Nouvel emplacement, nouveaux débouchés

Aperçu

  • Godfrey et Beverley sont partis de l'Alberta pour s'installer en Nouvelle-Écosse et ils ont dû apprendre de nouvelles stratégies de commercialisation
  • Chris et Kyla ont quitté la ferme laitière familiale multigénérationnelle pour aller pratiquer l'agriculture dans le nord de l'Ontario à la recherche de terres plus abordables
  • Terry et Bonnie, Jeunes agriculteurs d'élite de la Colombie-Britannique en 1997, ont vendu leur exploitation laitière et ont acheté des terres en Saskatchewan à même leurs liquidités

De l'Alberta au Canada atlantique

Seulement huit ans après s’être installés à Canning, en Nouvelle-Écosse, Godfrey et Beverley Poyser, ainsi que leur cadet Thomas, leur fille Leonie et leur gendre Chris de Waal, ont imposé Getaway Farms, un élevage de bovins qui vend directement aux consommateurs, comme l’un des plus fructueux au pays. En plus d’être des locataires clés au Seaport Farmers Market de Halifax, les Poyser approvisionnent et exploitent également deux boucheries florissantes ouvertes toute la journée qui emploient 20 personnes.

Godfrey Poyser avait peiné à maintenir ses activités de semi-finition de bovins en Alberta après la crise de l’ESB. À contrecœur, il a quitté cette industrie pour démarrer un petit parc d’autos d’occasion en 2007.

« Ma fille Leonie voyait à quel point j’étais malheureux et m’a suggéré de me remettre à l’agriculture, relate M. Poyser. Elle a publié une annonce “ferme recherchée” sur Kijiji, et un éleveur de bovins de Canning a communiqué avec nous. »

« Nous nous y sommes rendus en avion pour jeter un coup d’œil à la propriété, mais notre première impression n’a pas été très positive », confie M. Poyser. Le brouillard était si épais qu’il n’y voyait absolument rien, et la maison avait besoin de rénovations. Toutefois, ils ont décidé de faire une dernière visite avant la fin de leur voyage de 10 jours en Nouvelle-Écosse. Cette fois, les conditions météorologiques favorables leur ont permis d’admirer les paysages spectaculaires de la vallée de l’Annapolis et de la baie de Fundy entourant la ferme.

En réalité, une ferme de cette taille n'est pas rentable à elle seule, explique M. de Waal. Cependant, on ouvre de nouveaux débouchés grâce à l'intégration verticale et en vendant notre production sans intermédiaire.

Malgré ces paysages à couper le souffle, l'exploitation d'élevage-naissage qui comptait 40 paires vache-veau n'était pas particulièrement attrayante. Toutefois, lorsque le propriétaire de l’époque a offert des participations dans le Seaport Farmers Market de Halifax pour bonifier l’offre, M. Poyser a décidé de se lancer.

« En réalité, une ferme de cette taille n’est pas rentable à elle seule, explique M. de Waal. Cependant, on ouvre de nouveaux débouchés grâce à l’intégration verticale et en vendant notre production sans intermédiaire. »

Le déménagement a été un changement radical, mais ce n’était rien comparé à l’apprentissage d’une nouvelle stratégie de commercialisation.

En Alberta, les Poyser vendaient leurs bovins à des parcs d’engraissement. En Nouvelle- Écosse, ils vendent leur bœuf directement aux consommateurs.

« Les gens rient quand je leur dis que je ne connaissais pas la différence entre une noix de ronde et un faux-filet à mes débuts, dit M. de Waal. Mais j’ai beaucoup lu et je me suis exercé en cuisine jusqu’à ce que je sois capable d’apprêter chaque partie d’un animal et de transmettre mes apprentissages aux clients. »

Les vastes terres du nord de l'Ontario

Tandis que les Poyser ont saisi de nouveaux débouchés dans l’Est, Chris et Kyla Riach ont quitté la ferme laitière familiale multigénérationnelle du comté d’Oxford, près de Woodstock, en Ontario, pour aller pratiquer l’agriculture dans le Nord. De bons amis à eux y avaient démarré une exploitation 13 ans auparavant et essayaient de les persuader de venir les rejoindre. Ainsi, lorsque leurs quatre enfants devenus adultes ont exprimé un intérêt pour l’agriculture, les Riach ont décidé d’aller explorer attentivement cette région. Ce qu’ils ont vu les a inspirés.

« Les terres sont plus abordables et les terres à vendre sont aussi très grandes, dit Mme Riach. Cette région compte d’innombrables propriétés agricoles que des gens habitent, mais qu’ils n’exploitent plus depuis des années. »

Les Riach ont acheté une ferme de 450 acres à Matheson, en Ontario, à 800 kilomètres au nord de Woodstock. Des milliers de bovins étaient élevés dans cette région avant la crise de l’ESB.

« Beaucoup de nos voisins ont 70 ans et plus, souligne M. Riach. Quand nous les croisons, ils nous disent que leur ferme serait peut-être à vendre, ou nous demandent si nous pourrions couper le foin sur leur terre.“Gardez le foin”, nous disent-ils. Donc, en plus de nos 450 acres, nous avons accès à 650 acres supplémentaires où nous pouvons couper du foin. »

Les Riach envisagent d’accueillir leurs premiers bovins dès qu’ils auront terminé d’installer des clôtures et comptent élever 200 paires vache-veau d’ici les cinq prochaines années.

L'esprit agricole de la Saskatchewan

Terry et Bonnie Ludwig dirigeaient avec succès une exploitation laitière comptant 260 vaches de race Holstein sur l’île de Vancouver et ont été nommés « Jeunes agriculteurs d’élite » de la Colombie-Britannique en 1997. S’ils adoraient le mode de vie dans une ferme laitière, leurs enfants et les conjoints de ceux-ci ne s’y plaisaient pas.

Ainsi, après de longues discussions en famille, le couple a vendu ses vaches, son quota et une partie de sa terre en 2010 pour aider la génération suivante à démarrer une entreprise horticole, une fabrique de vin de fruits primée, un atelier d’ébénisterie sur mesure et un rucher.

Dès 2012, les entreprises de la jeune génération connaissaient un franc succès, mais les parents Ludwig se trouvaient devant un dilemme. Comme ils n’étaient pas prêts à prendre leur retraite, ils ont décidé de revenir à leurs anciens amours : l’exploitation d’une ferme laitière. Ils ont acheté une ferme de 100 vaches laitières à Delisle, en Saskatchewan.

« En un mot, nous sommes venus en Saskatchewan pour saisir une occasion, raconte Mme Ludwig. Les vaches ont toujours été notre passion à Terry et à moi, mais il n’y avait aucune possibilité en Colombie-Britannique ou en Alberta, et nous n’aurions jamais pu acheter une ferme laitière à même nos liquidités comme nous l’avons fait ici. L’esprit agricole en Saskatchewan est aussi différent. Il est fantastique de se trouver dans une province où tout le monde exerce une activité liée à l’agriculture et comprend cette industrie. Le seul bémol est que tous nos enfants et petits-enfants sont restés sur l’île de Vancouver. »

Depuis qu’ils ont acheté cette ferme, Terry et Bonnie Ludwig ont fait construire une nouvelle salle de traite et ont pris de l’expansion. Ils possèdent maintenant 150 vaches laitières et n’envisagent pas de prendre leur retraite de sitôt.

D'après un article de l'AgriSuccès (novembre 2017) de Lorne McClinton