Conseils d’experts en agriculture biologique pour conquérir ce secteur dynamique

L’annonce d’une aide sans précédent de 12 millions de dollars du gouvernement fédéral et de l’industrie pour la recherche et le développement en agriculture biologique, à la fin de l’été, a ouvert la voie à de nouvelles possibilités pour les producteurs biologiques.

Envisagez-vous de passer à l’agriculture biologique? Une aide financière récente pour la recherche laisse entrevoir un avenir prometteur pour cette industrie. Des experts en agriculture biologique offrent des conseils en matière de production.

Cet investissement devrait aider les producteurs à améliorer leur gestion à la ferme en vue de répondre à l’intérêt croissant du marché national et des marchés d’exportation pour les aliments biologiques d’ici.

Les producteurs se demandent maintenant comment ils peuvent se préparer à profiter d’un secteur toujours plus dynamique et axé sur la recherche.

Selon Joel Aitken, conseiller en production biologique, il faut d’abord comprendre le marché actuel et les secteurs de croissance, qui sont en plein essor.

« Les milléniaux, ainsi que des gens de toutes les tranches de revenu et de tous les niveaux de scolarité, achètent beaucoup de produits biologiques, alors il semble que la demande n’ira qu’en augmentant, dit M. Aitken. À mesure que le secteur canadien des produits biologiques se développe, la demande intérieure s’accroît, et l’offre nationale d’à peu près tous les produits est insuffisante. »

Prix nettement plus élevés

Selon Pivot and Grow, un programme de la Prairie Organic Grain Initiative, les prix des produits biologiques peuvent être nettement plus élevés que ceux des produits ordinaires.

Par exemple, en septembre, les prix des quelque 20 céréales biologiques produites dans les Prairies canadiennes, à l’exception d’une seule, dépassaient d’au moins 100 % les prix de leur équivalent non biologique.

Dans certains cas, l’écart était exceptionnel. À 98 cents la livre, le prix des lentilles noires biologiques était supérieur de 582 % au prix des lentilles noires ordinaires.

Le prix du lin doré biologique (38 $ le boisseau) était supérieur de 304 % au prix du lin doré ordinaire. Le prix du blé dur biologique (19,25 $ le boisseau) était supérieur de 335 % au prix du blé dur ordinaire. Et les prix du soya biologique, selon qu’il était de qualité fourragère ou alimentaire, étaient supérieurs de 200 à 300 % aux prix du soya non biologique dans les Prairies et en Ontario.

Argument commercial en faveur des cultures biologiques

« Sur le plan commercial, la demande vigoureuse et la rentabilité sont assez constantes », souligne Rob Wallbridge, spécialiste en agriculture biologique de la société Thompsons Limited.

La production biologique est aussi en nette progression dans l’Est du Canada, qu’il s’agisse de cultures visant à remplacer les importations comme le maïs et le soya biologiques ou de légumes biologiques destinés à la transformation.

M. Wallbridge indique que l’évolution des méthodes de désherbage mécanique et des technologies associées au travail réduit du sol, conjuguée à l’introduction de nouveaux amendements du sol et de nouveaux intrants biologiques, procure aux producteurs biologiques des solutions de gestion plus efficaces que jamais.

À plus petite échelle, il mentionne les producteurs qui font l’essai de cultures créneaux comme le tournesol, le lin et la caméline, ou encore l’orge brassicole et le houblon.

La demande de bétail biologique stimule la croissance du secteur de l’alimentation animale

Le conseiller en production biologique Joel Aitken constate aussi un essor des marchés des légumes de transformation, des raisins de cuve, des porcs et de la volaille biologiques.

« L’intensification de l’élevage entraîne un énorme besoin de céréales fourragères, et pas seulement du maïs et du soya, dit M. Aitken. Certains producteurs trient leurs cultures pour en vendre la meilleure portion au marché de l’alimentation humaine, et ils obtiennent tout de même de très bons prix pour les criblures qu’ils vendent sur le marché de l’alimentation animale. »

Alors, à quoi les producteurs qui envisagent de passer au biologique peuvent-ils s’attendre?

La production biologique exige un suivi plus rigoureux

Selon M. Wallbridge, il faut s’attendre à effectuer un suivi plus rigoureux de presque chaque aspect de l’exploitation.

Par exemple, le facteur temps en production biologique est de la plus haute importance, et ce, des semis à la récolte en passant par le désherbage; ainsi, la surveillance des conditions au champ est cruciale.

Malheureusement, les données fiables et les mécanismes de détermination des prix sont rares. De ce fait, la commercialisation demande plus d’effort. M. Wallbridge indique que la création d’un plan qui tient compte des besoins en matière d’équipement et de fertilité au cours d’une rotation de trois ou quatre ans est une bonne façon d’amorcer le processus de transition.

La conformité à la norme biologique demande du travail

Laura Northey, directrice des communications et des services aux membres du Conseil biologique de l’Ontario, recommande vivement aux producteurs de lire et de comprendre la Norme biologique canadienne ainsi que son incidence sur leur exploitation, ou d’embaucher un conseiller pour s’assurer qu’ils sont conformes.

Un cas de contamination accidentelle, c’est-à-dire lorsqu’une exploitation s’écarte de la norme biologique, peut être difficile à corriger, ajoute-t-elle, mais il est habituellement tout à fait possible de l’éviter.

Mme Northey suggère aux producteurs de communiquer régulièrement avec des associations de producteurs biologiques de leur province ou de leur région, ainsi qu’avec Cultivons Biologique Canada. La plupart de ces organismes offrent des cours et des webinaires qui favorisent la réussite des producteurs biologiques.

Elle leur conseille aussi de garder à l’esprit la diversité.

« La diversité n’est pas qu’un principe d’écologie qui a un effet positif sur les écosystèmes; c’est aussi une stratégie judicieuse du point de vue des affaires, dit-elle. En effet, la diversification de vos cultures permet d’éviter la catastrophe en cas de mauvaise récolte. »

En conclusion

L’offre, la demande et la mobilisation des connaissances œuvrent en faveur des producteurs qui envisagent de passer à l’agriculture biologique.

Article par : Owen Roberts