Matière à réflexion : des chiffres à se mettre sous la dent

Aperçu

  • Le département américain de l’Agriculture a réduit ses attentes par rapport à la prochaine récolte de soja dans son rapport mensuel d’octobre sur les prévisions de rendement (WASDE) 
  • En parallèle, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture a rehaussé ses prévisions sur la production mondiale de céréales pour‑2017 qui devrait atteindre un nouveau record 
  • La demande augmente également dans le monde, mais la pression sur les prix pourrait demeurer, surtout pour le blé

Les lecteurs les plus vieux reconnaîtront l’entrée en matière librement inspirée du mensuel Sélection du Reader’s Digest qu’on retrouvait dans les salles d’attente et qui permettait de meubler le temps. Ce magazine contenait une rubrique appelée Matière à réflexion qui amenait le lecteur à réfléchir grâce à certaines citations et données. Les derniers chiffres disponibles sur les quantités de céréales disponibles dans le monde laissent en effet songeur et incite à la réflexion, d’autant plus que les réactions des marchés ne semblent pas refléter la totalité du portrait.

Données optimistes

Certaines données semblent en effet optimistes. Dans son dernier rapport mensuel très attendu sur ses prévisions de récoltes (WASDE), le département américain de l’Agriculture a revu à la baisse ses prévisions quant aux rendements de soja aux États-Unis. Au lieu des 49,9 boisseaux à l’acre prévus en septembre, le rendement a été abaissé à 49,5 boisseaux. La différence n’est pas énorme, mais comme le département avait surestimé la récolte de 2016 de 11 millions de boisseaux, le marché a préféré anticiper une nouvelle révision à la baisse en novembre prochain plutôt que d’être pris au dépourvu.

Le maïs n’a pas bénéficié d’un traitement aussi favorable puisque les prévisions ont été relevées à 171,8 boisseaux l’acre alors qu’elles étaient de 169,8 boisseaux un mois plus tôt. Ce qui a sauvé le maïs aux yeux des marchés, ce sont les ventes à l’exportation plus élevées que prévu ainsi que les conditions difficiles des semis en Amérique du Sud.

Puisque le soja a bénéficié également de meilleures ventes en Chine et d’une révision à la baisse des stocks de fin de saison, la fève a grimpé à son niveau le plus élevé en deux mois et demi à Chicago durant la séance du vendredi 13 octobre.

La seule céréale qui n’a pas gagné dernièrement était le blé, et pour cause. Les stocks se sont avérés plus importants que prévu aux États-Unis. En effet, les données sur la récolte de 2017 ont dépassé les attentes après des mois d’anticipation d’un rendement désastreux sur la production de blé, en raison de la sécheresse qui a affecté des états clés aux États-Unis.

Prévisions 2017

Mais ce ne sont pas seulement les États‑Unis qui connaissent finalement une bonne saison pour le blé. Car, en plus des chiffres dévoilés par les États‑Unis, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, plus connue sous l’acronyme anglais FAO, a fait part de ses prévisions de stocks de céréales pour les 14 prochains mois. L’organisme a rehaussé ses prévisions sur la production mondiale de céréales pour 2017 qui devrait atteindre 2,612 millions de tonnes, soit presque 7 millions de tonnes de plus que le record de 2016. Pourquoi? La production de blé dans l’Union européenne et en Russie s’est stabilisée alors que la production de maïs devrait être abondante en Chine et aux États‑Unis. Au total, c’est un nouveau record de 720,5 millions de tonnes pour les stocks mondiaux de céréales.

La FAO utilise un ratio stock‑utilisation de céréales pour illustrer l’offre et par conséquent les prix. Ce ratio se situe à 27 %, alors que celui du blé est à 34,6 %, grâce à des stocks en hausse en Chine et en Russie. À titre d’exemple, l’indicateur se chiffrait à 20 % lors de la crise des prix des céréales en 2007.

Demande croissante

Les stocks mondiaux augmentent d’année en année : en 17 ans, la production mondiale confondue de blé, de maïs et de soja a augmenté de 52,7 %.

Si les marchés américains s’emballent pour des prévisions à court terme, il est bon de se rappeler que les stocks mondiaux augmentent d’année en année. En 17 ans, la production mondiale confondue de blé, de maïs et de soja a augmenté de 52,7 %. La bonne nouvelle est que la demande augmente également. Avec ses dernières statistiques, la FAO a ajouté que le commerce mondial de céréales devrait légèrement augmenter au cours de l’année commerciale pour atteindre les 403 millions de tonnes, soit un nouveau record. Les responsables sont la Chine, l’Union européenne et l’Iran qui importent davantage de maïs. La demande semble donc suivre en partie l’offre, mais avec des quantités toujours plus importantes de céréales sur les marchés, une certaine pression devrait demeurer sur les prix, particulièrement pour le maïs et le blé.

En conclusion

Les stocks mondiaux de blé, de maïs et de soja augmentent d’année en année et la bonne nouvelle est que la demande augmente également. 

Journaliste depuis plus d’une vingtaine d’années, Céline Normandin s’est spécialisée en finance et en économie. Elle collabore depuis plusieurs années à de nombreuses publications agricoles québécoises à titre de journaliste à la pige.