Le soja poursuit sa progression vers l'Ouest

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Aperçu

  • L’accroissement de la superficie consacrée à cette culture et les résultats positifs obtenus ces dernières années montrent que le soja est plus robuste que beaucoup ne le pensaient
  • Le soja présente de nombreux avantages, comme la capacité de fixer son propre azote, de faibles besoins en intrants et des marchés établis
  • Le soja a des propriétés facilitant la lutte contre les mauvaises herbes

Les agriculteurs des Prairies mettent le soja à l’épreuve. L’accroissement de la superficie consacrée à cette culture et les résultats positifs obtenus ces dernières années montrent que le soja est plus robuste que beaucoup ne le pensaient. Ce succès répond à la question qu’un nombre croissant de producteurs des Prairies se posent : les variétés de soja sont-elles viables dans ce climat plutôt rude?

Peter Hannam, pionnier canadien de la culture du soja, s’est posé la même question en Ontario il y a une cinquantaine d’années. À cette époque où il était étudiant au Collège d’agriculture de l’Ontario (en anglais), certains professeurs disaient que le nombre de degrés-jours de croissance en Ontario n’était pas suffisant pour permettre la culture du soja, et que même si des producteurs réussissaient tant bien que mal à obtenir une récolte, l’industrie ne saurait qu’en faire.

Pour être viable, le soja doit posséder des propriétés agronomiques comme la tolérance et la résistance aux maladies, et nous avons conféré ces propriétés à un grand nombre de nos variétés.

M. Hannam, cependant, estimait qu’il y avait là une immense possibilité inexploitée pour les producteurs ontariens. C’est ainsi qu’avec d’autres agriculteurs avant-gardistes, il a fondé l’entreprise First Line Seeds. En fin de compte, grâce à une sélection perfectionnée des végétaux et à de nouvelles technologies, son équipe et lui ont mis au point des variétés à haut rendement qui se sont très bien adaptées à un nombre réduit de degrés-jours de croissance, et ce, bien avant que quiconque ait eu l’idée de cultiver du soja dans une région aussi nordique que celle d’Ottawa.

L’histoire est peut-être sur le point de se répéter dans l’Ouest canadien. En 2015, la superficie consacrée au soja au Manitoba a surpassé celle du Québec pour la première fois, s’établissant à 1,3 million d’acres. Des entreprises de semences ont mis à l’essai des variétés tolérantes au froid dans la région de Saskatoon, située très loin au nord et à l’ouest. Dans cette région, on obtient fréquemment de bons rendements de 40 à 50 boisseaux l’acre comparables à ceux de l’Ontario.

« Le soja suscite un enthousiasme grandissant par ici », affirme Gary Lannin, directeur des ventes de Monsanto (en anglais), en Saskatchewan. « Dans ma région, ce secteur est encore embryonnaire, mais il captive d’intérêt de nombreux observateurs qui sont toujours friands de cultures à fort rapport économique, et qui ne demandent qu’à varier leurs rotations de cultures. »

Amélioration génétique axée sur le rendement

« Le soja offre un avantage très considérable en matière de lutte contre les mauvaises herbes, surpassant toutes les autres cultures de la région, fait valoir M. Lannin. L’année 2015 a été fantastique et nous a montré que le soja peut être viable ici. La prochaine étape consiste à obtenir une production constante. »

Les phytogénéticiens relèvent ce défi avec intérêt. Don McClure, directeur de recherche et chercheur spécialisé dans la mise au point des produits du soja de Syngenta Canada à Arva, en Ontario, qualifie le développement de nouvelles variétés de soja « d’expérience intéressante » pour les sélectionneurs. « À mesure qu’on se déplace vers l’Ouest, on a besoin de variétés de plus en plus hâtives qui offrent aussi un rendement élevé, dit-il. Pour la première fois, je peux affirmer que nous y sommes enfin arrivés. »

Le soja présente de nombreux avantages, comme la capacité de fixer son propre azote, de faibles besoins en intrants et des marchés établis. Toutefois, pour que la culture du soja soit rentable, les producteurs doivent remplir leurs silos. « La rentabilité des producteurs dépend du rendement, et c’est pourquoi ce facteur représente notre premier objectif d’amélioration génétique, que ce soit dans l’Est ou dans l’Ouest, explique M. McClure. Pour être viable, le soja doit posséder des propriétés agronomiques comme la tolérance et la résistance aux maladies, et nous avons conféré ces propriétés à un grand nombre de nos variétés. Mais, en définitive, c’est le rendement qui importe. »

Les producteurs des Prairies peuvent profiter des enseignements en matière de gestion tirés par MM. Lannin et McClure ainsi que d’autres Ontariens, comme Dave Harwood, directeur des services techniques de DuPont Pioneer Canada.

Variétés résistantes aux ravageurs

Comme l’indique M. Harwood, le soja a été confronté à de nombreux problèmes agronomiques au fil des ans, mais dans chaque cas, les fournisseurs d’intrants ont proposé des outils de gestion et de lutte.

Par exemple, le puceron du soja est apparu au début des années 2000. Des produits de protection des cultures contre les maladies foliaires ont été homologués rapidement, suivis de près par des traitements des semences qui enrayent efficacement les populations de pucerons. Les fournisseurs de semences sont maintenant en train de mettre au point des variétés résistantes.

Par ailleurs, au cours des deux dernières décennies, le nématode à kyste du soja a gagné du terrain en Ontario. Pour remédier à ce problème, les sélectionneurs ont créé des variétés de soja résistantes pour presque tous les groupes de maturité cultivés dans cette province, ce qui permet aux cultivateurs de maintenir la productivité malgré la présence de ce ravageur.

Enfin, la lutte contre les maladies du soja au moyen de fongicides était une technique généralement inconnue il y a une vingtaine d’années. Toutefois, les producteurs peuvent maintenant avoir recours à des fongicides foliaires pour lutter contre la moisissure blanche, la maladie la plus dommageable pour le soja en Ontario.

Propriétés facilitant la lutte contre les mauvaises herbes

Lorsque le soja résistant au glyphosate a été introduit, en 1996, il s’agissait d’une « technologie révolutionnaire », rappelle M. Harwood. Cette variété a contribué à améliorer la lutte contre les mauvaises herbes dans d’autres cultures en réduisant les résidus de graines de mauvaises herbes et en luttant contre les mauvaises herbes vivaces et bisannuelles.

Aujourd’hui, en réaction à l’avènement de mauvaises herbes résistantes au glyphosate, un nouvel ensemble d’outils permettra de lutter contre la majorité de ces espèces grâce à de nouvelles variétés de soja possédant des caractères empilés. On compte entre autres sur des variétés tolérantes au glyphosate et au dicamba, et sur des variétés tolérantes au glyphosate et au 2.4-D, pour lutter contre la résistance de la vergerette du Canada, de la grande herbe à poux et même de la petite herbe à poux.

« On continue d’accomplir beaucoup de travail de développement dans les coulisses, conclut M. McClure de Syngenta. Des variétés en attente d’approbation qui possèdent ces nouvelles propriétés sont prêtes à être semées.»

D'après un article de l'AgriSuccès (mars/avril 2016) d'Owen Roberts (@TheUrbanCowboy).