Les agriculteurs doivent eux aussi prendre soin de leur santé mentale

  • 30 déc. 2015
santé mentale

Aperçu

  • Il existe une corrélation directe entre le stress chronique et une multitude de troubles mentaux, notamment la dépression
  • Puisque les agriculteurs ne peuvent pas laisser leurs préoccupations derrière eux lorsqu'ils rentrent à la maison, ils font face à de nombreuses pressions au quotidien
  • Bien que les établissements de traitement ne soient pas toujours disponibles en régions rurales, les services de consultation en ligne deviennent de plus en plus populaires

L’agriculture est un mode de vie unique et très gratifiant. Toutefois, elle comporte aussi de nombreuses pressions, comme celles qui sont liées aux prix du marché, à l’endettement, à l’entretien et à la réparation des machines, aux conditions météorologiques et aux relations avec la famille. Et, contrairement à la majorité des travailleurs, les agriculteurs ne peuvent laisser leurs préoccupations derrière eux lorsqu’ils rentrent à la maison.

Le stress et la santé mentale

Nul besoin d’être un génie, ou un psychiatre, pour deviner les répercussions que des responsabilités aussi envahissantes peuvent avoir sur la santé mentale. De nombreuses études montrent qu’il existe une corrélation directe entre le stress chronique et une multitude de troubles de l’humeur, dont la dépression. Le stress chronique accroît aussi le risque d’être touché par différents troubles de santé, dont le diabète, les maladies du cœur, le cancer et l’affaiblissement du système immunitaire.

« Nul besoin d’être un génie, ou un psychiatre, pour deviner les répercussions que des responsabilités aussi envahissantes peuvent avoir sur la santé mentale. »

Le problème est que les agriculteurs ont la réputation d’être endurants et apprennent très jeunes à afficher un air courageux et à régler leurs problèmes.

« J’ai trompé bien des gens », confie Gerry Frieson, éminent agriculteur du Manitoba qui a lutté contre la dépression il y a une dizaine d’années et qui donne aujourd’hui des conférences et publie des écrits sur sa guérison.

« Avec le recul, je me rends compte que nous entretenons l’idée bien ancrée qu’en redoublant d’efforts, nous pouvons régler ces problèmes, qu’il s’agisse de difficultés financières ou de dépression. »

Or, il ne doit pas en être ainsi. Des campagnes de sensibilisation menées par divers intervenants du domaine des soins de santé mentale, par exemple, contribuent à mieux faire comprendre les problèmes de santé mentale et à dissiper les préjugés à leur égard. Par ailleurs, les méthodes de traitement ne cessent de s’améliorer, tout comme l’accès aux services et aux programmes de santé mentale.

« Chaque année, les problèmes de santé mentale touchent beaucoup plus de Canadiens que le cancer, le diabète et les troubles respiratoires combinés », souligne Mark Henick, gestionnaire de programme de l’organisme Mental Health Works, une filiale de l’un des plus anciens organismes de bienfaisance du Canada, l’Association canadienne pour la santé mentale.

Selon M. Henick, qui est devenu porte-parole en matière de santé mentale après qu’un passant l’a dissuadé de sauter du haut d’un pont du Cap-Breton à l’âge de 15 ans, la majorité des problèmes de santé mentale peuvent être traités.

« La difficulté pour beaucoup de gens, en particulier les hommes d’âge moyen et plus âgés, est de comprendre que les problèmes de santé mentale sont normaux, dit M. Henick. Ils sont moins susceptibles de demander de l’aide. »

Des services accessibles

Même si cette aide est plus facile d’accès pour les habitants des grandes villes, où se concentre la majorité des services de santé mentale, Internet supprime les distances pour les régions rurales. La Saskatchewan, par exemple, est la première et, à ce jour, la seule province canadienne à offrir un service de consultation en ligne aux personnes atteintes de dépression et d’anxiété : OnlineTherapyUser.ca.

Dirigé par Mme Heather Hadjistavropoulos, psychologue de l’Université de Regina, ce service gratuit comporte notamment un cours en cinq leçons sur l’amélioration du bien-être et sur les façons de régler les problèmes.

D'après un article de l'AgriSuccès (janvier/février 2016) de Mark Cardwell.