Pas mauvais comme début d’année pour les prix des grains

Analyse du marché

Aperçu

  • Comparer plutôt le pourcentage d’écart du prix des grains d’un mois donné avec celui du même mois de l’année précédente
  • Si on réalise l’exercice sur les prix à Chicago, le résultat est assez intéressant
  • Jusqu’à présent, l’année en cours propose un portrait bien différent des dernières années

Nous avons souvent tendance à comparer mentalement nos prix sur la base de leur « valeur », des chiffres qui nous interpellent.

Par exemple, dans le maïs, nous pouvons comparer au Québec le montant de 190 à 200 $ la tonne que nous avons actuellement avec ce que nous nous rappelons avoir vu de mieux dans la dernière année, soit de 215 à 225 $ la tonne et peut-être même plus. À Chicago, nous aurons de la même manière tendance à nous rappeler qu’autour
de 3,75 $ US/boisseau en ce moment, le maïs ne fait pas si bonne figure par rapport au 4,20 à 4,40 $ US/boisseau que nous avons observé à un certain moment en 2016. Bref, on peut faire mieux…

Pour remettre les pendules à l’heure, pourquoi ne pas comparer plutôt le pourcentage d’écart d’un mois donné avec celui du même mois de l’année précédente? Par exemple, le prix moyen de février de cette année avec celui de février l’an dernier. Si on réalise l’exercice sur les prix à Chicago pour chaque mois de l’année, le résultat est assez intéressant.

Si les prix avaient pour habitude de s’effriter suivant les récoltes, cette année, c’est tout le contraire.

On peut ici tirer de multiples conclusions de ces graphiques, mais ce qui saute aux yeux est que jusqu’à présent, l’année en cours propose un portrait bien différent des dernières années. Si les prix avaient pour habitude de s’effriter suivant les récoltes, cette année, c’est tout le contraire :  

  • Après avoir atteint un creux et s’être enfoncé sous les niveaux des dernières années à la récolte, le prix du maïs à Chicago a sérieusement repris du poil de la bête depuis. Tant et si bien en fait qu’il affiche maintenant un début de progression de sa valeur par rapport à l’an dernier et la moyenne sur cinq ans.
  • Le marché du soya à Chicago avait déjà le vent dans les voiles à la récolte, proposant une nette avance par rapport aux dernières années. Et pour l’instant, tout indique qu’il continue de gagner, mois après mois, du terrain, ce qui n’aura pas été d’usage depuis plusieurs années.
  • Le marché du blé de printemps à Minneapolis n’est pas en reste. Après avoir hésité suivant la récolte au début de l’automne, il a depuis rapidement repris de la vigueur. Encore une fois, cette progression de prix comparativement aux dernières années n’est pas commune, reflétant pour l’instant une situation très positive.

On peut donc en toute connaissance de cause se demander pourquoi les prix des grains au Québec et en Ontario n’ont pas gagné du terrain comme ceux à Chicago?

Dans les faits, les acheteurs de grains n’ont pas eu matière à proposer davantage pour assurer leur approvisionnement, profitant toujours des retombées de bonnes récoltes à l’automne dernier, surtout au Québec. Autrement dit, si les marchés de référence à Chicago entrevoient déjà matière à s’inquiéter davantage, assez pour progresser, sur le plancher des vaches, cette inquiétude n’aura pas encore trouvé écho du côté des acheteurs locaux.

Pour la suite des choses, cela dépendra en grande partie, comme toujours, des conditions favorables pour les cultures cette année. Cependant, en comparant les prix de cette année avec ceux des dernières années, ce qu’on retient est que déjà, 2017 n’a pas fait les choses comme à l’habitude depuis cinq ans. La table est mise, il ne manque plus que l’étincelle du printemps. À suivre…

Jean-Philippe Boucher agr., MBA, est consultant en mise en marché des grains, fondateur du site Grainwiz, de l’hebdomadaire des marchés agricoles (LFMA) et co-fondateur de la Tournée des Grandes Cultures du Québec. Il est également chroniqueur et blogueur pour le Bulletin des agriculteurs, formateur et conférencier. Pour le rejoindre: jpboucher@grainwiz.com.