Dans la famille depuis onze générations

Photo gracieusement fournie par christianblais.com

L’histoire de transfert de la famille Langlois a commencé en 1667. Onze générations plus tard, la famille perpétue la tradition qui veut que la ferme soit transmise par don à la prochaine génération.

La route qui longe le fleuve Saint-Laurent, du côté nord, entre Montréal et Québec, se nomme le « Chemin du Roy ». Construite à l’époque du Régime français, ce fut la toute première route de la colonie.

En 1667, un dénommé Nicolas Langlois acquit une terre située le long de celle-ci, à Neuville pour être précis. Peu après, il maria une fille du Roy, Elizabeth Crêtel, avec qui il eut dix enfants. Au terme de leur vie, ils transmirent leur terre à leurs enfants.

Depuis, les générations se sont succédé et si vous passez par Neuville, vous découvrirez que la ferme existe encore. Elle appartient maintenant à Médé et Daniel Langlois. Les deux frères constituent la onzième génération à l’exploiter.

La ferme s’étend maintenant sur 300 acres consacrés à la fois aux cultures maraîchères et aux grandes cultures. Une étable abrite quelque 40 vaches laitières. En bordure de la route, un bâtiment multifonctionnel accueille les clients et les visiteurs. Des étals de légumes frais s’y déploient. Une boutique offre divers produits préparés dans une cuisine de transformation située à l’arrière. À divers endroits, des affiches racontent l’histoire exceptionnelle de cette ferme et expliquent comment on y cultive et transforme les légumes.

Le transfert de la ferme s’est fait de façon graduelle. En 1989, quand Daniel est revenu travailler sur la ferme, diplôme en poche, ses parents – Fernand et Murielle – lui ont cédé 20 pour cent des parts. Médé est revenu à son tour en 1994 et quelques années plus tard, ceux-ci se sont départis de la totalité des parts, les partageant moitié-moitié entre les deux frères. Un bon matin, raconte Médé, notre père nous a dit : « Les gars, vous vous entendez bien ensemble. On vous donne nos parts pour que vous soyez 50-50 ».

Un transfert par don

Un aspect qui distingue ce transfert, c’est que les parents ont fait entièrement don de la ferme à leurs enfants. Un don n’a rien d’exceptionnel en agriculture, mais il se limite généralement à une partie de la valeur de la ferme. Les parties s’entendent sur un prix de vente qui comblera les besoins financiers des parents pendant leur retraite tout en permettant à la relève de rembourser ses emprunts et de couvrir son coût de vie.

Si Murielle et Fernand ont pu réaliser un don complet, c’est qu’ils peuvent compter sur leurs rentes et sur le travail qu’ils continuent d’effectuer à la ferme (sans toutefois toucher de rémunération fixe).

« Et puis, si nous avions besoin de mille dollars demain matin, c’est évident que la ferme nous les donnerait », lance Fernand.

Pour tout dire, ils n’ont jamais envisagé de céder la ferme autrement que par don. Question de principe. « Notre famille exploite cette terre depuis 350 ans et elle ne s’est jamais vendue d’une génération à l’autre, elle s’est toujours transmise par don », dit fièrement Fernand.

Célébrer l’histoire familiale

Sa longue histoire, la famille Langlois en a fait la colonne vertébrale de sa mise en marché. Ainsi, c’est à force de devoir la raconter aux clients du magasin que Médé a eu l’idée d’aménager un « économusée ». On appelle ainsi une entreprise qui met en valeur le savoir-faire d’un artisan. D’où les affiches, photos et outils bien en évidence à travers les étals.

Leur économusée est dédié à l’histoire de la ferme, à la conserverie, ainsi qu’à la culture du maïs. Parlant de maïs, soulignons que celui produit à Neuville a la réputation d’être le meilleur au Québec. Il bénéficie d’ailleurs d’une indication géographique protégée.

Photo gracieusement fournie par André Piette.
Nathalie dispose les fruits en conserve à l'avant du magasin. 

Autre particularité de la ferme : le maïs sucré ainsi que les autres légumes produits sur la soixantaine d’acres qui leur sont réservés sont tous vendus sur place. Ceux qui restent sur les étals en fin de journée seront transformés, en sauce ou en conserve, par Murielle et son équipe.

La ferme peut compter sur une clientèle fidèle ainsi que sur les nombreux touristes qui empruntent le Chemin du Roy. La proximité de la Ville de Québec constitue également un atout précieux.

Les dernières années ont vu la famille Langlois accroître leurs superficies en culture et multiplier les projets de développement.

« Notre priorité, c’est maintenant de devenir plus efficaces au champ », indique Médé, qui ajoute, sourire en coin : « On veut aussi faire baisser la pression du côté de l’endettement. »

Le capital humain, c’est le plus important

Céline Lafortune
Conseillère en transfert d'entreprise

Céline Lafortune œuvre comme conseillère en transfert d’entreprise au sein de l’agence de développement Lanaudière Économique. En 13 ans, elle a accompagné des propriétaires d’exploitation de toute taille et de toute spécialité.

« C’est normal de se préoccuper de fiscalité, précise-t-elle. Il existe des outils fiscaux qu’on peut utiliser pour que le transfert s’avère le plus avantageux possible pour les deux parties. De par les lois et les structures, un producteur qui cède sa ferme en tout ou en partie n’a pas le choix de passer non seulement par un fiscaliste, mais aussi par un comptable, un notaire et, à la limite, un conseiller en financement. »

Ce qu’on a le plus tendance à oublier, signale la conseillère, c’est l’aspect humain. Comme la préparation des cédants au transfert de leur entreprise. « Dès le départ, juge-t-elle, ils ont intérêt à déterminer à quel moment ils souhaitent réaliser le transfert, ce qu’ils veulent faire après et de combien d’argent ils auront besoin pour vivre. »

Souvent, le scénario envisagé repose sur un transfert graduel de l’entreprise et donc, sur la cogestion.

Mme Lafortune suggère donc aussi de porter une attention particulière au transfert des responsabilités.

« C’est un aspect qui gagne à être planifié, ne serait-ce que pour que la relève puisse développer sa capacité entrepreneuriale », croit-elle.

Autre facteur crucial pour le succès d’un transfert : le partage d’une vision du développement de l’entreprise.

« Souvent, les jeunes arrivent des projets plein la tête alors que les cédants n’ont pas nécessairement le goût de se lancer dans de grands projets et d’y mettre des millions », rapporte la conseillère.

D’après un article de l’AgriSuccès (mars 2018) d’André Piette.


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