Production des grandes cultures pour 2016 : coup d'œil sur les dernières estimations de Statistique Canada

Analyse du marché

Aperçu

  • Si les médias s'attardent à la taille de la récolte par rapport aux attentes du marché, ce dernier sait que la grande question cette année est principalement la qualité
  • La production de canola, qui est légèrement inférieure aux prévisions, serait surestimée
  • La récolte de blé est abondante, comme en témoignent les stocks colossaux de blé dur

Le mardi 6 décembre, Statistique Canada a publié ses dernières estimations de l'année concernant la production des grandes cultures pour 2016. Étonnamment, la production de blé et celle d'avoine sont supérieures aux attentes du marché, tandis que la production de canola est moins abondante que prévu.

Environ 25 000 producteurs agricoles ont répondu au sondage mené entre le 21 octobre et le 13 novembre, période au cours de laquelle une portion importante de la récolte des Prairies (20 %) était toujours au champ. Pendant la première moitié de la période du sondage, la récolte n'a pratiquement pas progressé, mais au cours des deux premières semaines de novembre, elle a accéléré. Quoi qu'il en soit, la proportion des cultures qui ne sont toujours pas récoltées à cette date‑ci est parmi les plus élevées que l'on puisse se rappeler.

Ce rapport de Statistique Canada semble avoir une influence minime sur le marché.

Selon Statistique Canada, la production canadienne de blé s'établit à 31,7 millions de tonnes (comparativement aux 30,5 millions de tonnes prévues et aux 27,6 millions de tonnes produites l'année dernière), et la production de canola, à 18,4 millions de tonnes (comparativement aux 19,0 millions de tonnes prévues et aux 18,4 millions de tonnes produites l'année dernière).

À lui seul, ce rapport de Statistique Canada semble avoir une influence minime sur le marché. La taille de la récolte de canola est inférieure aux attentes du marché et les négociants considèrent que ce résultat est sous‑estimé. Cependant, à l'heure actuelle, le marché du canola est surtout influencé par la progression des marchés internationaux des huiles végétales, en premier lieu l'huile de palme, mais aussi l'huile de soja.

La récolte de blé est supérieure aux attentes, ce qui est attribuable à la production de blé dur qui est supérieure à la récolte de blé de force roux de printemps. Si les médias parlent abondamment de la taille de la récolte par rapport aux attentes du marché, ce dernier sait que la grande question cette année est principalement la qualité. En effet, la qualité est inférieure à la norme, mais le volume de blé de printemps de qualité meunière est suffisant pour combler la demande cette année.

La récolte canadienne de blé dur s'établit à 7,762 millions de tonnes, ce qui est énorme et dépasse largement les estimations du marché, qui étaient de 7,2 millions de tonnes. Malheureusement, la qualité du blé dur laisse à désirer. Il faudra entre un et deux ans pour écouler ce blé dur dans les circuits nationaux des céréales fourragères parce que les canaux d'exportation pour les stocks qui se situent au bas de l'échelle de la qualité sont limités.

Le prix du blé dur de haute qualité n'a pas beaucoup changé, mais la demande se raréfie. Nous prévoyons qu'il y aura une autre remontée associée à la demande, mais les prix du blé dur ambré de l'Ouest canadien no 3 ne devraient tout de même pas atteindre de nouveaux sommets. Il y a toujours une chance que des sommets soient atteints dans le cas des stocks de qualité supérieure, mais ce serait surtout pour leur valeur de mélange.

La production d'orge a augmenté de 6,8 % pour s'établir à 8,8 millions de tonnes en 2016. Cette croissance est attribuable à une hausse de 12,9 % du rendement moyen, qui a atteint un record de 73,4 boisseaux par acre, tandis que la superficie cultivée a diminué de 5,6 % par rapport à celle de 2015 pour s'établir à 5,5 millions d'acres.

À l'inverse, les producteurs d'avoine ont signalé que la production a diminué de 8,2 % par rapport à celle de 2015 pour s'établir à 3,1 millions de tonnes. Malgré un rendement record de 92,3 boisseaux par acre (de 8,2 % supérieur à celui de 2015), la production a diminué en raison d'une réduction de 15,1 % de la superficie cultivée, qui s'est établie à 2,2  millions d'acres.

Si la production d'avoine a diminué par rapport à celle de l'an dernier, elle demeure supérieure de 100 000 à 200 000 tonnes aux attentes du marché. Néanmoins, compte tenu de la quantité considérable d'avoine restée au champ, le marché de l'avoine est plus influencé par la quantité d'avoine de qualité meunière qui est disponible que par le volume total.

En conclusion

Ces estimations connaissent une gloire bien éphémère (environ 15 minutes), après quoi on retourne à nos analyses de la modification du flux des échanges commerciaux associée, notamment, aux marges positives de la trituration des oléagineux, aux perspectives d'une récolte abondante en Australie, aux conditions météorologiques en Amérique du Sud, aux différends avec la Chine et à la mesure dans laquelle le président Trump sera hostile aux échanges commerciaux avec l'Asie, aux facteurs macroéconomiques, et au rapport de vendredi du département de l'Agriculture des États‑Unis.

Mike Jubinville de Pro Farmer Canada offre de l'information sur les marchés des produits et les stratégies de marketing. Composez le 204-654-4290 ou visitez www.pfcanada.com (en anglais seulement) pour en savoir plus au sujet des services qu'il offre.

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