Perspectives agricoles des grains et oléagineux pour 2017

Analyse du marché

Aperçu

  • Hausse des superficies ensemencées de 83,4 à 88 millions d'acres
  • Si les conditions météorologiques sont favorables, les volumes disponibles de maïs et de blé resteront importants
  • Dans le cas du soja, les projections sont un peu plus intéressantes

Chaque année, à la fin février, le département de l'Agriculture des États-Unis (USDA) organise un événement qui retient l'attention des marchés : le forum des perspectives agricoles (Agricultural Outlook Forum). Pendant cette activité de deux jours, les économistes du USDA présentent ce qu'ils entrevoient comme contexte pour différents produits agricoles : grains et oléagineux, porc, bœuf, volaille et produits laitiers.

En février, très peu de nouvelles fraîches alimentent les marchés, à l'exception de ce qui se passe en Amérique du Sud. Ce forum capte bien souvent l'attention des marchés. Pour ce qui est des grains, on y apprend ce qui sera semé aux États-Unis au printemps, et ce que pourrait être le bilan de l'offre et de la demande pour la prochaine année.

L'équilibre entre l'offre et la demande tend à se resserrer, ce qui laisse croire que les prix des grains auraient bel et bien atteint des creux définitifs ces dernières années.

Sans grande surprise, pour 2017, les économistes du USDA entrevoient une hausse des superficies ensemencées en soja de 83,4 à 88 millions d'acres. À l'opposé, les superficies en maïs et en blé devraient diminuer respectivement
de 94 à 90 millions d'acres et de 50,2 à 46 millions d'acres. Une question se pose d'ores et déjà : est-ce que ces premières projections tiennent la route? Est-ce qu'en fin d'année, les résultats obtenus corroborent ce qui était prévu?

Essentiellement, la réponse est non. Si on analyse les résultats obtenus depuis dix ans, on constate qu'il y a autant de chances de voir les superficies officiellement ensemencées aux États-Unis être plus élevées ou plus faibles que les prévisions présentées pendant le forum. Si on examine le graphique de plus près, on constate que six années sur dix, les superficies en maïs et en blé ont été inférieures aux prévisions, et que six années sur dix, les superficies en soja ont été supérieures aux prévisions.

Est-ce que les économistes du USDA font en réalité un exercice dénué de sens? Pas du tout. L'objectif des économistes est de poser un regard très large sur ce qui se dessine à l'horizon sans rechercher avec une précision absolue ce que seront les résultats finaux réels. On utilise ici les informations obtenues pour commencer à entrevoir ce que devrait être la situation dans un an.

Ainsi, dans le cas du maïs et du blé, ces projections tendent surtout à confirmer l'idée que oui, il faut s'attendre à ce que l'offre de ces grains se resserre aux États-Unis l'an prochain. Mais, si les conditions météorologiques sont favorables cette année, les volumes disponibles resteront importants.

Dans le cas du soja, les projections sont un peu plus intéressantes. À défaut de prévoir le temps qu'il fera ce printemps, les économistes du USDA entrevoient que les ensemencements records devraient malgré tout se traduire par un bilan d'offre et de demande comparable à celui de cette année. Autrement dit, les producteurs américains en cultiveront plus, mais comme un rendement moyen et une bonne consommation se profilent à l'horizon, la disponibilité de soja l'an prochain sera comparable à celle que nous observons aux États-Unis cette année.

Après la présentation de ces projections, à la fin février, les marchés ont conclu que, si tout va bien et que la météo collabore, nous pourrions à nouveau composer l'automne prochain avec de bonnes quantités de grains disponibles. Les prix devraient ainsi reculer.

À mon avis, voici ce qu'il faut retenir.

Effectivement, si tout va pour le mieux, les consommateurs ne manqueront pas de grains l'an prochain. Par contre, je me réjouis de voir l'offre de maïs et de blé se resserrer tranquillement après plusieurs années d'augmentation. Je me réjouis aussi de constater que la demande de soja ne semble pas diminuer. Dans les deux cas, bien qu'il s'agisse de projections à long terme à prendre avec réserve, je constate que le vent tourne tranquillement. L'équilibre entre l'offre et la demande tend à se resserrer, ce qui laisse croire que les prix des grains auraient bel et bien atteint des creux définitifs ces dernières années. Selon ce que nous réserve dame nature ce printemps, nous verrons si les prix bondiront cette année…

Jean-Philippe Boucher agr., MBA, est consultant en mise en marché des grains, fondateur du site Grainwiz, de l’hebdomadaire des marchés agricoles (LFMA) et co-fondateur de la Tournée des Grandes Cultures du Québec. Il est également chroniqueur et blogueur pour le Bulletin des agriculteurs, formateur et conférencier. Pour le rejoindre: jpboucher@grainwiz.com.