Quand la nervosité des marchés monte d’un cran

Analyse du marché

Aperçu

  • Ce sera à nouveau le soya qui aura la faveur des producteurs ce printemps
  • Un producteur court actuellement beaucoup moins de risques de se faire surprendre par un brusque revirement des prix qu’il n’en court au printemps
  • La clé pour avoir du succès au cours de cette période plus nerveuse et risquée : avoir des objectifs de vente clairs, et surtout, les respecter

À peine avons-nous eu le temps de finir de digérer la tourtière du jour de l’An que se dessine déjà à l’horizon une autre saison. Plus que deux mois, et les semoirs se mettront à quadriller les champs, les producteurs rêvant d’une autre année de récoltes records pour renflouer les coffres l’automne prochain. Mais, du côté des marchés, le printemps n’a pas encore laissé poindre son nez qu’un premier souffle de nervosité flotte déjà dans l’air. Que sèmeront les producteurs, et surtout, quelles seront les conditions météorologiques cette année?

Dans le premier cas, plusieurs chroniques et analyses ont été présentées sur le sujet ces dernières semaines. On peut jouer avec les virgules, mais à moins d’un revirement spectaculaire, ce sera à nouveau le soya qui aura la faveur des producteurs ce printemps. Cette année, ceux-ci cultiveront plus de soya et moins de maïs et de blé. C’est vrai aux États-Unis, mais très certainement aussi au Canada, en Ontario et au Québec.

Le printemps n’est pas nécessairement le meilleur moment pour réfléchir à vos objectifs de vente, alors pourquoi ne pas prévoir le coup cette année?

Ainsi, qui dit continuité de la croissance de la production de soya à des niveaux records sous-entend aussi que, tôt ou tard, les consommateurs ne parviendront plus à absorber une offre excessive de fèves. Par défaut, tranquillement, les perspectives pour le marché du soya s’alourdissent.

À l’opposé, le désintérêt des producteurs pour le maïs, mais encore plus pour le blé, joue en leur faveur. Suivant la même logique que pour le soya, le manque d’intérêt des producteurs à semer du maïs et du blé expose les consommateurs à un plus grand risque, advenant de mauvaises récoltes l’automne prochain, éventualité qui ferait bondir les prix.

Sachant que la demande est au rendez-vous cette année tant pour le soya que pour le maïs et le blé, une situation plus explosive se dessine à l’horizon. Si nous disposons froidement les pièces du casse-tête sur la table, contrairement aux deux dernières années, nous avons un risque bien réel de voir l’offre de grains se resserrer brusquement, surtout si la météo ne collabore pas ce printemps.

D’ordinaire, le printemps est une période de forte volatilité des prix. Pour les néophytes, qu’est-ce que la volatilité? Il s’agit très simplement de l’importance de la variation des prix au cours d’une période donnée.

Par exemple, à ce moment-ci de la saison, le prix du maïs à Chicago est généralement moins volatil; il tend à afficher quotidiennement de moins grandes variations. À l’opposé, au printemps, lorsque la nervosité des marchés est à son comble en raison des incertitudes entourant les conditions météorologiques et le résultat des prochaines récoltes, le prix du maïs a tendance à varier beaucoup plus quotidiennement à la bourse.

La volatilité est le reflet de la nervosité des marchés, mais aussi du niveau de risque qu’ils représentent. Un producteur court actuellement beaucoup moins de risques de se faire surprendre par un brusque revirement des prix qu’il n’en court au printemps. Par contre, l’avantage d’un marché volatil est qu’il offre plus de chances de voir les prix grimper beaucoup plus rapidement. Habituellement, sur les marchés de grains, c’est le cas au printemps.

Ainsi, dans le contexte actuel où la demande en grains augmente, et où les producteurs délaissent le maïs et le blé au profit du soya, les marchés seront particulièrement « volatils » ce printemps. Les producteurs devront garder à l’esprit que de mauvaises conditions météorologiques peuvent très bien menacer sérieusement l’équilibre entre l’offre et la demande, en particulier dans les cas du maïs et du blé.

Pour les producteurs, après plusieurs mois décevants sur le plan des prix, cette éventualité laisse poindre la possibilité d’obtenir enfin de meilleurs prix d’ici peu. La clé du succès au cours de cette période plus nerveuse risquée : avoir des objectifs de vente clairs, et surtout, les respecter. Pour les producteurs, le printemps n’est pas nécessairement le meilleur moment pour réfléchir à leurs objectifs de vente, alors pourquoi ne pas prévoir le coup cette année?

Jean-Philippe Boucher agr., MBA, est consultant en mise en marché des grains, fondateur du site Grainwiz, de l’hebdomadaire des marchés agricoles (LFMA) et co-fondateur de la Tournée des Grandes Cultures du Québec. Il est également chroniqueur et blogueur pour le Bulletin des agriculteurs, formateur et conférencier. Pour le rejoindre: jpboucher@grainwiz.com.

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