Un leader de la nutrition de précision

En matière d’additifs alimentaires, Jean Fontaine, président fondateur du Groupe Jefo, est parmi ceux qui s’y connaissent le mieux au Canada. Toute sa carrière a été dédiée au développement de produits pouvant remplacer ces additifs aussi appelés facteurs de croissance.

Le Groupe Jefo, situé à Saint-Hyacinthe, en périphérie de Montréal, est un leader mondial dans ce domaine. Les solutions nutritionnelles de l’entreprise agroalimentaire sont écoulées auprès de fabricants d’aliments d’élevage dans plus de 80 pays.

L’entreprise voit le jour en 1982 quand, son diplôme en sciences animales à peine accroché au mur, M. Fontaine commence à importer des micronutriments d’élevage. Il déniche un fournisseur de phosphate en Hollande, un autre de bicarbonate de soude en Belgique, et la liste des fournisseurs s’allonge rapidement.

En important directement d’Europe, Jefo se fait vite connaître sur le marché canadien comme un fournisseur de produits de qualité à des prix très compétitifs. Le slogan du Groupe Jefo reflète d’ailleurs bien cette approche : La vie, en plus facile.

Au début des années 90, Jefo amorce un virage majeur. L’entreprise adopte une technologie de protection des micronutriments qu’elle a contribué à développer.

« J’utilise l’image du cheval de Troie pour décrire cette technologie, explique M. Fontaine. Ce qu’on veut, c’est que les micronutriments puissent atteindre l’intestin, où ils harmonisent la composition de la microflore avant d’être métabolisés. S’ils ne sont pas protégés, ils perdent toute leur efficacité, car l’estomac les dégrade ou les absorbe avant qu’ils n’atteignent leur cible. »

Des facteurs de croissance non médicamenteux

De simple distributrice, l’entreprise devient, en l’espace de quelques années, un concepteur de solutions nutritionnelles. Elle se donne une mission unique : aider les éleveurs à obtenir de bonnes performances sans recourir à des facteurs de croissance médicamenteux.

À cette époque, on intègre systématiquement de faibles doses d’antibiotiques à la ration des porcs et de la volaille. En contrôlant la flore intestinale, ces médicaments aident l’animal à demeurer en santé et à croître rapidement. L’inconvénient, nous en sommes de plus en plus conscients aujourd’hui, c’est que cet usage préventif des antibiotiques peut conduire au développement de microorganismes résistants.

Devant cette menace, les autorités publiques ont d’ailleurs commencé à légiférer. Ainsi, en 2006, l’Union européenne a interdit l’ajout d’additifs médicamenteux aux aliments d’élevage, sauf sur prescription d’un vétérinaire.

Il fallait beaucoup d’audace, il y a deux décennies, pour proposer des solutions non médicamenteuses. « À l’époque, presque personne ne parlait de microorganismes résistants aux antibiotiques », se souvient M. Fontaine. Pour convaincre la clientèle, l’entreprise a misé à fond sur la recherche.

« Pour persuader un docteur en nutrition animale que ton produit est efficace, dit-il, tu dois lui présenter des résultats scientifiques. » Le Groupe Jefo a établi des partenariats avec différentes universités nord-américaines comme Laval, Guelph, l’Université de Californie et l’Université Cornell. Il a ensuite étendu son réseau à l’Europe, l’Amérique du Sud et l’Asie du Sud-Est.

En parallèle, l’entreprise met sur pied sa propre infrastructure qui comprend notamment des fermes de recherche sur le porc et la volaille. Les visiteurs sont d’ailleurs accueillis au Campus Jefo, où s’activent plus d’une soixantaine de chercheurs, agronomes et vétérinaires.

Une gamme de produits diversifiée

L’équipe Jefo a conçu, grâce à la recherche, une gamme très diversifiée de produits. Elle commercialise par exemple un zinc protégé à libération lente.

« Chez les porcelets, un moyen efficace de lutter contre la diarrhée est d’ajouter du zinc à la ration, explique M. Fontaine. Le problème, c’est que lorsque le zinc est utilisé sous sa forme traditionnelle, la majeure partie se retrouve dans le fumier plutôt que d’être assimilée par le métabolisme de l’animal. Cela constitue du gaspillage en même temps qu’une source potentielle de pollution, car à force d’épandre ce fumier dans les champs, on risque d’y élever le niveau de zinc au point que cela devienne nocif pour les cultures. Or, notre produit permet de diviser par dix la quantité de zinc utilisée tout en maintenant la performance de l’élevage. »

Du côté des bovins laitiers, le fondateur est particulièrement fier de la solution vitaminique conçue par son équipe. « On sert ce produit aux vaches laitières pendant les trois semaines précédant le vêlage, décrit-il. Il permet de réduire de manière significative la fréquence des rétentions placentaires, de l’acétonémie et de l’œdème mammaire. Le producteur maintient ainsi son taux de réforme au plus bas. »

Réinvestir les profits – un modèle gagnant

Jefo a le vent dans les voiles. « Notre chiffre d’affaires est passé de 100 millions de dollars en 2010 à 250 millions de dollars en 2015, et il devrait dépasser le demi-milliard en 2020 », indique M. Fontaine en ajoutant : « Cela résulte en bonne partie du fait, qu’au fil des ans, on a réinvesti la majorité des profits dans l’entreprise, tout comme le font les producteurs sur leur ferme. »

Alors qu’il vient de franchir le cap de la soixantaine, le président fondateur a commencé à passer les rênes à ses enfants. « On peut s’appuyer sur une équipe solide pour réaliser la transition », souligne-t-il.

« Un autre défi, conclut-il, c’est d’anticiper les retombées en agriculture de nouveaux domaines de connaissances comme le microbiome intestinal ou l’intelligence artificielle. » « On veut imaginer la prochaine ère de nutrition de précision. »

D’après un article de l’AgriSuccès (novembre 2018) par André Piette.