.

Bœuf et bison font bon ménage : Christoph et Erika Weder

Pendant que l’optimiste et le pessimiste débattent de la question de savoir si le verre est à moitié plein ou à moitié vide, l’opportuniste en profite pour boire le verre. Cette métaphore illustre bien la philosophie d’affaires de Christoph Weder. Christoph et son épouse Erika ont toujours cherché à saisir de nouvelles possibilités depuis le début de leur carrière d’agriculteurs.

Petit à petit, Christoph s’est taillé une réputation de « franc-tireur », qui dit ce qu’il pense, même si ses points de vue ne font pas toujours l’unanimité. Selon lui, la plupart des producteurs sont des travailleurs acharnés, mais bon nombre d’entre eux sont enlisés dans une ornière.

« En raison des liens familiaux et de la valeur sentimentale attachée aux terres agricoles transmises d’une génération à l’autre, beaucoup de producteurs sont réticents à se déraciner et à transformer radicalement la façon dont ils pratiquent l’agriculture, souligne-t-il. Nous nous sommes relocalisés plusieurs fois et avons continué à transformer notre entreprise au gré des nouvelles occasions. »

Christoph et Erika ont commencé à exploiter un quart de section dans le Centre de l’Alberta en 1996. Puis, en 2003, ils ont migré vers le nord pour s’installer près de Rycroft, dans la région de la rivière de la Paix, où ils ont mis sur pied une exploitation d’élevage de bovins rentable et novatrice.

En 2003, la découverte de l’encéphalite spongiforme bovine (ESB) a eu des conséquences catastrophiques sur l’industrie canadienne du bœuf, ce qui a incité les Weder et d’autres éleveurs à créer l’association Heritage Angus Beef et à vendre directement du bœuf de haute qualité élevé sans hormones à plusieurs marchés, notamment en Europe.

En 2006, le couple a été lauréat du concours des Jeunes agriculteurs d’élite du Canada, mais il n’a pas laissé cet honneur émousser son désir de rechercher de nouvelles avenues.

En 2013, Christoph et Erika ont quitté la région de Rycroft, en Alberta, pour s’établir avec leurs quatre enfants dans un ranch situé près de Hudson’s Hope, en Colombie-Britannique. En plus de profiter d’une terre possédée en propre beaucoup plus grande, ils détiennent maintenant un permis de pâturage qui favorise les besoins de l’entreprise. Leur entreprise, Venator Ranches Ltd., compte maintenant 1 700 vaches de boucherie et 300 bisonnes. Ils emploient des pratiques de production à faible utilisation d’intrants afin de maximiser leur durabilité.

Si l’expédition d’animaux depuis une zone agricole des plus reculées vers des marchés situés au Sud coûte cher, la terre était assez abordable, et le foin coûte habituellement beaucoup moins cher à l’achat.

Lorsque le programme de bœuf de marque est devenu trop complexe pour pouvoir être géré de manière efficace, le groupe d’éleveurs a pris la décision de le vendre. Toutefois, Christoph indique que personne ne tire parti de la possibilité d’expédier de la viande de bison en franchise de droits sur le marché européen, raison pour laquelle il a commencé à s’y intéresser.

« Nous pourrions prendre notre retraite, mais quel message cela enverrait-il à nos enfants? » En effet, les enfants participent activement à l’exploitation.

Cependant, Christoph indique que sa famille s’accorde aujourd’hui des vacances plus longues et qu’elle adore découvrir l’agriculture dans d’autres pays. « Cela nous fait prendre conscience de la chance que nous avons au Canada, ainsi que de nouveaux débouchés. »

Une exploitation porcine diversifiée : Mike et Amy Cronin

Offrir des possibilités à la prochaine génération est aussi une source de motivation pour Amy et Mike Cronin. Nommés Jeunes agriculteurs d’élite du Canada en 2015, Amy et Mike ont six enfants et sont propriétaires de l’exploitation Cronin Farms, située à Bluevale, en Ontario, à environ une heure à l’ouest de Kitchener. Aujourd’hui, cette ferme porcine diversifiée possède des installations en Ontario et aux États-Unis.

« Nous disons à nos enfants que s’ils choisissent de pratiquer l’agriculture avec nous, ils doivent apporter de nouvelles idées, dit Amy. Le changement est inévitable et nous devons évoluer sans cesse. »

Le nombre de producteurs de porcs au Canada a nettement diminué au fil des ans. Amy croit que l’Ontario a réussi à conserver un plus grand nombre d’exploitations familiales indépendantes grâce à la collaboration de plus de 170 éleveurs, qui ont fait l’acquisition de l’une des plus grandes usines de transformation du porc, Conestoga Meats.

L’autre grande usine de la province ne possède pas non plus ses propres porcs. Dans la plupart des régions du pays, les usines de transformation sont devenues des acteurs de premier plan du secteur de la production primaire.

En Ontario, Cronin Farms possède deux entreprises de naissage qui comptent respectivement 3 600 et 1 500 truies et, depuis peu, un élevage multiplicateur. Aux États-Unis, l’entreprise possède une exploitation de naissage-engraissage ainsi que deux exploitations qui fournissent des porcelets à plusieurs marchés à créneaux. Compte tenu de la croissance de l’entreprise, les Cronin ont appris à embaucher des employés talentueux et à les habiliter à prendre de bonnes décisions.

La clé de la réussite? « L’important est de s’entourer de personnes qui partagent des points de vue communs », et de miser sur des relations étroites avec de solides entreprises de soutien, déclare Amy Cronin, ancienne lauréate du @CanadaOYF. Partagez sur Twitter

« Les meilleures possibilités découlent souvent des bonnes relations d’affaires et de la confiance, souligne Amy. Elles découlent aussi de la capacité de flairer les tendances de l’industrie. » Toutefois, Amy reconnaît que les bonnes idées ne cadrent pas toujours avec le plan stratégique à long terme de l’entreprise, et que quelquefois, le moment ne convient tout simplement pas.

Si l’instinct intervient dans le choix des possibilités à saisir, les calculs sont aussi importants.

Les Cronin ont pénétré le marché des États-Unis pour saisir différentes occasions de commercialisation et gérer leurs risques.

« Le fait que Mike et moi sommes engagés à 100 % envers l’entreprise fait une grande différence, assure Amy. Nous sommes sur la même longueur d’onde, nous pouvons nous remplacer mutuellement et nous pouvons échanger des idées. »

D’après un article de lAgriSuccès (juin 2019) par Kevin Hursh.