Marché des grains : perspectives 2018

L’année 2017 ne passera certainement pas à l’histoire pour le prix des grains. Les stocks demeurent à des sommets et, malgré quelques incertitudes météo dont une bonne sécheresse dans le nord/nord-ouest du Midwest américain l’été dernier, les rendements américains ont été de nouveau au rendez-vous. Même son de cloche dans le monde où, outre quelques problèmes météo, notamment dans les Prairies canadiennes et en Australie, les principaux pays producteurs de grains ont de nouveau obtenu d’importantes récoltes en 2017.

Avec des stocks de grains toujours importants, à quoi peut-on s’attendre pour 2018? Il demeure toujours très difficile de répondre avec justesse à cette question. Par défaut, les marchés des grains sont largement tributaires des conditions météo pour la saison à venir. Et, malheureusement, même avec toutes les nouvelles technologies disponibles pour prévoir la météo, elle reste encore à ce jour capricieuse et imprévisible.

Malgré cet inconnu de taille, on peut toutefois discerner certaines tendances. 

Prochain rapport USDA

Le USDA présentera le 12 janvier prochain son rapport mensuel sur l’offre et la demande, qui est très attendu chaque année par les marchés. Ce rapport tire toute son importance du fait que le USDA propose les derniers ajustements à ses estimations de rendement et production de grains de la dernière récolte. Dans le cas du maïs, avec la forte révision à la hausse du rendement moyen américain à 175,4 boisseaux/acre de novembre dernier, et des rendements un peu plus décevants rapportés par la suite en fin de récolte, il demeure plausible d’envisager un ajustement à la baisse. Ceci viendrait alors dynamiser un peu les prix qui, au moment d’écrire ces lignes, demeurent très près de leurs creux des dernières années.

Blé

Du côté du blé, mentionnons que les chiffres concernant les exportations américaines ont éprouvé des difficultés à l’automne 2017, mais dans ce cas-ci, c’est en raison de la récolte russe record de 83 millions de tonnes. La Russie s’étant hissée comme premier exportateur de blé dans le monde pour 2017-2018, les États-Unis n’auront d’ailleurs pas été les seuls à pâtir de cette situation. Les chiffres concernant les exportations européennes de blé ont été également sur la corde raide tout au long de l’automne avec de nouveaux creux sur la bourse de MATIF en France. 

Les conditions météo sud-américaines

Nous pourrions assister dès le début de 2018 à un rallye « météo » intéressant des prix.

Difficile de ne pas mentionner non plus que les marchés garderont l’œil ouvert en début d’année sur les conditions météo sud-américaines. On parle beaucoup de la présence cet hiver du phénomène météo La Niña qui peut occasionner d’importantes sécheresses dans le sud du Brésil et en Argentine. Nous pourrions ainsi assister dès le début de 2018 à un rallye « météo » intéressant des prix. Si c’est le cas, rappelons qu’un contexte de marché « météo » demeure très volatile et risqué, et qu’il ne faut que quelques jours de bonnes précipitations pour renverser la vapeur et faire brusquement chuter les prix.

La Niña a également la capacité d’avoir une « certaine » incidence sur les conditions météo de début de saison aux États-Unis, spécialement dans le sud des Prairies et du Midwest américain avec des conditions trop sèches. Cette éventualité pourrait faire sortir de sa léthargie le marché du blé; 70 % des cultures de blé américain étant du blé d’hiver cultivé principalement dans le centre/sud des Prairies américaines.

L’incidence de La Niña demeure cependant plus discutable pour les marchés du maïs et du soya. Si le début de saison se révèle trop sec, les marchés pourraient alors s’avérer très dynamiques dans leur rallye saisonnier du printemps. La prudence serait alors de mise, si on se rappelle la sécheresse de juillet dernier aux États-Unis avec les excellents rendements américains obtenus par la suite à l’automne.

Qui dit printemps dit aussi superficies ensemencées. À ce sujet, le sentiment général au moment d’écrire ces lignes à la fin 2017 est que, ravis des rendements record obtenus pour le maïs en 2017, les producteurs américains seront tentés d’en semer davantage en 2018. Si c’est le cas, et que la saison le permet, les États-Unis auraient alors la capacité d’une autre récolte record en maïs à l’automne 2018. À défaut de graves problèmes météo à l’été, les prix pourraient alors très bien s’en ressentir, avec le risque d’un nouveau creux important à la fin août 2018, à Chicago. 

Soya

Pour le soya, les avis sont plus partagés. Le USDA propose une première projection d’ensemencements américains à la hausse. Par contre, certaines firmes d’analyses ne sont pas du même avis, avec une légère réduction des superficies américaines cultivées en 2018. Si c’est le cas, la fermeté de la demande aidant, le prix du soya pourrait alors se révéler plus nerveux à partir du printemps, avec une capacité de remontée intéressante si la météo fait des caprices par la suite. Ce contexte sera encore plus dynamique si les récoltes sud-américaines déçoivent aussi au cours de la première moitié de 2018.

Dans le cas du blé, un nouveau recul des superficies ensemencées aux États-Unis semble inévitable. Selon le USDA, elles seraient de seulement 45 000 acres (tous types confondus), ce qui en ferait les plus faibles jamais observées en 100 ans, et une troisième année consécutive de très faibles ensemencements américains. Pour l’instant, les rendements obtenus depuis deux ans auront été à même de tempérer un recul inquiétant de la production américaine. Il reste à voir si 2018 changera la donne, spécialement avec La Niña à l’œuvre. 

Stocks mondiaux

Rappelons toutefois que même avec un volume de production américaine plus faible, les volumes des stocks mondiaux demeurent à des sommets. On parle déjà du fait que la Russie pourrait aussi obtenir de nouveau une récolte record en 2018. Bien que le marché du blé ne manquerait pas de se raffermir si la récolte américaine continue de perdre du terrain, il en faudra donc davantage pour le renverser définitivement à la hausse.

À défaut de problèmes météo importants, les marchés du maïs et du blé risquent fort d’éprouver davantage de difficultés à progresser. Si les dernières années permettent avec assurance d’envisager de nouveau un passage au-dessus de 4,00 $ US/boisseau à Chicago pour le maïs, il ne faudrait pas être trop agressif pour autant dans ses objectifs de ventes. Pour sa part, le blé à Chicago risque fort de demeurer lourd, confiné sous la barre du 5 $ US/boisseau. Toutefois, le marché du blé à Minneapolis a la capacité de surprendre davantage, et on ne pourrait s’étonner que la fourchette de 7,00-7,50 $ US/boisseau soit revisitée, surtout si une autre saison difficile a lieu l’été prochain aux États-Unis, au Canada, en Europe ou encore dans la région de la mer Noire (Russie).

En conclusion

En ce qui concerne le prix des grains, c’est très certainement le marché du soya qui a le plus de capacité de s’emporter avec des récoltes sud-américaines incertaines, une possible baisse des superficies cultivées aux États-Unis, et une demande chinoise qui ne démord pas. À Chicago, il ne serait pas surprenant de voir les prix tenter leur chance vers 11 $ le boisseau, et peut-être plus. Qui sait?

Jean-Philippe Boucher agr., MBA, est consultant en mise en marché des grains, fondateur du site Grainwiz, de l’hebdomadaire des marchés agricoles (LFMA) et co-fondateur de la Tournée des Grandes Cultures du Québec. Il est également chroniqueur et blogueur pour Le Bulletin des agriculteurs, formateur et conférencier. Pour le joindre : jpboucher@grainwiz.com.