Atténuer le risque en optant pour des prêts à taux fixe

La perspective d’une baisse du taux d’intérêt par la Banque du Canada d’ici la fin de l’année fait diminuer les taux fixes, ce qui constitue une bonne nouvelle pour les producteurs agricoles.

« Je pense qu’il s’agit d’une bonne occasion de bloquer les taux et d’écarter l’incertitude pendant un certain temps », dit Jean-Philippe Gervais, vice-président et économiste agricole en chef à Financement agricole Canada.

« C’est une occasion en or [...] parce qu’elle permet aux producteurs de réduire leur risque », ajoute Lance Stockbrugger, agriculteur et comptable agréé.

N’attendez pas

L’écart entre taux variables et taux fixes s’est grandement rétréci; de fait, les taux fixes et les taux variables sont actuellement presque à parité, indique M. Gervais.

Un producteur qui attend que la Banque du Canada abaisse les taux pourrait certes profiter de taux variables encore plus bas. Mais cette décision s’accompagne du risque que la banque centrale laisse sa politique inchangée ou que les taux finissent par remonter.

« À mon sens, la question n’est pas de savoir quel pourrait être le taux le plus bas, mais plutôt le prix à payer pour atténuer le risque d’une hausse de taux, explique M. Gervais. En ce moment, le prix à payer pour bloquer un taux et atténuer le risque financier est assez bas. »

Certitude

M. Stockbrugger admet que la baisse des taux fixes n’est pas à négliger.

« Dans la conjoncture actuelle, de nouvelles baisses seraient peu probables », ajoute-t-il.

M. Stockbrugger et M. Gervais soulignent que les taux fixes actuels permettent aux producteurs d’établir avec certitude leurs intérêts débiteurs à long terme.

« En revanche, si les taux d’intérêt varient et augmentent, vos besoins de trésorerie vont grimper d’année en année », dit M. Stockbrugger.

Planification budgétaire

La certitude des taux facilite aussi la planification budgétaire, ce qui permet aux producteurs de prévoir leurs dépenses liées à leurs engagements, comme le paiement des intérêts et le remboursement de la dette.

Bloquer les taux d’intérêt sur la dette à long terme offre une certitude au chapitre des dépenses liées aux taux d’intérêt et facilite la planification budgétaire. Partagez sur Twitter

« Il sera beaucoup plus facile de planifier les achats d’immobilisations et les flux de trésorerie quotidiens », avance M. Stockbrugger.

Une partie de la dette des agriculteurs sera toujours variable étant donné qu’elle englobe leurs prêts d’exploitation. C’est la raison pour laquelle M. Stockbrugger conseille aux producteurs d’envisager sérieusement de bloquer à long terme les taux d’intérêt des prêts pour l’achat d’immobilisations, comme la terre et le matériel.

Endettement élevé

Les niveaux d’endettement sont très élevés. En effet, d’après des données récentes de Statistique Canada, la dette agricole canadienne a atteint un record de 106 milliards de dollars.

Les intérêts débiteurs ont atteint 593 millions de dollars en 2018, ce qui représente une hausse de 19,5 % sur un an, en raison de l’endettement accru et des taux d’intérêt plus élevés.

M. Gervais souligne qu’avec plus de 100 milliards de dollars en jeu, un léger changement aux taux d’intérêt par la Banque du Canada pourrait avoir des répercussions considérables, de l’ordre de centaines de millions de dollars d’intérêts débiteurs pour les exploitants agricoles.

En conclusion

La possibilité que la Banque du Canada abaisse les taux d’intérêt d’ici la fin de l’année fait diminuer les taux fixes, ce qui crée un contexte idéal pour bloquer les taux pendant qu’ils sont bas. Des experts conseillent aux producteurs de rechercher le prix qui atténue le mieux le risque d’une hausse de taux plutôt que de viser strictement le taux le plus bas.

Article par : Richard Kamchen