Marché des grains : timide vent d’optimisme

Comme le dit l’adage : « Après la pluie, le beau temps ». Ce semble le cas depuis deux semaines pour les marchés boursiers des grains. Pas de quoi s’énerver, mais à tout le moins, disons que le pire est derrière nous. Ce qui est cependant plus constructif est de constater avec un peu de recul que les dommages occasionnés aux prix à la bourse demeurent conformes à leur comportement des dernières années.

Le maïs à Chicago a plongé, mais freiné sa chute à un niveau clé important de 3,37 à 3,40 $ US/boiss., ce qui représente le creux de l’an dernier. Le soya à Chicago aura été moins chanceux, frôlant un creux inégalé depuis 2008 à près de 8,10 $ US/boiss. Il aura par contre eu le mérite de rapidement se ressaisir, de retour en une semaine au-dessus du support important de 8,40 à 8,42 $ US/boiss. Enfin, bien qu’il n’ait pas échappé au vent de négativité des marchés qui ont écrasé l’ensemble des prix des grains, le marché du blé aura fait bande à part, supporté par les nombreuses incertitudes météo dans la région de la mer Noire, en Europe et en Australie. À Chicago, il profite ainsi toujours de sa tendance haussière en place depuis le début de 2018, remettant aujourd’hui en question sa tendance neutre amorcée à partir de 2014 en tentant sa chance à plus de 5,75 à 6,00 $ US/boiss.

Somme toute, nous avons connu depuis le printemps dernier une période très difficile pour les prix des grains, mais nous sommes maintenant bien en selle pour aller chercher dans les prochains mois de nouveaux sommets intéressants.

Bien entendu, le cas du blé est déjà particulièrement prometteur. Aux États-Unis, on commence à douter que la récolte de blé de printemps soit aussi exceptionnelle qu’on le croyait jusqu’ici. Mais, ce sont les possibilités de voir les récoltes de blé afficher un recul important cette année en Europe, en Russie, en Australie et dans une moindre mesure en Ukraine et en Chine qui devraient jeter des bases solides pour le prix du blé pour les mois à venir.

Rappelons au passage que dans la dernière année, c’est surtout la Russie avec sa récolte record de 85 millions de tonnes de 2017 qui a fait la pluie et le beau temps sur les marchés d’exportation. Avec une récolte russe prévue cependant cette année à aussi peu que 62 à 66 millions de tonnes, parions que la dynamique sera bien différente sur les marchés d’exportation, ce qui devrait contribuer à raffermir les prix.

Le marché du maïs recèle également un bon potentiel de hausse. La dynamique de demande du côté de l’éthanol et des exportations américaines de maïs demeure forte. Assez en fait pour envisager que même avec une récolte américaine de maïs plus importante que prévu, les stocks américains de maïs afficheront un recul au cours de la prochaine année. Mais, ce qui retient l’attention, c’est surtout le fait de constater que dans le monde, les stocks mondiaux reculeront à leur plus bas depuis plus de quatre décennies.

Contrairement à 2017, les récoltes sud-américaines de maïs ont été mauvaises à l’hiver et au printemps dernier. S’il est vrai que les exportateurs américains ont éprouvé plus de difficultés sur les marchés mondiaux, surtout à la fin 2017, la dynamique s’annonce donc bien différente pour les prochains mois. Il ne manquerait plus ensuite que des conditions météo difficiles pour commencer la prochaine saison en Amérique du Sud à l’automne, et le marché du maïs aura alors toutes les cartes en main pour faire de nouveau bondir les prix.

Le cas du marché du soya semble plus ambigu. Le Brésil a complété une autre récolte record de soya, possiblement plus importante que la récolte record américaine de l’an dernier de 118,5 millions de tonnes. Ça fait beaucoup de soya disponible. Avec maintenant une autre récolte américaine importante cet automne et des stocks américains pour la prochaine année qui pourrait doubler, il apparaît difficile de justifier pour le moment un retour en force des prix. Les prochains mois pourraient néanmoins encore surprendre.

S’il est vrai que les stocks américains et mondiaux seront importants, nous sommes actuellement en pleine guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine. Or, à moins que la situation ne dégénère davantage, avec un prix du soya à Chicago qui a chuté très près de 8,10 $ US/boiss. de son sommet du printemps à près de 10,80 $ US/boiss., les marchés ont déjà grandement encaissé le coup. Ceci laisse maintenant une bonne ouverture pour un rebond, surtout si de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, une entente fructueuse voit le jour. Et, ici, la question n’est pas à savoir si entente il y aura, mais surtout à savoir quand…

En conclusion

L’année 2018 avait débuté avec une touche d’optimisme pour les prix des grains. Malheureusement, le cocktail d’excellentes conditions météo aux États-Unis et la forte touche de négativité liée à la guerre commerciale que se livrent les États-Unis avec plusieurs pays auront écarté du revers de la main l’espoir de nouveaux sommets pour les prix ce printemps et cet été. Heureusement, suivant leur chute importante, la poussière retombe et on constate de nouveau à l’horizon de belles perspectives pour les prix, spécialement ceux du maïs et du blé, le soya ayant toujours pour sa part cette capacité à surprendre là où on s’y attend souvent le moins.


Jean-Philippe Boucher agr., MBA, est consultant en mise en marché des grains, fondateur du site Grainwiz, de l’hebdomadaire des marchés agricoles (LFMA) et co-fondateur de la Tournée des Grandes Cultures du Québec. Il est également chroniqueur et blogueur pour le Bulletin des agriculteurs, formateur et conférencier. Pour le joindre : jpboucher@grainwiz.com.