Meilleurs rendements, moins bons prix? Pas nécessairement...

Dans les dernières années, les cultures ont connu à plusieurs occasions des périodes plus difficiles en cours de saison : trop chaud, trop sec, début de saison trop humide, gel hâtif, etc.

Pour les prix des grains, ces occasions n’ont pas manqué de les faire bondir alors que les marchés se sont inquiétés de la possibilité de moins bonnes récoltes à l’automne. Ce fut d’ailleurs le cas cette année avec des conditions très chaudes et sèches en pleine pollinisation du maïs en juillet dernier, dans le Midwest.

Rendements au rendez-vous

Pourtant, malgré ces conditions adverses, on constate année après année que les rendements sont finalement au rendez-vous. En d’autres mots, on s’inquiète, on est nerveux, mais en bout de course, les rendements sont là et les récoltes dépassent les attentes.

Reflétant bien cette situation cette année dans le maïs, le Département de l’Agriculture des États-Unis (USDA) a réajusté le tir en octobre en révisant à la hausse le rendement moyen américain de 169,9 à 171,8 boisseaux/acre (10,66 à 10,78 tonnes/ha). Historiquement, après le niveau record de l’an dernier de 174,6 boisseaux/acre (10,96 tonnes/ha), il s’agit d’un second rendement record pour les producteurs américains. 

Peu importe les conditions météo

Peut-on conclure à partir d’ici que grâce aux nouvelles technologies et pratiques agricoles, les rendements sont de plus en plus imperméables aux mauvaises conditions météo?

Plusieurs analystes font le constat que les rendements sont plus imperméables à de mauvaises conditions météo. Les dernières années le confirment, ce qui n’empêche pas les prix des grains de s’apprécier.

Plusieurs analystes semblent le croire. Un coup d’œil aux données historiques des rendements américains tend par contre à le confirmer aussi.

 

En effet, un coup d’œil aux rendements américains obtenus depuis 1960 nous permet de constater qu’à partir du début des années 2000, moins d’années avec un fort recul du rendement (en rouge) ont été enregistrées que par les années passées. Entre 1960 et 2000, il y en a eu environ neuf, soit autour d’une année sur quatre. Depuis 2000, nous en avons eu deux, peut-être trois, donc maintenant davantage une année sur neuf.

Cette analyse reste sommaire. Mais, à tout le moins, on peut quand même en déduire que ça semble bien le cas : les rendements paraissent plus résilients aux mauvaises conditions météo que par le passé. Maintenant, est-ce que ceci peut avoir une incidence sur les prix des grains eux-mêmes? La question se pose.

Impact sur le prix des grains

À priori, les cultures qui sont moins « affectées » par de mauvaises conditions météo et qui proposent des récoltes plus abondantes ne sont pas une bonne chose pour les prix des grains.

Par contre, le fait que les rendements soient moins sujets à de mauvaises conditions météo ne devrait rien changer à la nervosité des marchés lorsque des problèmes surviennent. D’ailleurs, au cours des dernières années, nous avons vu les spéculateurs s’intéresser davantage aux marchés des produits agricoles à la bourse. 

Si on compare les variations de rendements obtenus dans le maïs américain avec les changements du prix du maïs lui-même à la bourse de Chicago, le résultat est plus frappant. Autant nous avons connu des années de fortes variations de rendement entre le début des années 80 et la fin des années 90 sans que le prix du maïs ait particulièrement changé, autant à partir de 2000, les rendements ont été plus « stables », ce qui n’a pas empêché le prix du maïs de bondir à des sommets très importants.

Pour les producteurs, ceci est une bonne nouvelle bien entendu. De meilleurs rendements peuvent se concilier avec des prix plus élevés pour leurs grains. Par contre, ceci repose sur deux facteurs clés. Le premier, les spéculateurs doivent être de la partie. Ce sont eux qui se montrent le plus nerveux lorsque les conditions météo se détériorent, et ce sont eux qui ont le plus la capacité de faire grimper rapidement les prix.

Le second, la consommation doit être au rendez-vous. Ce fut d’ailleurs le cas à partir des années 2000, avec l’arrivée de l’éthanol et la hausse plus marquée de la consommation chinoise de grains. Ça semble être encore le cas pour les prochaines années, avec l’appétit insatiable des Chinois et leur intention de faire passer le taux d’éthanol à 10 % dans leur essence d’ici 2020.

Jean-Philippe Boucher agr., MBA, est consultant en mise en marché des grains, fondateur du site Grainwiz, de l’hebdomadaire des marchés agricoles (LFMA) et co-fondateur de la Tournée des Grandes Cultures du Québec. Il est également chroniqueur et blogueur pour Le Bulletin des agriculteurs, formateur et conférencier. Pour le joindre : jpboucher@grainwiz.com.