Sommes-nous en train de crier victoire trop vite?

En regardant le repli des prix à la bourse, on pourrait croire que la récolte américaine est en bonne posture, mais est-ce vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué?

Les semis sont de plus en plus loin derrière – on est déjà dans les arrosages, le soleil brille, ça sent le foin coupé dehors, et on accumule les unités thermiques pendant que les voitures de course de la Formule 1 font vibrer la ville. Le temps de le dire, ce sera les congés de la St-Jean au Québec et de la fête du Canada. Ça avance vite, mais la saison est encore jeune. En regardant le repli des prix à la bourse, on pourrait croire que la récolte américaine est en bonne posture, mais est-ce vendre la peau
de l’ours avant de l’avoir tué? Explorons.

Saisonnalité

C’est quoi ça la saisonnalité? On définit le caractère saisonnier, périodique d’une saison, un trimestre, un mois ou une année d’un événement. Par exemple, attraper un rhume entre Noël et le Nouvel An pour moi c’est un classique. Ou les allergies au mois d’août. Je pense que vous comprenez le principe. L’évolution des cours du maïs à la bourse de Chicago c’est aussi très saisonnier, car on remarque une forte tendance à atteindre des sommets durant l’été, puis un repli à l’automne. C’est assez logique, l’incertitude sur les rendements et la taille de la récolte engendre bien souvent une hausse de prix et quand la récolte semble être hors de danger les cours chutent, parfois rapidement. Le mouvement me fait étrangement penser à une montagne russe. On s’installe dans le wagon, on met la ceinture, clic-clac, allons-y c’est un départ. On roule doucement, le wagon grimpe tranquillement et on s’élève petit à petit jusqu’à temps d’arriver au sommet – et on dirait que le temps s’arrête une seconde – et puis bang on s’élance dans une pente effrénée qui nous fait passer par toute sorte d’émotions! Jusqu’à maintenant, les sommets du contrat de maïs à l’automne sont au mois de mai à 4,27 $/boiss. et c’est très hâtif si on compare avec les dernières années.

Facteurs fondamentaux

Atteindre un sommet au mois de mai alors que l’été est encore devant nous c’est un peu hâtif effectivement. Beaucoup de choses peuvent se passer d’ici l’automne! Par contre, il ne faut pas négliger l’état des cultures actuel qui est très solide. Malgré un printemps un peu tardif et des retards dans les semis, les cultivateurs américains ont tout de même été capables de semer dans les temps, l’émergence est très belle et la qualité des cultures est phénoménale jusqu’à présent. Donc oui, ça peut changer, mais jusqu’à maintenant ça va très bien! Les cartes météo sont aussi très clémentes pour les cultures avec des précipitations propices sur l’ensemble du territoire. Le département de l’Agriculture des États-Unis (USDA) mettra à jour ses bilans de l’offre et de la demande dans les prochaines semaines et présentera une révision des superficies ensemencées. 

En conclusion

Il reste encore beaucoup de risque et d’événement qui ferait varier le prix des récoltes d’ici l’automne. L’été est encore jeune, le maïs est à peine aux hanches et les fèves percent tout juste le sol. Cartes météos, discussion sur les rendements, bilans USDA, ententes commerciales entre les États-Unis et le monde entier, et d’autres facteurs reviendront influencer le prix dans les prochaines semaines. Peut-être qu’à ce moment-là la situation sur les stocks pourrait changer, mais je n’en ferais pas la pièce maîtresse de mon plan de mise en marché. Coût de production, rentabilité et discipline! Espérer, fermer les yeux et serrer les dents n’est pas une stratégie viable à long terme. 


Diplômé de l’École des Hautes Études Commerciales à Montréal, Simon Briere est spécialisé dans la gestion de risque et des produits dérivés sur les matières premières agricoles ainsi que les taux de change. Depuis 2008, il a su développer des compétences précises dans le secteur agroalimentaire allant du producteur à l’utilisateur final. Amené à interagir avec différentes organisations, Simon contribue continuellement au développement et au rayonnement de l’industrie en tant que conférencier. Maintenant chez R.J. O’Brien & Associés Canada, il offre un service de gestion de risque intégré, cohérent et discipliné au profit de ses partenaires. Dans ses temps libres, Simon est un redoutable joueur de hockey en hiver et de baseball en été.

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